GRAND ORIENT DE FRANCE

GRAND COLLÈGE DES RITES

SUPRÊME CONSEIL POUR LA FRANCE
ET SES COLONIES

BULLETIN N° 3
DES ATELIERS SUPÉRIEURS
Grand_Conseil_du_27_mars_1927
Gr..._Chap..._du_27_mars_1927
 
Grand Conseil _du_18_septembre_1927
Rapport du F/. Sincholle :  Les_idées_professées par les chefs d'école de l'ancienne Grèce ou de la Rome antique ont-elles laissé une empreinte dans notre philosophie maçonnique ? Peut-on retrouver dans nos symboles, dans nos rituels, la trace évidente et précise de ces doctrines ?"
Grand_Chapitre  du 18 septembre 1927
Rapport_du_F..._Lebey_.:  "Chacun, dans sa mesure a pour devoir de songer au bien public et d'y pousser toute sa force... Laisser un pareil soin à ceux que l'on appelle les hommes politiques serait chose fâcheuse. L'homme politique est, d'ordinaire, un homme de parti et de passion. Il est très mal placé pour juger les ensembles, comparer les temps et les pays divers, saisir les mouvements à longue portée et prévoir l'avenir"...
Paris le 5 Janvier 1928
 
RECOMMANDATIONS  IMPORTANTES
 

Le Grand Collège des Rites se voit dans l'obligation de rappeler aux Présidents d' At... qui ne se conforment pas aux instructions de l'article 27 du Règlement général de faire adresser les Tableaux des Membres actifs avant le 1er mars 1928.

La production de ce tableau est rigoureusement indispensable ; il sert de base à la fixation des taxes et redevances de chaque At....

Ces taxes et redevances doivent être acquittées avant la fin de l'année en cours.

Les FF... Trésoriers sont priés d'adresser au nom du F... Louis Chartier, 16, rue Cadet, à Paris (9e), compte chèque postal 796s21, les sommes dont les At... sont débiteurs, quand le montant comprend les taxes et redevances et les menues dépenses de brochures, imprimés, etc.

La libération des sommes accessoires en plusieurs envois complique inutilement les écritures comptables.

Placeurs At... Sup... malgré les rappels qui leur ont été adressés, ne se sont pas mis en règle. Cette négligence est regrettable et le Grand Collège des Rites serait heureux que son frat... rappel à la discipline maç... soit entendu.

Tout F... promu au 18e degré doit recevoir à ses frais un exemplaire du Règlement Général des Ateliers Supérieurs, et, à titre gratuit (sauf frais d'envoi), un exemplaire de l'historique des Hauts Grades.

Les Chap... sont priés de faire connaître d'urgence le nombre d'exemplaires du Règlement Général qui leur est nécessaire, afin d'en assurer la réimpression.

A la suite des délibérations du Grand Chapitre du 18 septembre 1927, le Grand Collège a décidé que le fonctionnement des Commissions d'enquête serait reporté au 1" janvier 1929.

Mais cette décision ne modifie aucune des autres dispositions du Règlement général pour ce qui concerne les délais fixés.

Les Secrét... ou Chanc... doivent utiliser les imprimés règlementaires et non des pièces manuscrites qui ne contiennent pas les renseignements nécessaires.

De nombreux At... demandent souvent des renseignements qui ont été donnés dans les diverses délibérations figurant au Bulletin ou contenues dans le Règlement Général.

Les Présidents ou Chanceliers sont priés d'éviter une correspondance nuisible au bon fonctionnement su Secrétariat.

Avant de présenter à la Chancellerie du Grand Collèges des Rites les demandes d'augmentation de salaires, les At... doivent s'assurer que les candidats sont en règle avec les At... symboliques ou les At... Sup... dont ces FF... font partie.

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Compte rendu du Grand Conseil du 27 mars 1927

Les travaux ouverts à quatorze heures, sont présidés par le T... P... S... Grand Commandeur remplissant les fonctions de Président G... M...

Les autres offices étaient occupés par les Off... du G... Collège.

Environ 60 FF... y représentaient le Grand Collège et les C... Phil... ; Angers, Le Tendre Accueil, Bordeaux ; la Concorde d'Aquitaine, Caen ; Thémis, Chaumont, L'Etoile de la Haute Marne, Clermont-Ferrand ; les Enfants de Gergovie, Epinal ; la Fraternité vosgienne, Lille ; la Lumière du Nord, Lyon ; la Vallée de Lyon, Nancy ; la vallée de Nancy, Nantes ; Paix et Union, Paris ; l'Avenir, la Clémente amitié. L'Effort, l'Etoile polaire, Rennes ; Parfaite union, Rouen ; Vallée de Rouen, Strasbourg ; les FF... réunis, Toulon ; La Réunion, Toulouse ; L'Encyclopédique, Tours ; les Démophiles.

Le Grand Commandeur, après les souhaits de bienvenue aux nombreux FF... CC... KK..., présents, leur fait remarquer qu'à raison de la complexité des questions soumises à l'étude des chapitres et des conseils phil... il serait préférable de réserver la discussion d'ensemble à la tenue du Grand Chap... qui va avoir lieu dans quelques instants.

Aucun avis contraire à cette proposition n'ayant été émis, les travaux du G... Conseil sont clos à quatorze heures trente.

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Compte rendu du Gr... Chap... du 27 mars 1927

Le dimanche vingt-sept mars mil neuf cent vingt-sept, à quinze heures, sous la direction du Grand Collèges des Rites, le Grand Chapitre auquel avaient été convoqués tous les FF... porteurs du 18e degré, s'est assemblé en tenue solennelle, au Grand Orient de France, Temple 1.

Les travaux sont présidés par le T... P... S... Grand Commandeur, le T... Ill... F... Savoire, remplissant les fonctions de T... S... Athirsata.

Les autres offices étaient occupés par les TT... Ill... FF... Bernardin. 1er Lieutenant Commandeur du Grand Collèges des Rites comme 1er G... G... ; Chartier 2ème Lieutenant Commandeur du Grand Collèges des Rites comme 2ème G... G... ; Lebey G... Orat... du G... Coll... des Rites, comme Chev... d'El... ; Navoizat, G... Chanc...du Grand Collèges des Rites comme Chan t comme Chan....

Etaient représentés :

Le Grand Collèges des Rites par les TT... Ill... FF... Baldet, Charruault, Court, Groussier, Mille, Olivier, Pouillard, Radouan, Rosier, Sincholle, Tinière.

Et les At... ci-après :

Agen. — La Vraie Fraternité.

Aix les Bains. — L'intimité

Amiens. Picardie.

Angoulême. — Les Amis de la Paix.

Auxerre. — Le Réveil de l'Yonne.

Avignon. — Sincère Union et vrais Amis Réunis.

Beauvais. L'Etoile de l'Espérance.

Besançon. Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies.

Bordeaux. — La Française d'Aquitaine, l'Espérance bordelaise

Boulogne sur mer. L'Amitié

Caen. Thémis.

Chaumont. L'Etoile de la Hautes Marne.

Clermont-ferrand. Les Enfants de Gergovie.

Epinal. La Fraternité vosgienne.

Grenoble. Le Dauphinois.

Laon. Les Frères du Mont Laonnois.

Lille. La Lumière du Nord:

Lyon. Chapitre de la Vallée de Lyon.

Limoges. Les Artistes réunis:

Lyon. Conseil de la Vallée de Lyon:

Le mans. —Les Amis du progrès.

Mantes. Liberté par le Travail.

Marseille. Parfaite et Sincère Union des Amis Choisis.

Montluçon. Union et Solidarité

Montpellier. Les Vrais Fidèles:

Mulhouse. Parfaite Harmonie.

Nantes. Paix et Union

Neuilly sur Seine. — La Lumière.

Nîmes. L'Echo du G... O... D....

Orléans. Etienne Dolet.

Paris. — Les Amis bienfaisants, l'Avenir, la Clémente Amitié, l'Effort, L'Etoile Polaire, L'Unité Maçonnique.

Périgueux. Les Amis Persévérants et l'Etoile de Vésone réunis.

Rennes. Parfaite Union.

Reims. La sincérité.

La Roche sur Yon. La Fraternité Vendéenne.

Rochefort sur Mer. La Démocratie.

Rouen. Chap... de la Vallée de Rouen.

Strasbourg. Les Frères Réunis.

Toulon. La Réunion.

Toulouse. L'Encyclopédique.

Tours. Les Démophiles.

Versailles. Les Amis philanthropes et discrets réunis.

 

Le Grand Commandeur après avoir ouverts les travaux sous la forme rituelle, souhaite la bienvenue à tous les Membres présents. Il indique que les At... se sont plaints du fait que la date des Tenues leur parvenait trop tard et qu'il ne leur était pas possible de faire des convocations individuelles.

Le Grand Commandeur avait pris la disposition d'insérer la date des convocations dans le dernier Bulletin hebdomadaire. Or, par suite d'une omission, cet ordre n'a pas été exécuté, mais, pour l'avenir, ces dates seront comprises dans le Bull... du Grand Collèges des Rites et ensuite, dans le dernier B... H...

Il recommande, ensuite, de restreindre la correspondance et de l'adresser au Secrétariat du Grand Collèges des Rites. Les mét... sont toujours à adresser au F... Chartier, Très ... du S... C....

Il informe les délégués que les At... vont recevoir, sous peu, une circulaire leur demandant le Rituel, imprimé ou manuscrit, dont ils font usage, afin que le Grand Collèges des Rites puisse élaborer un Rituel unique. Il signale qu'il existe une lacune dans le dernier Rituel qui ne comportes aucune indication permettant aux At..., de travailler aux grades intermédiaires, dont certains comportent un symbolisme très riche en enseignements philosophiques et dont le règlement Général précise la nature des études auxquelles ils doivent se livrer.

Quant aux Commissions d'Enquête, le Grand Commandeur fait remarquer qu'on procède actuellement à leur organisation définitive. Il tient à bien préciser que l'institution définitive de ces Commissions n'a pour but que de s'assurer de la valeur intellectuelle des candidats, qu'elles n'empiètent en rien sur le droit des Chap... ou Conseils dont les prérogatives et la liberté restent entières.

Le Grand Commandeur après avoir donné ces renseignements, demande si quelque F... a es observations à présenter.

Le F... Brouillard, du S... Chap... L'Avenir, Vallée de PARIS demande quelle procédure à suivre en attendant la constitution des Commissions d'enquête.

Le Grand Commandeur lui répond brièvement en faisant observer que tant que les ordres contraires n'auront pas été adressés, la procédure indiquée par l'"ancien Règlement subsistait, sauf en ce qui concerne les délais qui sont prévus par le nouveau Règlement. Si les Loges n'ont pas été touchée par la nouvelle réglementation, une circulaire élaborée par le G... Coll... et le Conseil de l'Ordre va leur être adressée par l'intermédiaire du Conseil de l'Ordre. Or, il est à prévoir que la nouvelle législation n'entrera en fonction qu'au mois d'octobre au plus tôt. Mais, il tient à bien spécifier que dans la constitution des Commissions d'enquête, le Grand Collèges des Rites avait été soucieux, avant tout, de s'entourer de garanties sérieuses dans les admissions, d'être sévères en ce qui concerne la moralité des candidats, l'assiduité maçonnique et la valeur intellectuelle, tout en se montrant pour les bons et vieux Maçons, lesquels apportent le concours de leur expérience et l'exemple aussi indispensables que les qualités intellectuelles. Il fait remarquer quelques modifications ont été apportées à la constitution des Commissions d'enquête, tenant compte des désirs exprimés par certains At... qui n'avaient pas répondu à la première enquête du Grand Collèges des Rites.

Les questions soumises à l'étude des At... Sup... ayant donné lieu à des demandes de renseignements bibliographiques, le Grand Commandeur indique que des renseignements plus précis seront donnés à l'avenir et au besoin, des libraires locaux pourront fournir les renseignements complémentaires.

La parole est ensuite donnée à notre F... Orat...

Le F... Lebey fait remarquer, qu'autrefois, le mouvement intellectuel partait d'ici, tandis que, maintenant, par suite de méconnaissance ou d'insuffisance, nos idées subissent une éclipse. Nous sommes superficiels et certains cotés de vie nous échappent complètement. On sent que l'amour frat... manque. Nous donnons même beaucoup trop dans les intrigues personnelles. Si on se reporte à la ligne de conduite suivie par l'A... M... I..., on comprend quelle va dans ce sens, elle aussi, D'ailleurs, dits il, quand on n'a pas la jeunesse avec soi, on est perdu. Pour la ramener, il faudrait lui faire comprendre ce qu'ont fait les anciens, car, quand elle ne regarde pas de notre côté au point de vue intellectuel, elle se jette, alors, dans les mysticismes les plus équivoques qui risquent de l'égarer et si, d'autre part, nous ne nous adaptons pas les nouvelles forces a la vie moderne, nous avons l'air de ne plus y participer.

Ce qu'il faut, c'est porter une très grande attention au recrutement maçonnique, dont dépendra la qualité de notre Ordre. Méfions nous des faux savants, des faux intellectuels, de ceux aussi qui font de la politique une simple carrière personnelle, c'est-à-dire des politiciens, des faux hommes politiques. L'honnêteté d'existence et de pensée est notre base en tout, ainsi que le désintéressement.

Il convie à faire un effort en changeant la façon de penser et en ne restant pas sur les vieux clichés car, la Démocratie a raison lorsqu'elle prétend qu'elle est prise entre le fascisme et le bolchevisme, Si nous sommes incapables de faire entrer notre idéal dans la réalité, c'est que nous le sommes aussi de le servir. Si nous continuons à demeurer dans les phrases et les abstractions, sans faire d'effort par chacun par nous-mêmes, nous resterons tellement en retard de l'évolution, qu'elle se fera sans nous. Nous n'avons perdu déjà que trop de temps.

Le F... Abeloos, du C... Phil... l'Effort de Paris, trouve qu'il est extrêmement difficile de parler après notre F... Lebey, mais il fait observer que Ie recrutement de la jeunesse n'est pas très aisé, parce q'il y a un grand flottement qu'il est difficile de reprendre

Le F... Lebey lui répond que la jeunesse viendra dans nos Temples, quand elle y trouvera des enseignements libéraux qu'elle ne rencontre nulle part ailleurs, mais adaptés aux conditions de l'existence actuelle. Sachons aussi cultiver notre sensibilité. Sentons et réfléchissions d'après ce qui vit autour de nous. Sachons voir l'étonnant spectacle de l'aujourd'hui ; il vivifiera nos conceptions les plus anciennes, les plus reculées. Au lieu de cela, nous sommes comme immobilisé sur des manières de tout trancher d'hier ou d'avants hier. Nous sommes en 1927, non 1885. De même que les conditions actuelles de la vie sont différentes, celles de la pensée sont autres, de par la nécessité même des faits. Il ne s'agit pas, bien entendu et au contraire, de ne rien perdre du scepticisme enfin conquis à jamais, mais il est alors question de s'en servir, par exemple, pour le dépasser. L'âge actuel est un âge de création.

Le F... Oppenheim du C... Phil... L'Effort de Paris dit que le problème réside dans les conférences émises par la TSF. On pourrait examiner la possibilité de la diffusion du libéralisme de notre pensée par ce moyen de transmission.

Le F... Lebey lui répond qu'il n'est qu'avec prudence, partisan de ce moyen de diffusion. Il faut étudier ces moyens et qu'ils ne prennent pas l'air d'avoir une estampille officielle.

Il convient de faire cesser l'opposition stérile d'un anti-cléricalisme désuet et d'un cléricalisme sournois tous deux dépassés et hors de la réalité ; ils n'y répondent plus ni l'un ni l'autre.

L'homme est lancé maintenant à la conquête du monde sur tous es terrains, matériels et spirituels.

Le T... P... S... Grand Commandeur se plaint que si la jeunesse déserte la F... M..., c'est qu'on a trop fait de politique et que les travaux ne les intéressent pas. Il faudrait que, sans être à la remorque d'une doctrine, modifier le plan de travail actuel par l'étude de la philosophie. On ramènerait alors les intellectuels chez nous et l'enseignement mutuel qui serait donné dans la F... M... apporterait à la collectivité des bienfaits que ses observations personnelles ne peuvent atteindre.

Le F... Tinière désirerait que la jeunesse connaisse mieux la doctrine philosophique de la F... M...

Le F... Bouffartigue émet l'avis que les jeunes Maç... éprouvent des désillusions, qu'ils donnent, la plupart des avis défavorables dans leurs enquêtes et, qu'enfin, la transformation des At... en spectacles, démontrent qu'il existe, dans ce moyen, aucune valeur maçonnique à obtenir.

Le T... P... S... Grand Commandeur fait observer que les enquêtes devraient être confiées à de vieux Maçons et non aux jeunes. Nous avons, de plus, tout intérêt à nous faire connaître et nous aurions alors des valeurs intellectuelles qui ne viennent pas à nous ou qui hésitent. Si nous ne trouvons pas toujours dans la F... M... certaines compétences, pour les y amener, il faut propager nos tentatives sans défaillance.

Le F... Lebey trouve, en effet, qu'il y a un abus des Tenues Blanches, encore que certaines bien organisées soient nécessaires.

L'étude des philosophies anciennes est excellente, mais il faut aussi étudier celles de maintenant, jadis, l'harmonie de l'homme s'établissait entre lui, la nature et la cité ; il est question, maintenant, de la chercher, puis de la définir, entre la Nature, les villes du Monde entier, les continents et un nouveau facteur naissant dont on ne paraît pas assez, ici, mesurer l'étendue, l'importance croissante, la Machine.

Le F... Zaboroswski du C... Phil... L'Effort de Paris, croit comprendre que nous n'avons pas fait beaucoup de progrès an point de vue de la tolérance et que nous n'avons pas assez de nos moyens de persuasion.

Le F... Lebey répond que la doctrine essentielle de la F... M... est la tolérance et que, pour sa part, il ne manquera jamais d'en maintenir aussi bien le principe que l'application. La lutte à mener pour le bien du monde n'est plus la même ; auparavant, il s'agissait de secouer des dogmes qui barraient la route de la libre pensée. Il faut, maintenant, que tout se trouve détruit et ravagé par la guerre, que la pensée libre et véridique, vivifiée par la conscience, dont la société moderne apparaît de plus en plus dépourvue, découvre les meilleures raisons de croire de l'Humanité, afin qu'elle reprenne sa marche en avant. Sinon, inquiète d'un avenir chaque jour plus sombre et plus difficile, elle reviendra en arrière, lasse, épuisée, demandant aux croyances mortes la consolation de ses maux.

Le F... Alfonsi, du S... Chap... L'Effort Vallée de Paris demande d'aborder une autre question, celle du rapprochement franco-allemand.

Le T... P... S... Grand Commandeur lui répond qu'il n'est pas possible de la solutionner puisqu'elle concerne le G... O... D... F....

Le F... Lebey dit que cette question est à l'ordre de tous les At... qui réfléchissent et sera traitée au prochain congrès de l'A... M... I..., en même temps que celle de la paix internationale dont elle ne se sépare pas. Le F... Lebey a rédigé, là-dessus, un rapport qui paraît dans la Revue de notre F... Plantagenet ; La Paix.

Le F... Legentilhomme du C... Phil... Paix et Union C... de Nantes, amorce la question des relations maçonniques internationales. Il prétend que notre splendide isolement, en ce qui concerne le G... A ... D... L'U..., le G... O... D... F... ne s en porte pas plus mal, car nous restons dans la tradition en adoptant la Constitution d'Anderson de 1723. Mais, démontrer et faire une propagande dans les At... Sup... pour savoir qui nous sommes et d'où nous venons, serait une oeuvre très appréciée et utile.

L'opinion du G... O... D... F... tout en restant areligieuse, laissant à chacun son opinion particulière et professant les idées de tolérance, pourrait faire paraître, au plus tôt, les deux brochures des FF... Amiable et Colfavru et nos FF... trouveraient là un enseignement d'une très grande utilité.

Le F... Lebey répond qu'il est un fervent partisan de la Constitution d'Anderson puisque, auprès de l'A... M... I..., il a été le F... le plus formel auprès des FF... étrangers à ce sujet. Elle concilie tout. Elle permet avec, comme lien commun, la sincérité, l'union fraternelle des croyants et des incroyants, au point de vue religieux, vers la recherche éternelle. Elle est la charte, la base même de la F... M... et le meilleur moyen de la paix, de l'entente, de l'affection entre les FF... La dépasser, serait préparer des querelles et des divisions. Elle a fait ses preuves, longtemps. Défendons-la donc, puisque la maintenir, c'est assurer la vie même de l'Ordre au point de vue national comme au point de vue international. Si l'Avenir, nous mène, par suite de découvertes nouvelles, plus loin que nos pères et nous-même n'avons pu atteindre, tant mieux. Nous verrons alors. En attendant, demeurons sur le terrain sûr, solide, réconciliateur du texte andersonien, en 1723. Quant à la publication demandée, il croit que le Conseil de l'Ordre pourra l'examiner ave toute sa bienveillance.

Les trav ... sont clos à dix-huit heures.

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Compte rendu des séances du 18 septembre 1927

Grand Conseil

 

Les Travaux du Grand Conseil Philosophique, auxquels tous les FF... CC... KK... avaient été préalablement convoqués par leur Conseil respectif, le Bulletin N°2, la circulaire du 20 avril 1927 et par une feuille spéciale séparée du Bulletin Hebdomadaire de la Région Parisienne, sont ouverts le dimanche dix-huit septembre mil neuf cent vingt-sept, à quatorze heures, trente, sous la présidence du T... P... S... Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, le T... Ill... F... Savoire, remplissant les fonctions de Président G... M ...

Il était assisté des TT... Ill... FF... Bernardin, 1er Grand Juge, Chartier, 2° Grand Juge, Lebey, Grand Orateur, Navoizat Grand Secrétaire, Olivier, Grand Trésorier, Péchard, Grand Maître des Cérémonies, et par les TT... Ill... FF... Aries, Baldet, Bouty, Buisson, Charlet, Charruault, Court, Groussier, Machon, Mille, Radouan, Rosier, Sincholle, Tinière, Membres du Grand Collège des Rites, Drecq, Membre honoraire, Dupré, Martin, Pouillart, Viallard, Membres d'honneur du Grand Collège.

De nombreux FF... CC... KK... qu'il nous est impossible de désigner nominalement représentaient les Conseils Philosophiques suivants:

Agen. — La Vraie Fraternité.

Alger. — Bélisaire.

Angers. — Le Tendre Accueil.

Besançon. Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies.

Béziers. — Réunion des Amis choisis.

Bône. — Hippone.

Bordeaux. La Candeur et la Concorde d'Aquitaine.

Caen. Thémis.

Casablanca. Le Phare de la Chaouia et du Maroc.

Chaumont. L'Etoile de la Haute-Marne.

Clermont-ferrand. Les Enfants de Gergovie.

Constantine. Cirta.

Epinal. La Fraternité vosgienne.

Genève. La Fraternité.

Hanoï. La Fraternité tonkinoise.

Lille. La Lumière du Nord:

Lyon. La Vallée de Lyon:

Marseille. Réunion des Amis Choisis.

Nancy. La Vallée de Nancy.

Nantes. Paix et Union.

Nice. France Démocratique

Nîmes. Echo du Grand Orient.

Oran. Union africaine.

Paris.L'Avenir, Clémente Amitié, L'Effort, l'Etoile Polaire.

Périgueux. Les Amis Persévérants.

Rennes. — La Parfaite Union.

La Roche sur Yon. La Fraternité Vendéenne.

Rochefort sur Mer. La Démocratie.

Rouen. Conseil de la Vallée de Rouen.

Strasbourg. Les Frères Réunis.

Toulon. La Réunion.

Toulouse. L'Encyclopédique.

Tours. Les Démophiles.

Tunis. La Nouvelle Carthage.

Le T... P... S... Grand Commandeur souhaite la bienvenue aux nombreux FF... présents, les remercie du concours dévoué qu'ils apportent au Grand Collège, par l'étude des questions soumises à leur Atelier respectif. Les rapports intéressants reçus témoignent du désir commun des Ateliers Philosophiques de collaborer activement, avec leur Suprême Conseil, à l'étude des grandes questions scientifiques, philosophiques et symboliques qui doivent être l'objet des travaux et des méditations des At... Supérieurs et de leurs Membres.

Il leur rappelle les devoirs incombant aux CC... KK... et les engage à les mettre en pratique, en toute circonstance, aussi bien dans les Ateliers symboliques que dans les Ateliers Supérieurs, où leur influence morale doit s'exercer frat... par la parole et surtout par l'exemple.

Il les invite à s'intéresser à la lecture du Bulletin du Grand Collège, dans lequel ils trouvent le Compte rendu des travaux, divers renseignements utiles. Il les engage à s'y reporter, ce qui fera le service.

Le S... Chap... de la Vallée de Lyon, ayant proposé l'élévation au 30e Degré de notre estimé et dévoué F... Brenier, Président du Conseil de l'Ordre, le Grand Collège des Rites, après avoir pris l'avis du Conseil Philosophique de la Vallée de Lyon, a, dans sa dernière Tenue, décidé d'accueillir favorablement cette proposition et de marquer l'estime et l'affection que professent tous les maçons du Grand Orient de France à l'égard du F... Brenier, en le recevant au 30e Degré, en tenue solennelle du Grand Conseil de ce jour.

Introduit dans le Temple, le F... Brenier est initié rituéliquement par le T... P... S... Grand Commandeur, qui, après une allocution de sympathie et de fraternelle affection, le prie de prendre place à ses côtés.

La parole est ensuite donnée au T... Ill... F... Sincholle pour la lecture de son rapport sur la question soumise à l'étude des Conseils:

 

Les idées professees par les chefs d'école de l'ancienne grèce ou de la Rome antique ont-elles laissé une empreinte dans notre philosophie maçonnique ?

Peut-on retrouver dans nos symboles, dans nos rituels, la trace évidente et précise de ces doctrines ?

 

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Rapport du F... Sincholle

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Ill... PP... FF....

Le Grand Collèges des Rites a adressé pour étude aux C... Phil... la question suivante ;

"Les idées professées par les chefs d'école de l'ancienne Grèce ou de la Rome antique ont-elles laissé une empreinte dans notre philosophie maçonnique ?

Peut-on retrouver dans nos symboles, dans nos rituels, la trace évidente et précise de ces doctrines ?"

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Onze C... Phil... ont répondu à la question posée par le G... Coll.... Ces études sont remarquables par la profonde érudition et l'élévation de pensée de leurs auteurs.

D'une manière générale, c'est surtout la Grèce ancienne, ce sont ses philosophes et leurs doctrines qui ont surtout provoqué de la part des C... Phil... les plus laborieuses recherches, les analyses les plus subtiles ; en parcourant ces pages, on ne peut se défendre d'une réelle émotion au souvenir de ces classiques études sur lesquelles notre jeunesse s'est si souvent penchée ; c'est l'idéalisme de Platon, la logique d'Aristote, la science de Pythagore ou de Thalès ; c'est cette Ecole d'Athènes que Raphaël a immortalisée de son génial pinceau ; c'est en un mot ce peuple sensible à l'art autant qu'à l'éloquence dont le tribunal des Héliastes condamna Socrate au nom de la morale et acquitta Phryné au nom de la Beauté.

Le C... Phil... de Besançon a produit très beau travail. Il a étudié, commenté avec une remarquable compétence et un choix très heureux d'expression, les doctrines de tous les philosophes de 'ancienne Grèce et des penseurs de la Rome antique. Le rédacteur de cette belle étude a fait de la philosophie une élude approfondie. Il débute dans ses considérations générales par un parallèle rapide entre les doctrines, de l'Inde et celle de la Grèce. Dans les théologies indiennes, l'homme ne s'appartient pas ; le bien c'est la soumission, le mal, la désobéissance à certaines prescriptions. C'est en Grèce, que pour la première fois l'humanité a conscience d'elle-même ; à, enfin s'est allumé Ie flambeau qui éclaire encore l'Europe. Le siècle de Périclès fut l'âge d'or de l'Esprit humain ; les Grecs ouvrirent à l'intelligence un immense horizon ; ce que le sentiment seul atteignait vaguement, la raison alla le saisir.

Elle détrôna donc les dieux de l'Olympe et l'herbe poussa aux parvis des Temples. Au-dessus de l'homme elle vit l'humanité, au-dessus de l'Etat, le Monde. La belle parole de Marc Aurèle "Je suis citoyen du monde" est de Socrate.

Socrate peut être considéré comme le fondateur de la philosophie attique ; les Ecoles issues des doctrines de Socrate se divisent en deux groupes, celle de Platon, celle d'Aristote, L'influence de Platon et d'Aristote sur l'histoire intellectuelle de l'humanité est considérable ; "Souvenez-vous, écrivait Cicéron à son frère, souvenez-vous que vous commandez à des Grecs qui ont civilisé tous les peuples en leur enseignant la douceur et l'humanité et que Rome leur doit les lumières qui l'éclairent".

"Donnez la vie au chef-d'œuvre de Raphaël, à l'Ecole d'Athènes, et vous contemplerez avec amour ces héros de la pensée, vous écouterez avec ravissement leurs voix harmonieuses ou austères, et vous redirez de la Grèce ce que Chénier disait de son poète ; "Trois mille ans ont passé ; sur les cendres d'Homère, et depuis trois mille ans Homère respecté est jeune encore de gloire et d'immortalité".

Nous allons parcourir les diverses Ecoles de l'Ancienne Grèce, étudier rapidement leurs doctrines, en dégager les idées philosophiques qui les caractérisent.

C'est tout d abord l'Ecole d'lonie avec Thalès, Anaxagore, Anaximandre, Anaximène, Diogène d'Appollonie, Empédocle, Héraclite, Cratyle, Phérécide. Cette Ecole est celle de la Nature.

Thalès enseignait que la vie terrestre était issue de la mer, On retrouve dans cette affirmation les idées modernes qui attribuent l'origine de la vie au plancton qui tapisse le fond des Océans. Cette Ecole cultiva l'astronomie, Anaxagore fut condamné à mort, mais sauvé par Périclès dont il était le précepteur et l'ami, pour avoir osé dire que le Soleil était plus grand que le Péloponnèse.

Avec lui les Ioniens introduisirent dans la philosophie l'idée de l'infinité, la nécessite de l'intelligence pour créer l'ordre au moyen du mouvement.

Avec Héraclite le Ténébreux commence à poindre la métaphysique et ses obscurités ; il abandonne cependant la recherche de l'être ; tout s'écoule, dit-il avec mélancolie, tout marche, rien ne s'arrête.

Héraclite avait une santé déplorable, et les douleurs physiques étaient chez lui continuelles ; c'était cependant, un végétarien convaincu. On prétend qu'il versait souvent des larmes ; était-ce sur la société qu'il trouvait fort mauvaise, ou sur ses douloureux rhumatismes ; on ne sait.

Fouillé affirme que la conception d'Héraclite est un des plus grands systèmes créés par la métaphysique. Il a été reproduit par Hegel et par l'Ecole anglaise ; il subsiste encore de nos jours.

L'Ecole d'Ionie a rejeté toutes les conceptions spiritualistes, sauf peut être chez Phérécide où se trouve une vague idée sur l'immortalité de l'Ame.

Avec l'Ecole atomistique d'Abdère, représentée par Archélaüs, Démocrite, Leucippe, Nausiphanès et dont Démocrite est le chef, la Philosophie d'Anaxagore se modifie ; cette Ecole supprime l'intelligence motrice comme un rouage inutile ; le monde se meut par lui-même ; les deux principes des choses sont le plein et le vide. Le plein consiste dans les atomes qui sont en nombre infini, insécables, identiques en espèce, différents en grandeur et en forme ; ils créent des tourbillons, s'agrègent et composent tous les êtres. Il n'y a dans la nature, ni intention, ni fatalité ; tout se fait par nécessité.

L'Ecole d'Abdère est le plus haut degré du naturalisme Ionien ; elle a montré que tous les mouvements viennent se réduire au mouvement général ; elle a devancé la science moderne.

La F... M... n'a pas accepté toutes les déductions sorties de cette Ecole, mais elle a retenu en partie la formule mécanique et éloigné avec elle les conceptions par trop nébuleuses du spiritualisme.

L'Ecole Italique avec Pythagore, Archytas, Cébès, Dion, Chrysostomes, Epicharme, Ocellus, Philolaüs, Timée de Locres marque les débuts de l'idéalisme que l' Ecole d'Ionie n'avait jamais abordé. D'après Pythagore, les nombres sont antérieurs et supérieurs aux choses ; tout ce qui est, est fait avec poids et mesure peut se calculer et se compter, la nature s'explique par la symétrie mathématique ; c'est Philolaüs qui enseigna le double mouvement de la terre autour de son axe d'abord, autour du feu central ensuite, qu'Aristarque remplaça plus tard par le soleil ; deux siècles avant notre ère le système de Copernic était tracé.

Les dix premiers nombres ont des vertus merveilleuses, surtout le nombre 10 ou la décade. Dieu est l'unité absolue et primordiale ; l'âme est un nombre qui se meut lui-même, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre ; le bien moral est l'unité, le mal la diversité ; la Justice l'Egalité, Pythagore croyait à la métempsychose, aussi était-il un sévère végétarien. Il établit le rapport entre les intervalles musicaux et la longueur des cordes et créa la gamme Pythagoricienne. Dans leur mouvement céleste, les planètes produisent une admirable harmonie, si nous ne l'entendons pas, cela tient à ce que les sons sont trop graves et notre oreille ne peut les percevoir.

Pythagore n'a rien écrit ; en morale on lui attribue les vers dorés qui doivent être de Lysis.

Nous verrons dans un instant tout ce que nos symboles et nos rituels doivent à l'Ecole Pythagoricienne.

L'Ecole des Eléates avec .Xénophane, Parménide, Zénon d'Elée, Mélissus, Empédocle.

Xénophane peut être considéré comme le chef de cette Ecole absolument idéaliste ; il établit l'unité absolue de Dieu ; il est monothéiste et combat le polythéisme avec une amère ironie. De ce monothéisme, il conclut aussitôt le panthéisme ; Dieu, dit-il, est l'Etre ; il n'y a place pour rien en dehors de l'Etre et Dieu seul est. Il y a dans les discours de Parménide une profondeur extraordinaire ; je crains que nous ne comprenions pas ses paroles, et encore moins sa pensée. C'est ainsi que s'exprime Platon parlant de Parménide qui eut sur lui tant d'influence.

Avec Zénon d'Elée, nous allons trouver une argumentation subtile contre le mouvement. Il conteste absolument l'argument de Diogène qui proclame le mouvement en marchant. Ce n'est pas une réalité, c'est une apparence. C'est' à Zénon qu'est dû l'argument célèbre de l'Achille au pied léger et celui de la flèche qui vole et qui est immobile. Mais Zénon ignorait la sommation des infiniment petits de Leibniz et celle des termes d'une progression géométrique décroissante. Une existence, dit Zénon, qui serait tout entière dans le temps, dans l'espace et dans le mouvement, cette existence ne serait pas.

Avec Empédocle, nous trouvons un principe intelligent et pensant comme avec Anaxagore, mais l'acte de la pensée parcourant l'Univers y introduit l'Amour, principe supérieur à la force et à l'intelligence abstraite. La F... M... a fait sienne de nombreuses idées puisées dans la doctrine des Eléates.

L'Ecole des sophistes avec Critias, Euthydème, Gorgias, Prodicus, Protagoras, — C'est l'Ecole de la relativité, de la suppression de l'absolu. Les sophistes furent les premiers qui se firent payer leurs leçons ; ils recherchaient les jeunes gens riches ; une expression moderne les caractérise : c'étaient des arrivistes ; c'est le règne des Orateurs plaidant le vrai ou le faux pourvu que le plaidoyer rapporte de l'argent, on élève la situation sociale. Ces rhéteurs qui vendaient l'éloquence ont cependant rendu quelque service à la philosophie ; par leur doctrine de l'universelle relativité, ils ramenèrent la considération des objets pensés à la pensée elle-même.

Socrate a renoncé à toute philosophie de la nature, il n'a reconnu comme possible ; et fructueuses que les sciences pratiques et parmi celle-ci la science morale. La notion du bien comme objet essentiel de l'intelligence ou de la science domine toute sa philosophie qui prend ainsi une direction morale.

La pratique de chacun est absolument conforme à la science qu'il possède. Instruisez les hommes et vous les rendrez meilleurs ; apprenez le bien et vous le pratiquerez. Le vrai bien d'un homme n'est jamais opposé au vrai bien d'un autre, ni en général au bien universel. Quiconque a compris cette unité de tous les biens dans le bien ne saurait préférer quelque chose au bien suprême. Il est tout à la fois savant et vertueux. La vertu est donc une malgré la diversité de ses formes. La vertu fondamentale est la sagesse qui produit le courage et la tempérance. Socrate proclamait que la connaissance de soi-même en est le principe. Connais-toi toi-même, était inscrit au fronton du Temple de Delphes.

N'est-il pas évident, dit-il, que les hommes ne sont jamais plus heureux que lorsqu'ils se connaissent eux-mêmes, ni plus malheureux que lorsqu'ils se trompent sur leur propre compte. En se connaissant eux-mêmes, ils évitent les erreurs et les fautes. La connaissance de soi, c'est la science.

Socrate répandit de vives et saines lumières sur toutes les questions qui importent à la dignité et à la grandeur de l'espèce humaine.

Le beau véritable est inséparable du bien. Faire naître la justice dans l'âme du citoyen, en bannir l'injustice, faire germer la tempérances en écarter l'intempérance, y introduire enfin toutes les vertus, en exclure tous les vices.

Rechercher et enseigner la vérité. Le premier de tous les vices est l'erreur, source du mal moral.

Ne pas rendre le mal pour le mal, mais chercher en tout et pour tous, le bien.

Traiter les hommes en amis et être philanthropes.

Le travail est noble et libéral.

Les plus sages ne doivent pas employer à l'égard d'autrui la force, mais la persuasion.

Le but de la vie est le bonheur atteint par la raison.

Tout le monde sait l'héroïsme de sa mort. Il mourut en souriant parce qu'il savait que le bien doit tôt ou tard triompher et que la vérité ne peut pas avoir tort.

Après Socrate, nous trouvons l'Ecole Cyrénaïque avec Amnicéris, Aristippe, Hégésias, dont le chef fut Aristippe et sa fille Arèté ; le plaisir était toute sa doctrines sans, cependant, l'exagérer.

Hégésias affirmait que la somme des maux étant supérieure à celle des plaisirs, la vie n'avait aucune raison d être. Le roi Ptolémée fit fermer cette Ecole dangereuse.

L'Ecole des Cyniques avec Cratès, Démétrius, Diogène, Ménippe et Antisthène son fondateur, qui professait une morale austère, on l'accusait d'être vertueux par ostentation, Socrate disait de lui qu'il voyait son orgueil à travers les trous de son manteau ; il exaltait la vertu et s'élevait contre le vice.

Son disciple Diogène outra les austérités de la secte. Les anecdotes sur Diogène sont classiques ; sont-elles authentiques ?

On peut en douter, et cependant pris par des pirates et vendu comme esclave, il fut acheté par le philosophe Xéniade qui lui confia l'éducation de ses enfants et l'administration de ses biens.

L'Ecole Mégarique avec Euclide, Eubulide, Philpon ne s'occupa que de dialectique et se confondit avec les sophistes.

Ces trois Ecoles Cyrénaïque, Cynique, Mégarique n'ont laissé que de faibles traces dans l'histoire de la philosophie grecque et la F... M... en a retenu que quelques affirmations ; relatives à la morale.

Après Socrate, Platon et ses disciples, Speusippe, Xénocrate, Crantor, Palémon, avec Dieu et la matière, Platon admettait certains types éternels d'après lesquels tous les êtres ont été formés. Ces types, il les nommait Idées, Les Idées ont seules une existence réelle ; les choses individuelles n'en sont que les ombres, les notions générales que forme notre esprit n'en sont que de pâles reflets, d'où l'argument célèbre de la Caverne. Les sens ne saisissent que Ie particulier. Les idées sont perçues par une faculté supérieure : la raison ; elles peuvent être une réminiscence d'une vie antérieure. Les idées résident en Dieu qui est leur substance commune. Cette théorie chez Platon est ; également la base de la Morale, de la Politique, de l'Art, L'artiste doit avoir toujours présent l'idéal du Beau ; en morale, il faut s'efforcer de réaliser l'idéal du Bien. La Politique n'est que la morale transportée dans l'Etat ; c'est le gouvernement de l'Etat par la Justice et la Raison. Il admet trois âmes qui résident dans le cerveau, dans le ventre, dans le cœur.

Dans sa République, Platon établit des castes ; il veut que les femmes soient communes, que les enfants soient élevés en commun sans connaître leurs parents ; il proscrit les beaux arts, même la poésie, On ne peut admirer dans Platon que la sublimité de ses conceptions et la pureté de sa morale ; cependant Platon ne s'est jamais élevé contre l'esclavage.

La F... M... lui doit de belles pensées, de fortes maximes.

Si Platon a été dénommé le divin, l'Homère de la Philosophie, Aristote a reçu le titre de Prince des Philosophes.

Le mérite d'Aristote en philosophie fut de donner à la science une base plus solide que n'avaient fait ses prédécesseurs et d'accorder davantage à l'expérience sans méconnaître le rôle de la raison. Il a rejeté l'Idéal de Platon dont il fut vingt ans l'élève ; il a concentré toute réalité dans les objets individuels. On ne peut envisager les éléments dont un objet est composé que sous quatre aspects : la matière, la forme, la cause efficiente, le principe final. Aristote poursuit les applications de cette théorie dans toutes les branches de la Science. En psychologie, il classe les facultés de l'Ame qu'il considère comme la puissance qui produit et maintient l'organisation. En logique, il passe en revue les différentes formes du raisonnement déductif en syllogisme. En théodicée, il fonde l'existence divine sur la continuité du mouvement. Pour lui, Dieu est le centre du mouvement ; il est la fin et le but du monde. En Art, le beau est l'imitation de la nature. En morale, la vertu est l'équilibre entre les passions. En politique, il assigne à la Société l'Utilité.

Aristote est le plus vaste génie qu'ait enfanté l'antiquité. Il a embrassé toutes les sciences connues de son temps. Il na jamais écrit une ligne contre l'esclavage. Ses disciples, Théophraste le divin parleur, Straton le Physicien, Alexandre d'Aphrodisie dont les doctrines étaient opposées à celles d'Averroès, ce qui partagea l'Ecole en deux sectes, Eudème, Démétrius d'Alexandrie continuèrent l'oeuvre du maître. On trouve dans nos idées maç... des traces nombreuses des doctrines d'Aristote.

Les sceptiques, Pyrrhon, Carnéade, Agrippa, Arcésilas, Timon, Métrodore, Sextus Ampiricus.

Après Aristote, la philosophie grecque semble découragée des hautes spéculations métaphysiques ; se reporte vers la moralité. Apparaît avec Pyrrhon l'Ecole des sceptiques. D'après lui, rien n'est certain ; à chaque proposition, on peut en opposer une, contraire également probable. Le sage doit suspendre son jugement, et tout soumettre à l'examen ; il ramena à dix tous les motifs de doute. Il se proposait ainsi de produire l'apathie, l'absence de passion et l'ataraxie ou le repos inaltérable. Son disciple Sextus Empiricus développa éloquemment cette doctrine dirigée surtout contre les stoïciens ; il écrivit contre les mathématiciens et les logiciens.

Les Dieux commencent à vieillir, les superstitions sont ébranlées et les oracles discutés. Voici Epicure avec Métrodore, Phèdre et Polystrate. C'est le premier cri de libre-pensée que nous allons entendre depuis les Ioniens.

Epicure enseignait dans les jardins dont le nom est resté attaché à la doctrine, La sensation selon Epicure est la seule source de la connaissance. A cette logique sensualiste vient se joindre l'atomisme de Démocrite ; toutefois il substitue le hasard à la nécessité ; il attribue aux atomes la possibilité de changer d'une quantité imperceptible la direction naturelle du mouvement.

L'Ame possède le même pouvoir sous le nom de liberté.

Les Epicuriens ont combattu le déterminisme des stoïciens et les doctrines du paganisme sur le destin. L'homme doit donc chercher le bien dans la nature même, c'est-à-dire dans le plaisir.

Lucrèce adora comme un Dieu celui qui avait brisé leurs idoles.

La F... M... reconnaît dans Epicure un précurseur de la libre-pensée ; elle lui doit des formules qui ses trouvent dans tous les rituels.

Le stoïcisme ou Philosophie du Portique eut pour chef Zénon, de Cittium, et pour disciples Chrysipe, Epictète, Cléante.

Zénon s'était proposé de rétablir dans toute leur autorité la vertu ébranlée par les Epicurien, et la vérité attaquée par les sceptiques. Il place le critérium de la Vérité dans les perceptions des sens approuvées par la raison et proclame que toutes les idées ont leur première source dans les sens.

Nihil es in intellectu quod non prius fuerit in sensu.

Leibniz a ajouté à cette formule ce mot à la fois profond et spirituel : Nisi ipse intellectus. Il fait de l'âme un air ardent et conçoit Dieu comme un principe igné. En morale, il prescrit de se conformer à ce même ordre et de suivre la nature ou la droite raison. Il condamne toutes les passions.

La F... M... revendique pour ses idées, une grande partie de la doctrine des stoïciens.

Le C... Phil... de Lille, La Lumière du Nord, a discuté en séance la question soumise à l'Etude des At... du 30e Grade ; il n'y a eu dans cet At... Sup... qu'un échange de vues.

Cet aréopage a été effrayé par l'envergure du sujet proposé. Il faudrait, nous dit-il, pour ne pas rester dans des banalités, des compétences spéciales, telles que celle d'un Historien, de linguistes, de philosophes, d'un Architecte, d'un archéologue ; chacun d'eux aurait à fournir un travail considérable, devrait se livrer à une compilation énorme dans la bibliographie indiquée, revoir les textes eux-mêmes pour éviter les erreurs des traducteurs ; il y faudrait un esprit critique très solide et on devrait y consacrer des loisirs qu'on ne trouve plus dans la vie agitée de notre époque.

Certains ouvrages, nous dit le G... M... du C..., qui ont effleuré la question, sont trop romantiques ou donnent des interprétations trop osées, et si quelques rites initiatiques des siècles derniers rappellent des cérémonies Egyptienne, la filiation entre ces rites et nos rituels est bien difficile à établir sûrement.

D'autre part, le temple de Salomon qui devait braver les siècles a été détruit deux fois et le mur vénéré des Juifs, le Heif-el-Machabv qui a résisté, ne nous apprend plus rien. Suit une description de l'intérieur d'une pyramide d'Egypte où se trouvent des couloirs orientés perpendiculairement aux faces de la pyramide, fermés par des portes basculantes ou roulantes et semblant avoir servi à des épreuves initiatiques. On y trouve l'emplacement des officiers rappelant ceux de nos officiers dignitaires actuels, et l'At... conclut que l'idée dominante qui semble commune avec l'antiquité et nous, est celle d'un groupement fermé aux initiations progressives.

C... Philosophique Etoile Polaire, C... de Paris

Très belle étude de la question qui ne porte que sur la Grèce ancienne. Dés le début, cet aréopage déclare qu'il écarte délibérément les philosophes de la Rome antique. Rome, dit-il, n'a pas produit de philosophes, Lucrèce est un brillant reflet d'Epicure, mais ce n'est qu'un reflet. Marc-Aurèle a été fortement imprégné de la pensée Grecque ; il a écrit ses impressions en Grec, mais il n'y a rien ajouté ; Sénèque n'a fait que traduire en latin les théories des Stoïciens, et encore ne les a-t-il pas reproduites dans toute leur ampleur. Quant à l'œuvre philosophique de Cicéron, ce n'est qu'un ramassis de toutes les idées antiques juxtaposée ; sans lien logique, sans idée directrice, si ce n'est le seul souci de plaire à tout le mondes c'est moins encore que du Victor Cousin.

Pour les philosophes grecs, c'est tout autre chose. Les Grecs n'ont peut-être pas trouvé toutes les idées philosophiques de l'antiquité, mais nous ne les connaissons que par eux.

Ont-ils reçu l'influence de la pensée hindoue ? C'est possible, mais nous ne le savons pas parce que les textes hindous nous offrent peu de points de comparaison et surtout parce que les hindous ont le tort très grave aux yeux des historiens, de n'avoir aucun souci de la chronologie. Les livres hindous sont de rédaction récente, au moins dans la forme sous laquelle nous les connaissons, Ils ne nous disent pas ce qu'ils ont puisé dans les livres antérieurs et les événements qu'ils rapportent sont tous placés dans le même plan du temps, quand leur ordre n'est pas manifestement bouleversé. Il ne nous est pas possible d'affirmer que les philosophes hindous n'ont pas profité des leçons des grecs, amenés par l'expédition d'Alexandre, au moins autant que les Savants Grecs ont pu profiter des leçons de l'Inde. Il est certain, en tous cas, que la statuaire indoue a été profondément influencée par l'Art grec.

L'influence de l'Egypte, de la Chaldée et de la Perse est plus certaine, Hérodote, Pythagore, Platon ont été en contact avec l'Egypte et Babylone ; l'influence de Zarathoustra, propagée dans les pays méditerranéens par les mystères de Mithra, est considérable, Mais quelle a été au juste l'étendue de cette influence ? Nous ne le savons pas, Quelles sont les idées que Pythagore et Platon ont rapportées d'Egypte et de Chaldée ? Quelles sont celles qui ont laissé des traces ? Quelles sont celles qu'ils ont ajoutées de leur propre crû ? Nous n'avons pas, pour le déterminer, de textes philosophiques Egyptiens et Chaldéens en quantité suffisante.

Le Grand Collège des Rites a donc agi sagement en ne nous demandant pas de remonter plus haut que les Grecs. La presque totalité des systèmes philosophiques modernes a été au moins ébauchée par les Grecs.

Dés l'origine, les philosophes qu'on réunit improprement sous le nom d'école ionienne, puisqu'ils n'ont pas eu de relations entre eux, ont ébauché un système singulièrement hardi. Ce sont Thalès, Anaximandre, Anaximène, Diogène d'Appollonie et surtout Héraclite. Ils sont arrivés à la notion du Devenir universel, et ont été ainsi les précurseurs de l'Evolutionnisme hégélien.

Le même point de vue guide l'Ecole Eléate, représentée par Xénophane, Parménide, Zénon d'Ellée, et dans une certaine mesure, par Pythagore. Mais ils ont intellectualisé la conception de l'univers en lui donnant comme fondement, les premiers, la notion de l'Etre, Pythagore, celle du Nombre.

A l'opposé de cette école, celle d'Empédocle prétend que les éléments constitutifs du nombre sort au nombre de quatre, et que leur agrégation en quantité suffit à expliquer tous les phénomènes. Leucippe et Démocrite ramènent ces quatre éléments à la conception unique des atomes, dont l'agrégation et la désagrégation sont le résultat de l'amour et de la discorde. Anaxagore indique comme principe moteur de ces atomes le Nous, l'Esprit. Mais pour lui, l'Esprit est un moteur purement mécanique, et son système se rapproche ainsi du psychisme contemporain, qui donne à l'Esprit le même pouvoir actif que les autres éléments naturels.

Socrate et Platon se placent à un point de vue tout opposé. Pour eux, l'idée seule existe et les phénomènes naturels n'en sont que les ombres défigurées. Avec plus de subtilité métaphysique, Fichte et Schelling renouvelleront cette conception.

Le plus illustre élève de Platon, Aristote, s'insurge contre sa théorie. Il conserve sa place à l'idéal, mais restitue tout son rôle au réel. Aristote a eu la malchance d'être accaparé par les scholastiques du Moyen Age, qui ont défiguré ses ouvrages qu'ils ne connurent que par de mauvaises traductions en latin. Il demeure le maître le plus puissant de l'antiquité. Quoique ce soit lui qui ait inventé le mot de métaphysique, il a été le moins métaphysicien de ses contemporains, et c'est pourquoi il a formulé la preuve la moins faible qui ait jamais été fournie de l'existence de Dieu, celle du premier moteur. Elle a valu tant qu'on a admis le principe de l'inertie de la matière et c'est seulement grâce au progrès contemporain de la théorie des ondes vibratoires qu'on a reconnu que la matière n'est jamais complètement inerte. Les spiritualistes modernes se sont réclamés d'Aristote en distinguant l'âme du corps. Mais les phénoménistes positivistes à la suite de Stuart Mill et de Taine, s'en réclament au même titre quand ils constatent la corrélation de deux séries de phénomènes, les premiers physiologiques, les seconds psychologiques, irréductibles les uns aux autres, et cependant liés de façon indissoluble.

Après Platon et Aristote, parut le scepticisme radical de Pyrrhon, dont l'influence s'est retrouvée chez Montaigne, chez Hume et jusque chez les criticistes Kant et Renouvier. Puis c'est le matérialisme utilitaire d'Epicure, qui a abouti à la morale la plus pure de l'antiquité, en inspirant la recherche du bonheur, bien compris, l'hédonisme.

Le stoïcisme de Zénon, de Citium et de Chrysippe était un système panthéiste dont la morale rigoriste n'a parfois abouti qu'à des manifestations ostentatoires d'un héroïsme inutile.

Tout ce qui précède prouve surabondamment l'influence profonde de la philosophie grecque sur la philosophie moderne ; les philosophes grecs ont été pour nous plus que des précurseurs ; ce furent des initiateurs.

Mais quel rapport cela a-t-il avec notre sujet ? Aucun. Ce qu'on nous demande de chercher, c'est l'influence des philosophes grecs sur la philosophie maçonnique. Or, cette influence a été générale et non pas spécialement maçonnique.

Il y a, dans la Franc-Maçonnerie, des esprits qui se réclament de tous les systèmes. Il y a des Francs-Maçons matérialistes, évolutionnistes, atomistes, idéalistes, sceptiques, panthéistes, spiritualistes, phénoménistes. En général, ils étaient ce qu'ils sont avant d'être initiés. Il n'y a pas de système philosophique maçonnique.

Peut-on dire au moins que, dans la propagation de ces systèmes, dans les esprits des profanes qui sont en même temps Francs-Maçons, il y a eu une influence des anciennes sociétés initiatiques, comme celle des mystères d'Isis en Egypte et de Déméter à Eleusis ?

II faut ici, tout d abord, prendre garde que l'analogie des idées et des symboles n'implique pas nécessairement la filiation, et que cette filiation n'a pas encore pu être établie de façon péremptoire.

Mais, même en admettant provisoirement qu'il y a eu filiation, il faut voir sur quels éléments elle pourrait être fondée.

Les rites qui étaient pratiqués dans les mystères d'Isis, de Déméter, de Dionysos, d'Adonis, de Mithra, des Cabyres, ne sont pas connus ans tous leurs détails, parce qu'ils ont été transmis surtout au cours de traditions orales. Nous nous croyons fixés sur les points fondamentaux. Il ; tiraient leur origine de certaines préoccupations naturelles de l'esprit humain, non satisfaites par la pratique des religions officielles : le besoin de purifications après la faute et celui de se rassurer contre la peur de la mort. Les mystères comportent donc une initiation purificatrice et l'affirmation de la survivance de l'âme. On arrivait à cette purification que par une mort apparente, suivie de la résurrection dans une vie meilleure. Il y avait aussi des pratiques de magie au moyen de formules et d'amulettes. Les hommes les plus illustres de l'antiquité, Pythagore, Platon, Eschyle, Sophocle, ont été initiés aux mystères. C'était pour eux un refuge où ils pouvaient mettre au jour leurs conceptions à l'abri des préjugés de la foule

De cette façon, ils ont certainement contribué à épurer les idées et les rites de ces mystères.

Mais à leur tour en ont-ils recueilli quelques fruits ? Des savants comme Voss et Lebeck l'ont nié et ont prétendu que de tels mythes avaient constitué un progrès sur les religions antiques, mais qu'ils étaient une dégradation des idées purement philosophiques. C'est probable.

On peut cependant admettre que les philosophes ont tiré un certain profit de la fréquentation des mystères par suite de l'utilité du travail réfléchi en commun, et qu'ils ont pu tirer des suggestions d'études personnelles de la psychologie des foules auxquelles ils se trouvaient mêlés.

De même aujourd'hui, si les profanes d'un certain niveau intellectuel qui entrent dans la Franc-Maçonnerie lui apportent en apparence beaucoup plus qu'ils n'en reçoivent, il n'est pas douteux qu'ils y acquièrent une certaine tournure d'esprit qui n'est pas négligeable et le goût de certaines recherches auxquelles ils n'auraient peut-être pas pensée d'eux-mêmes.

Mais — comme pour la philosophie — il n'est pas permis de conclure de là à une filiation directe entre les anciens mystères et la Franc-Maçonnerie.

Tout au plus pourrait-on dire que la persistance de certains rites et de certains symboles provient de causes psychologiques, comme les effets du groupement, qui se retrouvent à toutes les époques de l'humanité.

La seconde partie de la question qui est renvoyée à notre étude concerne nos symboles et nos rites. Peut-on affirmer avec précision que la philosophie grecque a transmis des symboles à la Franc-Maçonnerie ? Nous ne pouvons chercher une réponse que dans l'analyse des origines de nos symboles, origines connues ou probables.

Il y a des symboles maçonniques qui sont peut-être d'origine totémique, une survivance du culte des plantes et des animaux. Ce sont l'acacia, les grenades, la rose, le pélican, l'aigle blanc et noir, le serpent d'airain, l'agneau.

Nous avons un symbole d'origine indubitablement préhistorique, la croix.

L'Egypte nous a fourni l'œil d'Osiris, les colonnes, qui selon l'interprétation du F... Bouley, rappellent les Obélisques placés à la porte du temple, peut-être comme des gnomons solaires, la pyramide, le sphinx, l'orientation du Temple.

De la Chaldée nous sont venues les 7 marches de l'Orient, et les 7 couleurs de ces marches, qui, sauf la dernière, se retrouvent dans la couleur de nos cordons : la marche bleue, la marche verte, la marche rouge, la marche noire, la marche blanche, la marche d'or et la marche de cristal.

D'origine chaldéenne sont encore les constellations de la voûte, les couleurs des colonnes, rouges pour celle du soleil, blanches pour celles de la lune.

Les symboles hébraïques sont les plus nombreux : le nom des colonnes Jakin et Booz, le Dehbir, le flambeau à 7 branches, les mots sacrés de passe et d'acclamation : Tubalcaïn, Shiboleth, Gibelin, Mak Benak, Emmanuel, Houzaï, Hoché, l'ordre du Bon Pasteur, la Cène, le mot Kadoch.

L'enseignement de Zarathoustra se rappelle à nous par les heures d'ouverture et de fermeture des, travaux.

Les Druide nous auraient transmis les trois points et les alchimistes la traduction de feu purificateur donnée au tétragramme INRI.

Aux Templiers, non devons le titre de Grand Maître, Commandeur, Gardien de la Tour, l'expression Camps , et la dague du Kadoch, peut-être aussi le titre de Chevalier.

Les Tribunaux Véhmiques ont fourni les noms de Grand Juge, Grand Inquisiteur, Prévost et Juge, Grand Elu de 9, Grand Elu des 15.

Enfin, comme il est naturel, nous devons certains de nos symboles aux Francs-Maçons constructeurs du Moyen Âge : les mots d Apprenti, Compagnon, Maître, Royal Arch, Gardien de la Voûte Sacrée, — les outils : maillet, ciseau, équerre ; compas, levier, niveau, truelle, le tablier, une interprétation de colonnes qui représenteraient le deux poteaux marquant l'entrée du rectangle de corde où les maçons constructeurs tenaient leurs réunions.

Cette longue liste est incomplète, mais suffisante pour que nous puissions rechercher ce qui reste des philosophes grecs dans l'origine de nos symboles.

Ce qui reste, ce sont les symboles géométrique et numérique.

La géométrie maçonnique est assez simple. Elle se réduit essentiellement au Cube et surtout au Triangle. Or, le grand savant du Triangle c'est Thalès de Milet, dont les démonstrations dominent encore notre géométrie.

Toutefois, ce que nous avons conservé du Triangle en maçonnerie, se rapporte bien moins à la notion des lignes proportionnelles, notion qui d'ailleurs, comme les idées philosophiques et de portée générale, qu'aux nombreuses interprétations par triades, par thèse, antithèse et synthèse, que l'on a données des trois côtés du triangle.

Ces triades sont un fruit de l'imagination de tous les temps.

La symbolique des nombres nous vient de Pythagore, et là il semble qu'on puisse être assez affirmatif. La tradition du nombre pythagoricien s'est en effet transmise sans interruption par les néo-platoniciens d'Alexandrie, par les gnostiques, par la Kabbale et par les Alchimistes. Or, quand tut fondée la Franc-Maçonnerie moderne, elle accueillit, comme Maçons acceptés, un certain nombre d'alchimistes.

Le nombre que nous employons le plus fréquemment est 3, soit simple, soit sous forme multiple et de combinaison" : 18=32x2, 33=33+3X2, 81=34 etc...

Pour Pythagore, le premier nombre véritable, est 3, combinaison du symbole de l'unité, 1, et du symbole de la multitude : 2. C'est aussi le premier des nombres premiers.

Nous avons conservé aussi d'autres nombres pythagoriciens, 4, le premier carré parfait — 5, le nombre nuptial — 7, le nombre heureux.

Toutefois, si la filiation semble ici directe, il y a une réserve à faire, les symboles numériques n'ayant pas en Maçonnerie de la même valeur que pour les Pythagoriciens.

Chez les Anciens, il y avait une forte tendance à déifier pour ainsi dire les inventions importantes.

Les premiers monuments de l'écriture égyptienne datent d'environ 3.700 ans avant le Christ. — Il n'est pas invraisemblable de supposer un tâtonnement de trois siècles, ce qui reporterait l'invention de l'écriture à 4.000 ans. C'est la date que la Genèse attribue à la création du Monde. C'est peut-être aussi l'origine de l'expression employée en Maçonnerie : Ere de la Vraie Lumière, c'est-à-dire Ere de l'Ecriture.

De même, l'invention du langage articulé à rendu de tels services aux hommes que les néo-platoniciens ont fait du Mot, du Verbe, l'attribut essentiel de Dieu, et Dieu lui-même.

De même, l'art de calculer a produit une telle révolution, que Pythagore a attribué au Nombre, à la seule énonciation de ce nombre, un pouvoir efficient, un véritable pouvoir magique.

II reste encore des mathématiciens purs qui attribuent ce pouvoir aux mathématiques. Ils déduisent des formules rigoureusement exactes, qui ne correspondent à rien de réel, oubliant la juste comparaison du physicien Tyndall : "Les mathématiques sont un moulin à café : Si l'on ne met pas de grains dans la trémie, on peut tourner la manivelle pendant des siècles sans obtenir aucun résultat."

Le café qu'il faut introduire dans le moulin des mathématiques, ce sont les notions concrètes : La Maçonnerie.

La Maçonnerie moderne a gardé le symbole des nombres, mais elle n'en a pas gardé le culte. Elle rend hommage à Pythagore, mais elle ne croit plus à la Magie des nombres et les sons harmonieux que produirait le mouvement des sphères échappent à nos oreilles.

C... Phil... Réunion des Amis Choisis, C... de Béziers.

Votre rapporteur a cru bien taire en reproduisant en entier Ie travail de cet aréopage. Cette étude est essentiellement mathématique et pour y vous en parler, je devais m'aider d'un tableau noir, c'est un aperçu curieux où se déroulent les conceptions arithmologiques des Pythagoriciens ; mais, ce qui est à retenir, c'est le rapprochement de ces symboles avec ceux qui figurent dans nos rituels.

Cette courte étude, qui a pour objet la recherche de symboles maçonniques chez les peuples Grecs, est limitée à ce qui a pu être reconnu sur ce sujet dans le livre de Gaston milhaud : Les Philosophes Géomètres de la Grèce.

Elle peut être utile à apporter une modeste contribution à l'élaboration d'un Tableau des origines de nos symboles et de leur signification secrète aux divers temps depuis leur source retrouvée. La confection d'un tel tableau est d'un intérêt incontestable. Nous employons, en effet, des signes, paroles, figures, chiffres, outils qui nous ont été légués par tradition ; mais nous ignorons où et dans quelles circonstances la plupart de ces symboles ont pris naissance ; quels sont les sectes, confréries, peuples, confessions qui s'en sont servis ; quel sens, caché ou non, ils représentaient. Il se dégagerait d'une telle construction une philosophie du symbolisme qui nous fait défaut.

Des symboles profanes n'ont pas eu leur emploi en Maçonnerie : d'autres sont tombés en désuétude et se sont perdus ; d'autres enfin ont vu leur signification changer, se transformer, soit en vieillissant soit en s'étendant en largeur à d'autres collectivités. Au cours des âges successifs les vues de l'humanité se sont modifiées sur la plupart des objets ou des idées ; il était naturel que l'on accommodât le sens hermétique du symbole au goût de l'Ecole du jour.

D'autre part, le degré de fréquence de chacun des symboles employés par les diverses sectes pourrait permettre de faire connaître les filiations, les scissions, les interpénétrations de ces sectes. Une hiérarchie des symboles pourrait être dressée en la basant sur l'ancienneté et sur la fréquence de chacun d'eux dans le plan horizontal si l'on veut, en attribuant au vertical l'écoulement des siècles, et à l'horizontal les diverses sectes dispersées sur la surface de la terre à chaque stade d'évolution.

Les Philosophes Géomètres de la Grèce au titre limitatif, ne font mention évidemment que des grands philosophes de l'ancienne Grèce qui ont posé les linéaments de la Mathématique ou qui l'ont développée. Ces hommes ont substitué peu à peu à la raison là où il n'existait que superstitions grossières et procédés magiques, apports de l'Orient et de l'Egypte. Ce livre est surtout un hymne à la philosophie Platonicienne. Il se divise naturellement en deux parties : la première est consacrée aux prédécesseurs de Platon, la seconde à Platon lui-même et à l'enseignement de son Ecole. Dans les prédécesseurs de Platon, nous trouvons les premiers Ioniens, les Pythagoriciens, les Eléates, La période embrassée s'étend donc du VIIe au IIIe siècle avant Jésus-Christ.

Nous suivrons l'ordre chronologique de la naissance de ces Ecoles qui, par la suite, — sauf pour l'Ecole d'Elée — ont subsisté simultanément un certain temps. Mais, au lieu d'épuiser chaque fois tous les symboles pour chacune d'elles, en recommençant la série pour chaque Ecole, nous suivrons le même symbole depuis le moment où il a été reconnu pour ne le quitter qu'après Platon. Malheureusement notre tableau sera fort incomplet car, tant chez les Ioniens que chez les Eléates, nous n'avons rien trouvé. Non que l'Ecole de Milet de même que celle d'Elée n'aient employé de symboles, car il était bien dans les habitudes de leurs adeptes de travailler dans le mystère, d'avoir un double enseignement ; l'un exotérique pour le monde profane, l'autre ésotérique à l'usage des seuls initiés. Nous savons que certains nombres étaient pour eux sacrés, que, pour les Ioniens, les 3 éléments, l'eau, la terre, le feu furent successivement considérés comme le principe de toutes choses qu'ils mirent à la base d'une mécanique céleste naïve, et que ces principes, ils les représentaient par certains nombres considérés comme parfaits ou sacrés. Mais comme notre tâche est limitée à la compulsion des "Philosophes Géomètres de la Grèce " et que dans cet ouvrage il n'est fait aucune mention des symboles et pratiques singulières de ces deux Ecoles, force nous est de nous abstenir, quitte à étendre, par la suite, nos recherches en recourant à d'autres sources.

Ce qui suit ne s'applique donc qu'aux Ecoles de Pythagore et de Platon, étant bien entendu que ce que nous en dirons ne peut être que fragmentaire, car ce n'est qu'accessoirement et noyé dans ses développements que Milhaud en fait mention.

Lieu de réunion, ce qui peut correspondre à la loge, — l'enseignement de Pythagore se faisait aux seuls initiés. Il avait un caractère mystique : c'était, caché par un rideau, que le Maître parlait aux novices. Ce rideau rappelle la draperie qui, dans la chambre du Milieu, sépare le "Dehbir" où parle le Vén... M..., qui préside, du "Hikal" où se tient le compagnon récipiendaire.

Rien chez les platoniciens.

Secret. — Pythagore faisait prêter Ie serment à ses affiliés de garder secret son enseignement. Hippasius, mis à mort pour avoir dévoilé un mystère géométrique, est une preuve de la rigueur de ce serment, rigueur que nous ne connaissons plus : la trahison non châtiée de Bidegain en a fourni la preuve. Hippasius fut précipité dans la mer pour avoir fait connaître la construction du pentagone régulier. Et ce châtiment fui bien mérité, car le pentagone étoilé servait de signe de ralliement aux pythagoriciens.

Chez Platon il y avait également un enseignement hermétique destiné aux seuls adeptes, sans que nous sachions toutefois si le serment était exigé ou non.

Initiations —Epreuves. — Pythagore imposait des épreuves, lors de l'initiation. Une de ces épreuves consistait, pour les novices, à garder le silence. Le Maître instruisait donc les novices, caché par le rideau, et ce n'est qu'après avoir satisfait à cette épreuve du silence — compte tenu évidemment des autres épreuves et des dispositions du néophyte — que Pythagore écartait, le rideau et se montrait. Cette initiation à un enseignement d'un ordre plu élevé, peut se comparer à notre initiation au troisième degré dans la Chambre du Milieu.

Nombres : Symboles numériques, — Pour les pythagoriciens, le nombre est principe d'harmonie. Il apporte avec lui l'unité, la similitude, l'homogénéité, là où apparaissaient d'abord le multiple et le dissemblable. Le pair se rattache à l'indéfini, à l'inconnu, au désordonné, et, par extension, au mal ; l'impair, à ce qui est défini, connu, ordonné, au bien. La première idée de l'impair est dans l'unité, comme celle du pair est dans la dyade.

Ainsi le nombre 7 aura une grande valeur symbolique : il représente le temps critique, car les périodes de 7 jours, mois (?) ou années jouent un rôle prépondérant dans le développement des êtres.

Le nombre 5 constitue le mariage qui unit au premier pair le premier impair — (l'unité étant à part).

Avec 4 ou 9 est justice car ils sont le produit du premier pair ou du premier impair par eux-mêmes, l'unité mise à part.

Tandis que l'intelligence, toujours immobile en elle-même, est constituée par l'unité, l'opinion sera 2 parce qu'elle est oscillante et mobile. En résumé, dirent les pythagoriciens, "toutes les choses qu'il nous est donné de connaître possèdent un nombre, et rien ne peut être conçu, ni connu, sans le nombre". Le nombre révèle donc l'essence des choses, et voilà pourquoi, il est ce qu'il y a de plus sage.

Une table de 2 files de nombres avait été dressée. A chaque couple pair-impair correspondait un couple d'oppositions où l'harmonieux, le bien, était placé sous les nombres impairs :

 

1 = Limité

2 = Illimité

3 = Impair

4 = Pair

5 = UN

6 = Multiple

7 = Droite

8 = Gauche

9 = Mâle

10 = Femelle

11 = Mû

12 = En repos

13 = Rectiligne

14 = Courbe

15 = Lumière

16 = Obscurité

17 = Bon

18 = Mauvais

19 = Carré

20 = Oblong

 

Il y avait donc 10 couples d'opposés, ni moins ni plus, car 10 était considéré comme un nombre parfait. (Nous ignorons d ailleurs pour quelles raisons le nombre 10 était parfait ; cela n'a évidemment aucun rapport avec la définition mathématique donnée plus tard par Euclide du nombre parfait : un nombre est parfait lorsque ce nombre est égal à la somme de ses diviseurs. Ainsi : 6=1+2+3, 28=1+2+4+7+14 sont des nombres parfaits, mais 10 ne l'est pas, numériquement parlant.)

Dans la Maçonnerie, le nombre est très répandu et, fait typique, on n y trouve que des nombres impairs :

Ages : 3 ans — 5 ans — 7 ans — 33 ans — 1 siècle.

Batteries : 3 coups — 5 coups — 3 fois 3 coups soit 9 coups — 7 coups — 7 coups.

Marche : 3 pas — 5 pas — 7 pas.

Attouchements : 3 coups sur l'index — 5 coups — et pour les Maîtres : établissement des 5 points parfaits, puis 3 renversements alternatifs des mains unies.

Baiser : 3 baisers après 3 coups sur l'épaule.

Candélabres : à 3-5-7 branches.

Etoile flamboyante à 5 rayons.

Enfin le triangle.

Division de la loge en 3 parties : Orient — Nord — Sud.

A l'Orient les 3 lumières : Vén..., Orat..., Secret....

Dans une loge juste et parfaite, 3 la dirigent, 5 l'éclairent, 7 la rendent juste et parfaite.

Du tableau des opposition découle peut être le signe et le contre-signe des Rose-Croix — qui peut signifier : Illimité - Limité... Multiple – Un..., Obscurité – Lumière... Mauvais – Bon.

Il faut voir évidemment dans l'emploi exclusif et universel de l'impair dans la Maçonnerie, la persistance, transmise à travers les âges, de la valeur morale supérieure de l'impair sur le pair. Mais, il est improbable que l'origine en remonte aux pythagoriciens : c'est sans doute plus haut qu'il faudrait rechercher cette source, dans l'antique Egypte, et peut-être aussi plus loin vers l'Orient et l'Extrême-Orient : et, qui sait, si on n'aboutirait pas, en dernière analyse, au plateau tibétain qui paraît être le berceau de l'humanité.

Les découvertes des propriétés des nombres considérées, à bon droit ; comme merveilleuses, avaient amené les pythagoriciens à aimer les nombres pour eux-mêmes. Ils y voyaient le principe d'harmonie générale, et cet amour procédait tellement d'une esthétique qu'ils n'avaient pas osé accepter, dans sa généralité, la notion des incommensurables. Ils avaient bien noté le cas du rapport de la diagonale au côté du carré, — qui est un rapport incommensurable — mais ils le considéraient comme une scandaleuse exception, comme une erreur !

Pour Platon et son Ecole, le nombre est également une harmonie et l'harmonie est condition de beauté, de stabilité, d'équilibre. Pour cette académie, le symbolisme du nombre ne connaît aucune limite : les corps, les idées s'identifient aux nombres par le fini et l'infini ; des discussions passionnées s'instituent sur les idées – nombres. Pour Platon, le démiurge a découpé l'univers en parties proportionnelles entre elles, comme les nombres de la gamme musicale dont les rapports simples créent une harmonie qui le remplissait de bonheur. Pouvoir comparer les rapports des nombres qui interviennent dans une circonstance quelconque à ceux que découvre l'harmonie musicale, semble être pour Platon le gage le plus assuré de l'ordre et de l'équilibre, donc, de la beauté.

L'incommensurabilité tourmenta bien, au début, les platoniciens, mais ils cessèrent de la regarder comme un scandale quand, par le moyen de la géométrie, ils parvinrent à trouver un rapport simple, non plus entre les nombres primitifs dont le rapport était incommensurable, mais entre les carrés de ces nombres. Ils découvrirent, en effet, que la diagonale d'un carré est elle-même le côté d'un carré deux fois plus grand.

Quant aux oppositions elles ne sont plus aussi rigoureusement inconciliables que sous le pythagorisme. On en arrive même à penser que les contraires n'existent pas, que le même et le contraire ne sont que les échelons extrêmes d'une échelle, reliés entre eux par les échelons intermédiaires, ou que l'un contient l'autre : comme le chaud et le froid, — comme le grand qui contient le petit, — le multiple, l'un. Dans tous les contraires on découvre une graduation, un rapport, un lien, d'où il résulte que là où l'on ne voyait qu'opposition tranchée, on aperçoit une nouvelle génération d'harmonie.

Platon était, en somme, un optimiste. Il était porté à voir tout en beau parce que le Créateur ne pouvait présider qu'à des choses harmonieuses. Dans le "Philèbe" il fait dire à Socrate : "c'est selon moi un présent fait aux homme ; par les dieux, apporté d'en haut avec le feu par quelque Prométhée, que toutes les choses auxquelles on attribue une existence éternelle sont composées d'un et de plusieurs, et réunissent en elles, par leur nature, le fini et l'infini..."

Platon sent de la façon, la plus profonde, qu'on ne peut séparer les essences intelligibles, les isoler, que si on n'associe pas le contraire à son contraire : c'est le repos, l'immobilité, la mort de la pensée.

Et le signe et le contre-signe, symbole des contraires tel que nous l'avons envisagé à la suite des oppositions contrastées des pythagoriciens, pourrait tout aussi bien être né de cette nécessité platonicienne, à nous transmise, d'envisager, écouter et discuter toutes les idées, toutes les opinions, sous tous leurs aspects les plus contradictoires même si elles sont les plus éloignées, les plus opposées à notre entendement.

Figures et symboles géométriques — Les pythagoriciens furent les véritables créateurs de la géométrie. Cela ne signifie point que certaines figures n'étaient connues de la plus haute antiquité ; mais la gloire de Pythagore fut de trouver les premières relations des figures entre elles ou celles quelles possèdent en elles-mêmes. Les géomètres égyptiens ou harpédonaptes — ceux qui attachent le cordeau — savaient bien élever une perpendiculaire en formant un triangle rectangle ayant pour côtés 3, 4, 5. Mais, bâtisseurs avant tout, cette construction ne procédait point de la spéculation ; comme, pour beaucoup de découvertes, la théorie pure vint après la pratique. C'est à Pythagore que l'on attribue cette découverte de la relation du carré de l'hypoténuse aux carrés des deux autres côtés. Cette démonstration est d' ailleurs postérieure à celle-ci, — la première en date : "Dans un triangle, la somme des angles est égale à deux droits." L'emploi du pentagone étoilé comme signe de ralliement, le sort d'Hippasius, punir de mort pour avoir dévoilé la construction du pentagone régulier, confirme que les pythagoriciens ont étudié les polyèdres réguliers et qu'ils savaient diviser une droite en moyenne et en extrême raison.

Ils appelaient le cube "harmonie géométrique" car il a 6 faces, 8 sommets, 12 arêtes, et que ces trois nombre 6 – 8 -12 forment la médiété harmonique 12 -8/8-6 = 12/6. La médiété grecque est un groupe de 3 nombres, a, b, m, tels que le rapport des deux différences formées avec eux soit égal au rapport de deux d'entre eux : a-b/b-m = a/m. Cette harmonie géométrique était le pendant de l'harmonie musicale que les pythagoriciens avaient découverte au moyen des nombres représentant un son, sa quarte et son octave et qui étaient 1 – 4/3 – 2 ; si on remplace le nombre fondamental 1 par 6, on obtient les trois nombres 6 — 8 — 12 qui sont les trois nombres du cube.

L'Ecole de Pythagore employait donc le pentagone étoilé comme signe de ralliement, symbole que nous possédons encore sous la forme de l'étoile flamboyante à cinq rayons, image de l'étoile polaire qui nous rallie et nous sert de guide dans notre marche vers la pensée libre.

Quant à l'emploi du triangle, la question demeure réservée. II serait étonnant qu'il n'ait pas été mis à contribution cette figure primordiale, qui reliait la science des nombres à celle des lignes et surfaces par le moyen des nombres triangulaires et carrés, — qui était à la base de ; premières découvertes géométriques, — et dont l'ancienneté remontait très haut dans le passé.

Les platoniciens appliquèrent aux figures géométriques, des identifications symboliques semblables à celles qu'ils affectaient aux nombres. Ainsi les particules, nous dirions atomes aujourd'hui, des espèces de corps élémentaires ont la forme de polyèdres réguliers : le cube, qui est le plus stable, convient à la terre, — le tétraèdre limité par 4 triangles équilatéraux égaux, appartient au plus aigu, au feu, — l'eau aura l'octaèdre régulier, limité par 8 triangles équilatéraux égaux, — l'air aura l'icosaèdre, solide limité par 20 triangles équilatéraux égaux. Quant au 5e solide parfait, le dodécaèdre, limité par 12 pentagones égaux, il est attribué à l'ensemble de l'univers. Il n'existe, on le sait, que 5 solides réguliers : Platon, qui les a étudiés, avec admiration, veut que chacun deux soit utilisé à quelque réalité concrète dans la constitution de l'univers physique.

Les 4 solides, symboles des l'éléments, sont excellents en beauté. Et cette beauté, cette harmonie, Platon la sent nécessaire pour se rapprocher de la vérité. Ils ont tous le triangle comme fondement. Mais, parmi les triangles il y en a deux espères particulièrement belles : le triangle rectangle isocèle et, celui qui surpasse tous les autres en beauté, en vérité, le triangle rectangle allongé tel que la juxtaposition de deux d'entre eux forme un triangle équilatéral : dans un tel triangle l'hypoténuse est double du petit côté.

Nul doute que l'Ecole platonicienne qui voyait la perfection dans le triangle ne s'en soit servi comme d'un symbole particulier dont les adeptes étaient seuls à connaître le sens ésotérique mais nous n'en avons pas trouvé trace dans notre analyse.

Il y a lieu de remarquer que le symbolisme maçonnique contemporain est bien pauvre en figures géométriques. Des figures planes nous n'avons que le triangle et le pentagone, ce dernier sous la forme de l'étoile flamboyante, et nous ne possédons aucun solide. Il est possible, toutefois, que le triangle étant à la base de toute surface, et que des 5 solides réguliers, 4 ayant le triangle comme fondement, et le 5e le pentagone régulier, ce soient précisément ces deux seules figures qui nous aient ; été transmises comme symboles de toute vénération, de toute harmonie, de l'infini et de la Vérité.

En ce qui concerne les solides de révolution, il n'est pas étonnant qu'ils aient été délaissés, car ils ont le cercle comme base et le courbe, — nous l'avons vu aux oppositions — est le contraire du rectiligne et s'apparente aux nombres pairs c'est-à-dire à l'inharmonie universelle, à l'erreur. Cette phobie du cercle s'apparente aussi aux incommensurables que les pythagoriciens considéraient comme une faute, une erreur de la nature.

Nous croyons utile de présenter la remarque suivante. Les symboles que nous venons d'étudier n'ont pas été choisis par les anciens pour représenter l'harmonie, l'équilibre, la beauté reconnues dans l'univers, de même que le symbole algébrique représente une expression ou une fonction ou qu'une formule chimique représente une combinaison, non, mais au contraire, c'est parce que ces qualités appartiennent en propre à ces nombres ou figures que les anciens les ont choisis pour leur identifier les plus belles qualités de la pensée, de la raison.

C... Phil... La Concorde d'Aquitaine C... de Bordeaux __ Cet aréopage présente un lumineux exposé de la question qui lui a été soumise. C'est une remarquable analyse, une étude d'une étonnante clarté.

La première Ecole, dit-il, celle d'Ionie fondée en Asie Mineure, reposait surtout sur la contemplation de la Nature : c'est l'univers sensible, c'est la formation et l"organisation du monde physique qu'elle s'efforce d'expliquer. C'est dans la Nature elle-même et non dans un principe supérieur à elle qu'elle veut trouver l'explication du Monde. Les Philosophes de cette Ecole concevaient les forces primordiales dans les Eléments : pour Thalès de Milet, c'était l'eau, pour Anaximène, c'était l'air, pour Héraclite, c'était le feu.

Démocrite, pour la première fois, précise la théorie des atomes, et Anaxagore se montra pénétré de l'idée qu'il règne un certain ordre dans la nature. Tout était confondu, dit-il ; puis vint la Pensée qui organisa tout. Avec ce philosophe, l'Intelligence n'est pas seulement un attribut de la Matière : c'est un principe ordonnateur, mais non créateur.

Après les Ioniens, deux Ecoles furent fondées : celle des Eléates ; celle des Pythagoriciens.

Xénophane fut le fondateur de l'Ecole d'Elée, Parménide en est l'organisateur et Zénon le dialecticien. Pour eux, il existe une puissance indépendante insaisissable qui ne saurait se définir car elle ne peut avoir ni commencement, ni fin. C'est l'unité, le Théos opposé au Cosmos. Le Théos est la synthèse des Théos des grandes lois qui régissent la nature, en d'autres termes, c'est le Théisme, l'Etre supposé un, indivisible, immuable, qui est tout puissant dans sa force, dans son action de l'Unité sur la Pluralité.

Le Christianisme tirera plus tard de cette conception du théisme la dérivation inférieure du Déisme et de l'Idée d'un Dieu différent, de forme accessible aux imaginations, tel qu'il est représenté aux adeptes des religions modernes.

Les Pythagoriciens avec Pythagore, Archytas, Philolaüs étaient de grands savants, puisque seuls, dans l'Antiquité, ils pressentirent le vrai système du monde, mais mathématiciens, suivant l'expression d'Aristote, le nombre leur parut être non seulement la figuration et le signe, mais la cause et le principe des choses. Pour eux, l'âme est un nombre qui se meut et vient organiser un corps et peut en organiser plusieurs, car Pythagore versait dans la métempsychose. D'après lui, cependant, le but de la vie humaine était de se rapprocher de L'Unité parfaite en faisant prédominer l'Unité de la raison sur la pluralité grossière des appétits corporels.

Socrate dans sa lutte contre le Sophisme, va réduire le champ d'expériences, le rendre plus précis. Dans l'homme, il va trouver une universelle mesure à la sensation et à l'opinion. Au lieu de prendre comme objet de ses spéculations l'Univers entier, il ramène la philosophie à l'étude de l'homme. Il poursuit deux ordres de faits : 1° la connaissance de sois même (gnoti seauton) ; 2° la recherche du générai et de l'universel par la définition des Idées. Ce qui domine la doctrine de Socrate, c'est l'idée du Bien qui entraîne à la recherche du Beau et du Vrai Philosophe, d'après lui, c'est rechercher la vertu dont le siège est dans I âme. Ainsi se fonda la philosophie spiritualiste, ainsi s'établit dans la philosophie le principe moral. Et c'est ensuite que la doctrine de Platon, disciple d'Héraclite, admirateur de Parménide, intéressé aux discussions des Pythagoriciens, ami personnel de Socrate, démontrera l'Idée comme principe de la connaissance de l'existence, toutes les Idées se résumant en l'Idée unique du Bien. Il attribuera à l'âme trois parties, la Pensée, la Passion, l'appétit spécifiant que la subordination des deux dernières à la première constitue la Vertu. C'est le principe moral qui s'affirme.

Aristote complétera la définition des principes de morale en donnant comme but aux actions humaines le bonheur procuré par le sentiment de l'acte accompli.

L'aréopage "La Concorde d'Aquitaine" ne s'arrête pas aux Ecoles qui succédèrent à ces grands philosophes : il passe aussitôt à la Rome antique.

Ce sont d'abord les stoïciens, Epictète qui enseigne le mépris de la misère ; Marc-Aurèle qui préconise le dédain des grandeurs et tous deux partisans du renoncement absolu, de la résignation sereine, de l'amour du pur idéal, et de la lutte de l'esprit pour conserver avec la raison sa pleine liberté. Puis Sénèque qui exprime d'admirables maximes sur la vie intérieure.

C'est enfin Cicéron qui donne un reflet à tous les systèmes de la Grèce et nous a laissé dans son traité Des Devoirs de superbes directives définissant les principes et les effets de l'obligation morale, les droits et les devoirs qui en découlent pour l'Ordre, la bonne conduite des Sociétés.

L'Ecole d'Alexandrie, dite néo-platonicienne avait à lutter contre la Philosophie chrétienne naissante qui tendait à bénéficier du trouble causé par les conceptions nouvelles plus ou moins bien assises. Avec Plotin et Porphyre, ils se sont efforcés de stabiliser les connaissances acquises par la voie du libre examen, à part cela, leur œuvre n'a rien de réellement essentiel.

Voyons si les idées professées par les chefs d'Ecoles que nous venons de citer ont laissé une empreinte dans notre philosophie maçonnique.

Tout d'abord spiritualiste dans le sens de l'Ecole d'Elée, en même temps que matérialiste dans celui de l'Ecole d'Ionie, elle adopte la formule du G... Arch... de l'Univers qui répond à ses conceptions générales, à l'absolu ignoré, imprécis, mais l'influence de la philosophie purement chrétienne déteint et s'impose bientôt, et nous voyons notre constitution de 1849 déclarer que la F... M... institution éminemment philanthropique, philosophique et progressive, a pour base l'existence de Dieu et l'immortalité de l'Ame. En même temps, cette affirmation dogmatique s'incruste dans les Maç... anglo-saxonnes à tel point qu'aujourd'hui elle y subsiste inébranlable. De là cette division, imputable au seul sectarisme, issue d'une pétition de principe en opposition avec la charte d'Anderson, car ce sont la révélation et la tradition que l'on entend imposer aux lieu et place du raisonnement libre ; recherchant la cause vraie de la nature par l'analyse des phénomènes qui en constituent les effets.

En cela la philosophie du G... O... D... F... est incontestablement restée fidèle aux doctrines des grands philosophes de l'antiquité. C'est la répétition de l'effort de l'Ecole d'Alexandrie s'opposant aux empiétements de la philosophie chrétienne exclusive et dogmatique et protégeant, défendant la liberté du raisonnement contre l'arbitraire et la contrainte à une croyance dont il n'est pas permis de discuter la légitimité.

C'est pourquoi lorsque des éclipses se produisent dans la claire vision dés réalités, dans le jugement et le raisonnement affaiblis, elle se précipite vers le flambeau qui représente le génie des anciens qui semble vaciller, et s'éteindre : elle le saisit, le relève et s'efforce d'en ranimer le rayonnement.

Nous le constatons actuellement, alors que par suite d'une perturbation néfaste, le trouble est jeté dans les esprits, que l'humanité égarée dans les sentiers de l'Incertitude et des erreurs cherche sa route, que la parole est perdue, la Maçonnerie fidèle à son sacerdoce étudie les phénomènes nouveaux, scrute les intelligences, s'évertue à distinguer la pensée qui agite le genre humain.

Serait-il possible de nier en présence de l'évidence, que l'action philosophique maçonnique est réellement empreinte des leçons et des enseignements légués pars les grands philosophes de la Grèce et de la Rome antique et que son œuvre s'appuie sur cet héritage.

Nul doute également que si nous ouvrons nos rituels, nous y découvrirons des preuves identiques, car les Rituels sont l'expression de la Pensée créatrice tout comme les symboles.

Notre Philosophie Maç..., c'est un honneur pour elle, s'efforce de développer chez l'individu les bienfaits de cette morale que nous ont légué les maîtres de l'Antiquité, de rapprocher l'humanité du bonheur par la connaissance du Beau, du Bien, cette splendeur merveilleuse qui s'appelle "La Vérité".

C... Phil... Paix et Union, —C... de Nantes.;

Travail considérable, Etude très détaillée.

Ce C... Phil... jette tout d'abord un coup d'œil sur les philosophies qui ont précédé celles de la Grèce ancienne : il se demande d'autre part si la F... M... possède une philosophie. Il croit plutôt à un idéal, à un but recherché par tous les M... anciens et modernes, celui de l'amélioration sociale de l'humanité.

Puis il parcourt le cycle de la pensée Hellène.

La plus ancienne école philosophique comme l'Ecole Ionienne, VIIe siècle avant J.C, ne fût, à vrai dire, qu'une mythologie et Thalès de Milet enseigna surtout la "transformation de la matière" due à des êtres puissants ou "dieux" attachés aux quatre éléments connus "terre", "air", "feu" et "eau".

Mais tandis que les Ioniens cherchaient un principe "physique" des choses, Pythagore imagina, lui, un principe "mathématique" avec une telle élévation de doctrine, que l'influence en fut immense à cette époque. Les adeptes du pythagorisme imposèrent une discipline morale très sévère et les théories idéalistes du "Maître" inspirèrent l'Ecole d'Elée dont les idées philosophiques s'opposèrent aux tendances matérialistes des Ioniens.

Pythagore, cependant, n'écrivit rien et se borna à enseigner, annonçant, comme le dit Condorcet, "que l'univers était gouverné par une harmonie dont les propriétés des nombres devaient dévoiler les principes ; c'est-à-dire que tous les phénomènes étaient soumis à des lois générales et calculées."

Il nous présenta, dés lors, les premiers éléments de cette philosophie que nous pouvons faire nôtre, laquelle ne s'appuie que sur l'expérience et le calcul, qui veut connaître les lois suivant lesquelles une cause exerce son action avant de chercher à en pénétrer la nature et qui, sans vouloir imaginer ce qu'elle ne peut connaître, sait s'arrêter où les instruments qu'elle emploie cessent de pouvoir atteindre.

Nul n'ignore les principales propositions trouvées par Pythagore en géométrie, en arithmétique et en astronomie et je trouve inutile d'insister là-dessus, mais j'estime, au contraire, indispensable de souligner que, dans ces premiers temps de la philosophie grecque, apparaît l'unique exemple d'une instruction absolument libre, indépendante de toute superstition, affranchie de toute influence des gouvernements, sans autre but pour le "Maître" que de répandre des vérités et de former des hommes, sans autre objet que d'acquérir des lumières. Et, pour parvenir à ces buts, le philosophe n'admettait dans son école que ceux qu'il en jugeait dignes, ceux qui, le pins souvent, avaient été soumis à des épreuves rigoureuses, lesquelles comportaient, en général, un silence absolu de plusieurs années pour être admis à la connaissance des vérités d'un ordre supérieur.

Cette "loi du silence" nous en sommes encore de fidèles observateurs.

Son école forma des législateurs et d'intrépides défenseurs "des droits de l'humanité". Malheureusement, elle succomba sous les efforts des tyrans et l'un d'eux brûla même les pythagoriciens dans leur école.

Ce qui caractérise surtout la doctrine de Socrate, qui nous a été transmise par ses disciples, puisqu'il n'écrivit rien, c'est que ce philosophe croit à la science et à la vérité universelle et durable, mais que, pour lui, la science se confond avec la morale, de même que toute erreur a pour cause l'ignorance.

En conséquence, Socrate voulait que l'homme s'étudiât pour être moral, pour être honnête, pour être juste. Tout, pour lui, devait converger vers la morale, y concourir et y être subordonné comme à son but, comme à sa dernière : "Connais-toi toi-même", enseignait-il, estimant que la connaissance de l'homme est la première de toutes les connaissances. Puis avouant ne rien comprendre à la métaphysique professée dans les écoles, l'important disait-il, était de croire au "Juste" et au "Vrai" et de l'appliquer dans la vie en restant "un exemple" de ses doctrines, ce qu'il fut, d'ailleurs, puisque : citoyen irréprochable, soldat intrépide, juge intègre, ami fidèle et désintéressé, maître absolu de toutes ses passions.

Ne voilà-t-il pas, mes FF... une définition frappante du parfait Maçon ?

Et avec quelle modestie, le bon, le spirituel Socrate laissait tomber de sa bouche malicieuse son "Je sais que je ne sais rien" en réponse aux déclamations des sophistes qui, eux, prétendaient tout savoir ; d'après eux, chacun pouvait se donner à lui-même sa loi, selon ses goûts, ses désirs, ses ambitions, ses haines ; la fin adoptée justifiant les moyens, les lois écrites ou non ne méritaient pas le respect des esprits libres et, comme conséquence, en politique, le succès réhabilitait les coups d'Etat les plus illégaux.

A tant de siècles de distance, nous retrouvons ainsi le même "objet" préconisé par Socrate et par nos règlements. Nous continuons donc sa pensée. Et, n'est-ce pas justement parce que la morale est fille spirituelle de Socrate, lequel n'avait qu'un respect très modéré et très mêlé pour la religion de ses contemporains, que l'influence de Socrate a été terrible, pour la religion antique et peut-être même pour toutes les religions, en portant tous les esprits vers cette idée que la morale est le seul objet digne de la connaissance ?

Aussi, souvenons-nous de la fin de Socrate qui, cité en justice comme coupable de ne pas croire aux dieux reconnus par l'Etat et de corrompre la jeunesse, fût, en buvant la ciguë en 399 avant J.C, le premier martyr de la "libre pensée".

Comme l'a dit, au sujet de cette mort, Condorcet : " C'est le premier crime qu'ait enfanté la guerre de la philosophie et de la superstition".

Socrate, comme je l'ai dit plus haut, n'avait rien écrit. C'est donc d'après les œuvres de ses deux grands disciples, Xénophon et Platon, que la vie et les idées du créateur de la philosophie spiritualiste ont été reconstituées.

Mais alors que Xénophon ne fit connaître que le côté pratique et moral de la doctrine de Socrate, Platon s'attacha surtout à étendre et à développer le côté spéculatif des principes socratiques et il en tira toute une philosophie, de l'essence même des choses et des réalités suprêmes de la pensée. On peut dire que sa théorie des "Idées" lui fut inspirée par son vif amour du "Vrai", du "beau" et du "bien", à la recherche desquels notre Maçonnerie se déclare toujours passionnément attachée.

Sa morale a été, en conséquence, établie comme étant invinciblement la science du bien et du juste. Et, d'après Platon, être un "juste" selon tous les sens de ce mot est le "devoir de l'homme" et sa destination propre.

Dans la "République" Platon trace le plan chimérique d'une cité idéale et je ne saurais mieux faire à ce sujet que de reproduire le passage suivant de "E. Egger" dans son Essai sur l'histoire de la critique chez: les Grecs, 2e édition, pages 148s149 : A cette cité, le législateur a inspiré l'idée d'une justice nouvelle, qui n'est point celle de nos sociétés corrompues, sorte de compromis entre la mollesse de nos âmes et la rigueur des éternels principe ; du "Vrai ".

Bien qu'ayant écrit les "Lois" dans les dernières années de sa vie, (il mourut à 80 ans), rien n'y trahit la sénilité. Là encore Platon nous offre le plan d'une cité idéale imaginaire, mais plus rapprochée de la réalité que celle de la "République". Il y admet la famille et la propriété individuelle, et là aussi l'éducation tient une place capitale. Le grand moraliste vieillissant y reste toujours épris du même idéal, mais la vivacité de l'imagination mêle moins de fantaisie à ses suggestions et l'on y retrouve toujours les maximes d'une morale douce et pure dont la beauté n'a pu être flétrie par le temps et les révolutions des opinions.

Pour nous, Maçons, Platon reste le plus grand nom de la philosophie humaine. C'est le grand-maître de la philosophie idéaliste, de celle qui croit que les idées gouvernent le monde, de celle qui croit que ce monde est en acheminement vers une perfection, et il reste, pour nous, une source toujours féconde des pensées fortes et généreuses qui animent tous les Francs-Maçons dans la recherche de la Vérité. Son empreinte plane sur notre Ordre qui en portera la marque dans tous les temps, puisque la Maçonnerie restera toujours ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une institution ouverte à tous les progrès, à toutes idées morales et élevées, à toutes les aspirations larges et libérales, en un mot, la fille spirituelle du "divin Platon".

L'un des disciples et élèves de Platon fonda, lui aussi, à Athènes, une grande école philosophique. Reprenant la doctrine de "Démocrite", propagateur de la théorie des "atomes", corpuscules invisibles qui, mis en mouvement par une nécessité aveugle ; étaient pour lui les principes premiers des choses, Aristote substitua à la science des "Idées" la science des "Causes". Ce fut surtout un savant, un génie encyclopédique et scientifique qui nous a laissé cependant un exposé complet de ses idées sur la morale, dans ses dix livres de la "Morale à Nicomaque". Le philosophe y entrevoit la "fraternité" à travers l'amitié et a écrit le premier que "pour concevoir et pour agir, on est plus fort à deux". Nous disons maintenant "l'union fait la force", mais l'idée, vous le voyez, mes FF... remonte bien loin.

Aristote enseigna aussi que le bonheur réside, pour l'homme, dans l'exercice de l'activité qui lui est propre et que la vertu en est la condition principale, la santé, la fortune en étant les conditions accessoires. Mais pour lui, la vertu n'est pas l'œuvre de la science seulement et sa nécessaire conséquence, ainsi que le voulaient Socrate et Platon : l'habitude et la volonté libre contribuent à sa formation.

Aristote est donc le premier philosophe qui ait affirmé cette volonté libre ou "libre-arbitre".

Et c'est en raison de son génie encyclopédique et de son incontestable supériorité de savoir et d'esprit que les doctrines d'Aristote se répandirent dans le monde gréco-romain et qu'il devint, pour ainsi dire, le précepteur de l'intelligence humaine, puisqu aujourd'hui encore, dans la théorie et la pratique des belles lettres, les modernes doivent compter avec sa science et son autorité.

Aristote prépara l'esprit de l'avenir, l'esprit de la civilisation même, enfin l'esprit de la Franc-Maçonnerie dont l'un des objets principaux est ce même perfectionnement intellectuel de l'Humanité.

Après Aristote, la Philosophie Grecque semble lasse de ses efforts: apparaissent alors, les Epicuriens, les Pyrrhoniens, les Cyniques.

Epicure doit retenir l'attention des Maît... parce qu'il fut un grand calomnié.

Il embrassa la doctrine de Démocrite : il enseigna l'atomisme.

Epicure ne croit donc pas à un premier moteur, à un être qui ait pu mettre ces atomes en mouvement : en un mot, il ne croit pas en un Dieu ! Celui-ci n'aurait pas créé le monde, car, du reste, pourquoi l'aurait-il créé ? Est-ce par bonté, comme l'a dit Platon ? Non, car s'il en était ainsi, il y a tant de mal dans le monde que si Dieu l'avait créé par bonté, il se serait trompé et serait uniquement un sot, et, s'il a permis volontairement le mal, ce serait un méchant : il est donc bien plus charitable à son égard de penser qu'il n'a rien créé du tout.

Permettez-moi de vous rappeler le célèbre diallèle d'Epicure tel qu'il est cité par Lactance :

" Ou Dieu veut ôter le mal de ce monde et ne le peut, ou, il le peut et ne le veut pas, ou il ne le veut ni ne le peut, ou enfin, il le veut et le peut : s'il le veut et ne le peut pas, c'est impuissance ; s'il le peut et ne le veut pas, c'est méchanceté ; s'il ne le veut, ni ne le peut, c'est à la fois méchanceté et impuissance ; s'il le peut et le veut, d'où vient donc le mal sur la terre ?" Et le Maître du Cicéron chrétien Arnobe déclare l'argument insoluble. Mille bacheliers, mille licenciés, ajouta Voltaire, ont jeté les flèches de l'école contre ce rocher inébranlable et c'est sous cet abri terrible que se sont réfugiés tous les athées.

En ce qui concerne la morale, Epicure se rattache à celle d'Aristippe, un des fondateurs de l'Ecole du plaisir : il nie formellement les souffrances ou punitions après la mort : l'âme est matérielle comme le corps et disparaît avec lui. En définitive, l'objet de la doctrine d'Epicure visait surtout à instruire, à tranquilliser, à débarrasser les hommes de leurs préjugés, de leurs superstitions ; lui aussi a laissé sur notre ordre une empreinte certaine car nous sommes aujourd'hui encore attachés à la même cause.

L'auteur du rapport de l'aréopage "Paix et Union" abandonne les autres écoles telles que le Pyrrhonisme, les Cyniques, les Cyrénaïques et s'arrête au Portique dont Chrysippe établit la Doctrine.

L'idéal nouveau fut la résistance aux passions : ne rien craindre et ne rien désirer, penser juste et agir bien, tout supporter sans être ému. Il résulta de cette doctrine du stoïcisme une morale austère, hardie, parfois sublime dont l'influence fut considérable dans toute la Grèce, nous valut les "Entretiens" d'Epictète et son "Manuel", s'étendit à Rome où elle fut enseignée surtout par Sénèque et à l'empire romain en inspirant ses "Pensées" à Marc-Aurèle.

Nous sommes les membres d'un corps immense, La nature a voulu que nous fussions tous parents, en nous faisant naître des mêmes principes pour la même fin. De là nous vient l'affection mutuelle, c'est ce qui nous rend sociables : c'est le fondement de la justice et du droit. Voilà pourquoi il vaut mieux être victime du mal que de le commettre. La Société humaine est pareille à une voûte dont toutes les pierres, en s'appuyant les unes sur les autres, garantissent la solidité. (Lettre CXV).

Rapprochez, mes FF... ces nobles paroles de celles figurant plus haut extraites du livre de 1723 (d'Anderson) et qui recommandent aux Francs-Maçons de cultiver l'amour fraternel qui est le fondement et la maîtresse pierre de la voûte Maçonnique et vous conviendrez avec moi que Sénèque tenait le langage d'un vrai Maçon.

Et maintenant, jetons un coup d'œil sur la Rome antique et sur ses penseurs. C'est Lucrèce qui, du système philosophique et physique d'Epicure, fit l'admirable poème de "Natura Rerum".

En l'écrivant, Lucrèce, à travers Epicure, se rattache à la grande et poétique idée, déjà émise par Démocrite, de l'éternelle fixité des lois de la nature, et sa physique peut se résumer en peu de mots : tout l'univers n'est que matière ; l'âme aussi, est un composé d'atomes ; quand ceux-ci se dissoudront, elle retombera dans le néant : comme le monde lui-même, qui,, ayant eu un commencement, aura une fin ; l'univers est régi par des lois fatales et immuables ; les phénomènes naturels, tels que la foudre, les tremblements de terre, etc... en sont la conséquence et non des manifestations de la colère divine.

Et avec quel art il prouve le principe de la conservation de la matière par ces mots : "Rien ne naît, rien de meurt", principe formulé plus tard par Lavoisier en termes aussi heureux : "Rien ne se perd, rien ne se crée !"

Lucrèce en arrive vite, avec sa méthode d'observation directe et du raisonnement par analogie ou par hypothèses, en l'absence du procédé d'expérimentation, qu'il n'a pas connu, à deviner, à avoir comme le pressentiment des grandes lois de la nature. Avec son imagination ardente et forte, avec son génie poétique, il parvient même aux principes essentiels de la science moderne.

Comme il traite avec élégance, malgré quelques erreurs de détail l'axiome de l'indestructibilité de la matière, la théorie des atomes, la réduction de tous les phénomènes (couleur, odeur, son, etc...) à des mouvements d'atomes, la conception de lois universelles et immuables ; celle d'un monde infini dont notre monde n'est qu'une toute petite fraction, imparfaite et périssable, la théorie des terrains sédimentaires et la distinction entre l'organique et l'inorganique.

Cependant, Lucrèce ne possédait ni microscope, ni thermomètre : il ignorait les découvertes de Galilée et de Volta et, néanmoins, il n'est pas douteux que les doctrines contemporaines des psychophysiologiques et de l'évolutionnisme darwinien ont leurs racines lointaines dans le De Rerum natura.

C'est un volume entier qu'il faudrait écrire pour commenter la poésie avec laquelle Lucrèce nous fait part de ses conceptions originales, sur les sciences naturelles, auxquelles la science moderne a généralement donné une consécration définitive.

Mais, à mon sens, où Lucrèce sort de l'ordinaire, c'est dans les conclusions qu'il tire des théories scientifiques, d'abord si bien exposées par lui, que son maître, "Epicure" doit être célébré comme le "vainqueur de la religion".

N'oublions pas, d'ailleurs, qu'en suivant Epicure de très prés, en croyant le traduire, en le faisant parler, Lucrèce, tout en renouvelant la pensée du "maître" et en voulant n'être qu'un élève docile et respectueux devient un novateur profond qui, comme principal obstacle à la diffusion de son système de vérité, voit les menaces des prêtres, et, c'est pour cela qu'une grande partie de son De Rerum Natura est écrit pour délivrer l'âme "des liens étroits de la religion".

Comme je lai déjà dit, Lucrèce proclame que la nature est indifférente et aveugle comme une machine, laquelle se meut seule, sans la moindre impulsion divine. Il ne cesse de le répéter. Il nie le miracle au nom du déterminisme : il nie la Providence au nom du pessimisme ; il nie la création au nom de l'atomisme. En définitive, il expulse, le divin de la nature. Et il le chasse en même temps de l'histoire humaine.

La religion, pour lui, n'a fait aucun bien aux hommes.

Née de l'ignorance et de la peur et entretenue par la fourberie des prêtres et la lâcheté des hommes, elle ne leur a fait que beaucoup de mal. Les lois morales sont nées hors d'elle et elle n'a créé que la frayeur puérile d'un au-delà hypothétique et chimérique, la crainte des dieux qui empoisonne toutes les joies et le fanatisme qui engendre tous les crimes.

L'empreinte laissée par Lucrèce dans nos principes est donc nettement affirmée par tout ce qui précède puisque, avant nous, il a travaillé au perfectionnement intellectuel, moral et social de l'humanité, cru à la toute puissance de la saine raison et monté à l'assaut de tous les dogmes pour combattre l'ignorance, l'hypocrisie et le fanatisme qui sont le triste cortège de toutes les religions.

C'est parce qu'il a consacré son génie à l'œuvre de guérison de l'humanité aveugle et souffrante que sa mémoire doit nous être particulièrement chère et que nous pouvons, avec orgueil, nous réclamer de lui.

L'auteur de cette remarquable étude s'arrête un instant sur les empreintes profondes laissées dans nos rituels par les doctrines des philosophes de l'antiquité. C'est à chaque pas que nous constatons dans nos 3 grades, les pensées d'autrefois et les méthodes de nos grands maîtres ; nos symboles sont le reflet des idées de Pythagore à Lucrèce sur le Beau, le Bien, le Vrai.

Voici les "Démophiles" de Tours ___ remarquable étude et par le fond et par la forme. Dans les considérations générales du début, l'auteur nous dit : chiez les primitifs, puis chez les peuples de l'Antiquité préhellénique, on charge une ou des divinités (monothéisme, polythéisme) conçue à limage de l'homme (anthropomorphisme afin d'équilibrer l'individu ou le groupe (famille, tribu, cité, peuple), avec le milieu ; mais on parvient à un moment où la divinité ne suffit plus et lorsqu au VII e et VI e siècles avant Jésus-Christ les Grecs prennent en Europe la tête du mouvement civilisateur, les concepts religieux ne contentent plus l'esprit humain ; des systèmes philosophiques naissent et se développent à côté ou même en dehors de la religion. Tout en poursuivant la solution du problème, la Grèce se révèle l'éducatrice, non seulement des Romains, mais aussi des temps modernes. Ses Ecoles s'imposent encore à nos penseurs, lorsqu à son tour apparaît en 1717 la Maç... spéculative, elle s"inspire naturellement de ses devanciers, mais leurs traces, pour indiscutables qu'elles soient sont parfois difficiles à déceler parce que la M... n'a pas formulé de théories précises, ne se rallie ni à l'Ecole matérialiste, quoique ayant avec elle de réelles affinités, ni à l'Ecole spiritualiste, malgré son idéal moral incontestable.

La Maç... sélection d'individus recrutés par cooptation dans l'élite, professant la liberté de toutes les opinions, tolérante par définition et essentiellement éclectique, dans ses At... du XVIII e siècle, de simples déistes, des athées déguisés comme Condillac feront la chaîne d'union avec des croyants sincères, avec des prêtres même, avec des mystiques comme Swedenborg Boème, des spirites comme Mesmer, des charlatans comme Cagliostro, des savants comme Lalande, Laplace, des philosophes comme Voltaire, d'Holbach, Condorcet, etc... Toutefois, malgré son éclectisme, essayons de découvrir les empreintes laissées par les sages de la Grèce ou de Rome.

En métaphysique, science des premiers principes et des premières causes, science de l'Etre en tant qu'Etre selon la définition d'Aristote, la Maç... n'est ni moniste, ni dualiste, mais elle accepte les principes formulés par Newton et par Laplace et qui sont tracés par le stagirite, la Nature ne faisant rien en vain.

Mais si nous envisageons la Matière, la Maç... essentiellement scientifique procède des Ecoles présocratiques, d'Héraclite avec sa théorie du mouvement, de Démocrite, de Leucippe et des philosophes postérieurs à Platon, des atomistes tels qu'Epicure et Lucrèce dont le mouvement scientifique contemporain a repris et développé les postulats.

L'antiquité n'a pas étudié ce que nous nommons la psychologie. En théodicée, pour respecter la classification de Kant, la F... M... se garde de toute précision. Le plus grand nombre de rites exige de manière farouchement intransigeante la reconnaissance d'un G... A ... D... L'U... entité vague, amorphe, sur laquelle toute discussion est refusée ; on ne peut donc trouver ici l'empreinte du passé des FF... les plus évolués comme ceux des G... O... Belge et Français ayant dû se séparer des Anglo-saxons et affirmer avec Protagoras "Quant aux dieux, j'ignore s'ils sont ou ne sont pas".

La Maç..., reconnaissons-le, est surtout une grande Ecole Morale, fonction imposée par l'action qu'elle prétend poursuivre dans le monde profane.

Pour l'édification de son temple symbolique, c'est-à-dire l'évolution humaine vers un mieux être, il lui faut des individualités, des apôtres susceptibles de former les cadres de la masse indécises hostile même. La nécessité d'être un chef oblige donc le Maçon à posséder une solide éducation morale et il ne peut la trouver que dans une doctrine très pure et très haute, pratiquée par le monde Grec et surtout par le monde Romain, obligeant l'initié à se replier sur son intime, à se connaître soi-même, selon la formule du temple de Delphes, popularisée par Socrate. Avec ce philosophe elle enseigne l'existence d'un unique bien "la Science", d'un unique mal l'ignorance, contraint l'individus non seulement à l'examen de sa personnalité, mais encore à la découverte de ce qui est conforme à sa cérébralité dont l'amélioration est le but suprême. Par là, la F... M... se relie indiscutablement aux Stoïciens accordant la primauté à la science. Au surplus, dans la pratique, notre morale Maç... s'identifie assez exactement avec le stoïcisme. Comme les Sages du Portique, notre Ordre poursuit inlassablement l'éducation de ses adeptes, de peser leurs actes, de discipliner leur esprit. Le caractère, enseignait Zénon, est la source de la vie et de cette source découle les actions particulières.

Les règles de conduite fixées au Maç... sont tirées d'Epictète, de Marc-Aurèle pour citer les plus célèbres de cette grande Ecole, gloire de l'antiquité.

Méditez, mes FF... cette forte parole de Sénèque et convenez que nous nous efforçons de la réaliser : "Jusqu'au dernier terme de la Vis, nous serons dans l'action". Nous sommes des hommes à ce point résolus de n'admettre jusqu à la mort aucun repos, que pour nous, si la chose était possible, la mort n'aurait rien d'un repos.

Le Stoïcien professait comme nous un fraternel et large internationalisme, se refusant à distinguer entre les races du monde, prêchant l'Egalité entre les Grecs, les Romains, les Barbares. Gloire de l'Humanité antique, ses principes ont résisté aux attaques du Moyen Age mystique parce qu'ils sont la plus haute expression de la conscience humaine ; réjouissons nous de pouvoir constater l'empreinte profonde indéniable qu'ils ont laissée dans la Maç... Universelle.

Dans un instant, nous reviendrons sur le beau travail de cet aréopage, au sujet des rituels, des symboles, dont nous pouvons retrouver des traces dans les philosophies antiques.

Le C... Phil... Clémente Amitié a développé éloquemment les doctrines des philosophes Grecs et aussi celles des penseurs de la Rome Antique., Permettez-moi, mes FF... de mettre sous vos yeux les parties essentielles de cette très belle étude.

Avant Socrate, la philosophie grecque cherche surtout à comprendre l'Univers tout entier, à pénétrer la substance des choses, à expliquer la Nature par la Nature elle-même. On l'a appelée cosmologique ou naturaliste. Elle s'étend de 650 à 640 avant Jésus-Christ et n'a d'autre méthode que l'hypothèse fondée sur une expérience superficielle et rudimentaire. On classe les philosophes de cette époque en trois écoles : les Ioniens, les Pythagoriciens et les Eléates.

Dans la première école, Thalès, Anaximène, Diogène d'Apollonie, Anaximandre et Héraclite ne nous apportent que des théories d'une métaphysique primitive, prenant les éléments naturels, l'eau, l'air et le feu, comme principes de toutes choses.

Pythagore, au VIe siècle avant l'ère chrétienne et les disciples de Pythagore, Lysis, Philolaos, Archytas et Timée, aux VI e et v e siècles, semblent être les premiers qui aient ajouté à une doctrine métaphysique, considérant les nombres comme les principes des choses, les éléments d'une doctrine morale, fondée sur deux grandes idées : la Justice et l'Amitié. Seuls dans l'antiquité, ils ont su s'affranchir des apparences sensibles. Mais nous ne pouvons leur attribuer avec certitude aucun dogme précis, sauf la métempsychose ou migration des âmes.

L'Ecole d'Elée, avec Xénophane, Parménide, Zénon et Mélisses, n'ont fait que de la métaphysique, ramenant tous les phénomènes à un Etre unique et absolu, qui aurait une existence immuable, d'où les arguments contre la réalité du mouvement.

A côté de ces trois écoles, se placent Empédocle, vers 450, et Anaxagore, de 500 à 428. Empédocle admet dans la nature six éléments, quatre matériels : l'eau, la terre, l'air et le feu, et deux moraux : l'amour et la haine.

De ces deux principes moraux, l'amour ou attraction et la haine ou répulsion, viennent tous les mouvements qui se produisent dans les quatre éléments. Aussi devons nous tendre à faire triompher en nous et dans l'Univers l'Amour, qui vaincra à la fin la Haine. Lucrèce parle d'Empédocle avec enthousiasme. C'est évidemment un précurseur.

Quant à Anaxagore, qui a préparé la philosophie socratique, on le rattache souvent à l'Ecole Ionienne. C'est une erreur. Pour apprécier sa valeur, il suffit de dire qu'il fut le maître de Périclès et resta son ami. Il explique le monde mécaniquement, chaque chose se compose d'une infinité de parties similaires, ou homéométries, qui s'agrègent en raison de leur similarité ; mais tous ces éléments resteraient confondus en un chaos immobile, si l'Esprit n'avait pas tout ordonné, tout dirigé, tout gouverné, tout organisé..

Enfin, pour en finir avec la période anté-Socratique, citons les philosophes atomistes Leucippe et Démocrite, qui enseignèrent la théorie des atomes.

D'après eux, les atomes sont les éléments insécables des corps, infinis en nombre, éternels, se mouvant eux-mêmes et se groupant suivant les hasards de leurs diverses rencontres dans le vide. L'âme, elle aussi, est matérielle, mais composée d'atomes sphériques. Comme tous les composés matériels, l'âme est périssable, les atomes seuls sont éternels.

Après ces diverses écoles, viennent les philosophes de la période sophistique, les sophistes, qui nous intéressent davantage, parce qu'ils placent au second rang la question de l'explication du monde. Ils étudient surtout la nature de l'homme, ils cherchent à l'expliquer et ils se préoccupent bien plus des problèmes de psychologie et de morale que de la métaphysique.

Après toutes les guerres, après les guerres médiques comme à la suite des guerres moderne, les gloires militaires ont pour conséquence une recherche exagérée du bien-être et de jouissance, le renouvellement des mœurs, l'abandon des traditions, l'ébranlement des principes fondamentaux de la morale et de la Société : le succès est aux plus audacieux; aux plus habiles. La pensée sincère et désintéressée fait place aux doctrines utilitaires. Les convictions disparaissent, tout est subordonné à l'intérêt, l'éloquence elle-même devient un instrument de fortune et de puissance. Le succès est le seul but. Il faut l'atteindre par tous les moyens. Aristote a pu dire : "Le sophiste est celui qui gagne de l'argent, au moyen d'une science apparente et non réelle". Ainsi Gorgias le Léontin, qui enseigne que rien n'existe. Protagoras d'Abdère qui professe la théorie de la relativité universelle, Hippias d'Elis, Prodicos de Céos, Thrasimaque, Euthydème.

Ne cherchons pas dans ces conceptions l'origine de nos doctrines ; mais rendons grâce aux sophistes d'avoir préparé les recherches psychologiques et morales du grand philosophe qui a tracé les premiers éléments de notre morale de justice et d'amour, je veux parler de Socrate.

Les sophistes n'avaient en vue que l'intérêt pratique, particulier et immédiat de l'individu. Socrate entreprit de réfuter leur scepticisme et il établit, à l'encontre de leurs théories décevantes, la possibilité de la science et de la morale.

Malheureusement, nous ne connaissons les enseignements de Socrate que par Xénophon et Platon. Pour lui, l'étude de la nature des choses est impossible, inutile et même sacrilège. C'est l'homme qu'il faut étudier. C'est la vie humaine. C'est la nature humaine, c'est tout ce qui est humain. Le commencement et la condition de toute connaissance est la connaissance de soi-même.

Connais-toi toi-même.

L'âme, d'après Socrate, a deux facultés : les sens, qui lui font percevoir un à un les objets, la raison, qui sert à former les idées générales, la volonté n'est libre que si elle est d'accord avec la raison. L'homme n'est, heureux que par la vertu, car la vertu est la science et l'accomplisses ment du bien. Connaître le bien et le faire, c'est tout un.

Mais c'est dans la recherche des vertus sociales et politiques que Socrate a été vraiment l'initiateur de nos doctrines, car pour lui, la principale vertu sociale est l'Amitié, c'est-à-dire l'amour de son prochain et la première vertu politique est la Justice, qui ne consiste pas seulement dans le respect des lois écrites, mais encore dans le respect des lois naturelles, de la justice morale.

Vous voyez que peu à peu nous nous rapprochons de notre idéal.

Entre Socrate et Platon se placent les Ecoles dites demi socratiques, l'Ecole Cyrénaïque avec Aristippe, qui emprunte à Socrate ce principe que la philosophie doit se préoccuper du bonheur de l'homme, mais qui le cherche dans les plaisirs des sens, précurseur en cela des Epicuriens ; l'Ecole Cynique, avec Antisthène, qui place le bonheur dans la lutte de la volonté, le travail et la peine. La loi de la Nature est la lutte, il faut donc suivre la Nature. De l'excès de cette formule vient le dédain des plaisirs, de la réputation, même de la bienséance, qui semble aux cyniques un superflu. Ce sont les ancêtres du Stoïcisme.

Enfin Euclide et l'Ecole Mégarique, qui devance les Pyrrhoniens et la Nouvelle Académie.

Avec Platon, le plus illustre des disciples de Socrate, nous revenons à la métaphysique, mais sans abandonner la morale. La philosophie doit atteindre l'être même, l'essence des choses. Toutes nos facultés ne peuvent y parvenir ; la sensation ne nous montre que des apparences ; la croyance s'élève un peu au-dessus ; le raisonnement permet de connaître les vérités géométriques, mais au degré supérieur est placée la Raison pure, qui permet de connaître les idées, l'essence même des choses. Cette connaissance supérieure n'est pas l'œuvre de notre vie humaine, c'est une réminiscence d'une vie antérieure, dans laquelle l'âme a vu les principes des choses. Ces principes ce sont les Idées. Les idées sont les seules réalités. En elles est renfermée l'essence de toute existence. Elles ont une hiérarchie, au sommet de laquelle se trouve l'idée du bien, c'est-à-dire la cause efficiente, et la cause finale, c'est-à-dire Dieu même. L'Idée seule est intelligible — et si les objets des sens le sont aussi, quoique imparfaitement, c'est par leur participation aux idées.

La morale de Platon a pour principe la recherche de la perfection. L'homme doit autant que possible se rendre semblable à Dieu. Dans la République, Platon distingue quatre vertus : la Sagesse, le courage, la tempérance et la justice. La justice consiste à maintenir l'accord, l'harmonie et la concorde entre les facultés de l'âme et entre chaque individu et les autres hommes.

L'Etat n'est en quelque sorte qu'un individu agrandi. La Justice sociale doit entretenir la bonne intelligence dans la République.

L'Etat est tout, l'individu n'est rien en lui-même, d'où le socialisme platonicien, qui a pour règles la suppression de la famille, de la propriété, et l'éducation des enfants par l'Etat.

En résumé, la vertu est une science, le vice n'est qu'une ignorance ou une erreur. Personne n'est méchant volontairement. Il faut apprendre à être bon.

Morale en vérité bien théorique et bien abstraite, que n'admet pas Aristote. Aristote, qui était resté vingt ans auprès de Platon, reproche à son maître d'avoir été trop éloigné de phénomènes réels.

Sa métaphysique fonde l'existence de tout être réel sur quatre causes : cause matérielle, simple possibilité d'être ; cause formelle, qui détermine la matière et lui donne telle ou telle manière d'être ; cause efficiente, qui unit la matière et la forme ; cause finale, ou fin qui sollicite l'acte de la cause efficiente. Toute réalité n'existe que par le concours de ces quatre principes. La matière sans la forme n'est qu'une puissance ; la forme seule en fait un être réel en la faisant passer à l'acte. Le passage de la puissance à l'acte se fait par le mouvement.

Mais la série des mouvements n'est pas indéfinie. Il faut admettre un premier anneau à a chaîne, un moteur initial qui détermine le mouvement mais ne le reçoit pas, c'est Dieu. — Dieu est l'acte pur et éternel. Mais il n'est pas la cause efficiente du monde — il l'attire, il est sa cause finale.

Cette notion de finalité est aussi la clef de la morale d'Aristote. Le monde tend vers Dieu, qui est la perfection et la cause finale suprême. Tout être, contribuant pour sa part possible des activités de sa nature (le mouvement du monde vers Dieu, a une certaine fin et dans le cadre où il est placé, à ce mouvement, qui doit résulter de son activité propre à réaliser et cette fin est en même temps le Bien, c'est donc le développement le plus complet. Le plus grand Bien, ou le Bonheur d'un Etre est l'achèvement de l'acte). Or, quel est le mode d'activité vraiment propre, et par conséquent le genre spécial de bonheur, que doit rechercher l'homme ? C'est l'exercice de la Raison, par laquelle il se distingue de tous les autres êtres. La vertu est l'accomplissement de notre fin, et par conséquent la source de notre bonheur. Cette morale est ainsi un eudémonisme rationnel.

Cependant ce n'est pas là tout le bien de l'homme. Il faut faire aussi une certaine part dans le bonheur, à la fortune, à la gloire, à des satisfactions extérieures, qui ne dépendent pas de nous. Le sage, il est vrai, peut être heureux sans elles ; mais il est plus heureux s'il les possède. Donc le souverain bien n'est pas identique à la vertu, Il y a d'ailleurs deux sortes de vertus, les vertus pratiques et les vertus intellectuelles.

La morale sociale a pour fondement principal l'amitié ou bienveillance réciproque, non l'Amitié fondée; sur le plaisir ou l'intérêt, mais l'affection entre égaux, fondée sur la vertu. On peut la définir l'Union des hommes pour faire le bien en commun et cette définition même le rapproche de nos théories, de nos doctrines et de notre objet.

Socrate, Platon, Aristote, nous ont montré l'Univers suspendu à un Dieu parfait. Leurs successeurs se renferment dans la morale et, quittant la haute spéculation doctrinaire, descendent à des préoccupations exclusivement pratiques.

Epicure a vécu dans la période troublée que remplit le protectorat des rois de Macédoine sur la Grèce : la fatigue, la lassitude de la lutte pour l'indépendance, amenèrent une préoccupation commune dans toutes les doctrines philosophiques de cette époque (pyrrhonisme, stoïcisme), celle du souverain bien. Epicure, comme les autres, cherche avant tout le bonheur. Il croît, comme Socrate, qu'il est la fin de l'homme, mais il l'entend autrement. Pour être heureux, l'homme doit se délivrer de la superstition, éviter l'erreur qui la fait naître et pour cela connaître les lois du monde, d'où la nécessité de la Canonique et de la Physique, comme préparation de la morale. Car la Morale est la partie principale de la philosophie épicurienne, essentiellement pratique. Le souverain bien est le bonheur et le bonheur est le plaisir ; tout plaisir est légitime, mais les plus durables sont les meilleurs et à ce titre ceux de l'âme l'emportent sur ceux du corps. Mais Epicure distingue parmi les plaisirs, le plaisir passager ; le plaisir en mouvement est à éviter. Il faut rechercher le plaisir stable, invariable. Or, il n'y en a qu'un, c'est l'absence de douleur. Sa morale se réduit donc à la crainte de la douleur. Pour l'éviter, il faut modérer ses désirs et vivre dans l'apathie.

Ne nous réclamons pas des Epicuriens.

Zénon, le fondateur de l'Ecole stoïcienne, voit le bien le plus parfait pour chaque être dans le développement de cette partie de la raison universelle qui constitue sa nature. L'homme doit vivre selon sa raison et en même temps selon sa na:ure. Pour obéir à la raison seule, le sage doit supprimer en lui tous les sentiments, toutes les passions. "Supporte et abstiens-toi" est la maxime, et il arrive ainsi à l'absence de trouble, à l'ataraxie. L'apathie épicurienne est l'absence de douleurs : l'ataraxie stoïcienne est la suppression de tout se qui peut troubler la raison. Cette morale enlève à l'homme toute activité et va jusqu'à conseiller le suicide pour échapper aux troubles de la vie.

Après le stoïcisme, les Grecs ont eu Pyrrhon et le Pyrrhonisme, qui consiste à ne rien affirmer et à ne rien nier, c'est-à-dire qui se résume dans la théorie du doute absolu et universel. Rien n'est certain, prétendait Pyrrhon. A chaque proposition, on peut opposer une proposition contraire également probable. Le sage doit donc s'en tenir à l'examen (scepsis), d'où ses disciples prirent le nom de sceptiques, et s'abstenir de tout jugement. Le scepticisme poussa plus loin encore le doute.

Arcésilas, fondateur de la seconde ou moyenne Académie, passe pour l'avoir professé. Mais ce scepticisme n'était qu'une préparation à l'enseignement platonicien. Il eut pour successeur Lakydès, Téléclès, Evandre, Hégésinus. A ce dernier succéda Carnéade, fondateur et chef de la 3e ou Nouvelle Académie.

Il professa une espèce de scepticisme mitigé. Il ne prétendait pas, comme Arcésilas, que la vérité n'existe pas. Il disait que l'homme ne peut pas la connaître et qu'il est réduit, en tout, à la vraisemblance ou à la probabilité. Pour lui la morale aurait consisté (du moins c'est ce que prétend Cicéron) dans la satisfaction des premiers besoins de la nature, Carnéade combattit les stoïciens avec acharnement.

Enfin, au IIe siècle de notre ère, fut fondée en Egypte l'Ecole des nouveaux platoniciens ou Ecole d'Alexandrie, qui ne fut fermée qu'en 529 par Justinien. Elle mêlait de la façon la plus étrange les idées orientales sur la constitution du monde et sur la magie aux nouvelles idées chrétiennes et à la philosophie platonicienne. Ce n'est pas, à proprement parler, une école grecque, bien que plusieurs des philosophes qui en faisaient partie aient enseigné à Athènes et à Rome.

Que faut-il en conclure ?

C'est que dans les enseignements moraux de ces grands précurseurs que furent Socrate, Platon et Aristote, nous trouvons les premiers éléments des principes qui nous sont chers ; dans Socrate, la connaissance de l'esprit humain ; dans Platon, le principe de Justice, consistant à maintenir l'accord, l'harmonie et la concorde entre chaque individu et les autres hommes ; dans Aristote, la glorification de l'amitié ou bienveillance réciproque, que j'ai définie l'Union des hommes pour faire le bien en commun.

Bien connaître son semblable après avoir appris à bien se connaître soi-même : maintenir entre tous les hommes la Justice, la concorde et l'harmonie, les réunir dans une amitié universelle pour faire le bien en commun, n'est-ce pas résumer, en quelques mots, tout notre programme, toute notre doctrine, tout notre idéal ?

La philosophie de ROME a eu sur nos doctrines morales plus d'influence encore que n'en avait eu la philosophie grecque.

Les penseurs Romains, à la vérité, ne sont pas des initiateurs comme Platon et Aristote ; ils ne savent pas créer de ces vastes constructions philosophiques capables d'englober les plus hautes et les plus abstraites spéculations. Chez eux, les préoccupations d'ordre pratique dominent l'esprit d'abstraction.

Après la conquête de la Grèce, Rome absorba le monde grec, mais on peut dire que la philosophie grecque s'annexa la pensée romaine et que celle-ci fut constamment à la remorque de ses maîtres helléniques.

L'originalité des Romains consista à formuler les règles morales précises qui, chez les Grecs, n'avaient pas quitté la forme générale d'où l'application restait absente. Les Grecs ont été les grands inventeurs des systèmes philosophiques, dont le couronnement suprême consiste dans une morale, et cette morale est toujours la pierre de touche de tout le système. Les Romains ont fait de cette morale le pivot de leur enseignement philosophique et formulé les règles pratiques de la conduite de la vie ; et comme les règles possibles à admettre sont en nombre restreint, ils ont ainsi réduit le nombre des systèmes philosophiques auxquels les Grecs avaient communiqué de la vraisemblance.

A l'époque de Cicéron, deux grands systèmes se partageaient les penseurs grecs : le scepticisme pratique de Pyrrhon et le probabilisme de Carnéade. C'est à ce dernier que se rallia Cicéron qui vulgarisa la philosophie grecque.

Le scepticisme absolu aboutit à des absurdités — ceux que l'on appelle les pyrrhoniens modernes, Montaigne, Bayle, ne sont en réalité pas des pyrrhoniens ; ils ne vont, comme Cicéron, pas plus loin que le probabilisme, qui est actuellement la doctrine de tous ceux qui pensent, et même de ceux qui se croient les esclaves des dogmes.

A la suite de Cicéron, nos philosophes du XVIIe siècle opposent aux théories à priori des dogmes l'expérience et l'observation ; ils combattent la métaphysique par la science positive.

Sans aller jusqu'à nier l'existence des dieux, Cicéron déclare que ce que l'on raconte de la vengeance divine n'a aucun fondement ; par contre, il insiste sur ce que la Justice est une réalité, et qu'elle finit toujours par punir le coupable. Mais ses contradictions au sujet de l'existence des dieux prouvent assez que ses opinions sur leur réalité sont très incertaines ; il en est de même de l'existence de l'âme et de son immortalité.

D'ailleurs, ce sont là des problèmes qui ne le retiennent pas et dont il se désintéresse.

Il n'en est pas de même de la morale : son traité des devoirs, inspiré d'un ouvrage grec qui est perdu, se lit toujours avec intérêt ; on y trouve les premiers éléments de la casuistique, cette science qui cherche à résoudre les conflits de devoirs et à guider les hommes quand leur conscience, obscurcie par leur intérêt, ne suffit plus à leur montrer le droit chemin. Les Grecs étaient les inventeurs de cette science nouvelle, mais leurs ouvrages ont été détruits et le traité de Cicéron nous en apporte la révélation.

On voit que l'Egypte n'est pas l'inspiratrice de nos préoccupations morales et de la constante sollicitude avec laquelle nous nous intéressons aux problèmes moraux. C'est au philosophe romain, c'est au grand honnête homme qui devait périr sous les coups des assassins à la solde d'Antoine, que nous en devons directement l'inspiration.

Il y a un autre philosophe romain à qui nous devons beaucoup, c'est Sénèque, à qui l'Eglise a emprunté le meilleur de sa morale. Ses lettres à Lucilius, jeune homme bourrelé de scrupules, dont Sénèque s'était fait le directeur de conscience, prouvent qu'il ne croyait ni à Dieu, ni à l'immortalité de l'âme, mais qu'il professait en morale les plus belles parmi les maximes stoïciennes. L'Eglise retournant les choses a prétendu que Sénèque devait être chrétien ; il n'en est réellement rien. Du moins elle espère masquer, sous cette affirmation, les emprunts considérables qu'elle lui a faits ; elle a même rédigé une prétendue correspondance du philosophe, avec l'apôtre Paul, pour faire croire que celui-ci l'avait converti au christianisme ; du même coup, elle ferait croire que Sénèque lui a emprunté toute sa morale, au lieu du contraire. Mais cette correspondance est un faux rédigé à l'époque de Charlemagne.

Ce faux a pourtant eu une conséquence heureuse ; grâce à lui, une partie de l'œuvre de Sénèque nous a été conservée, car on ne pouvait pas faire disparaître la totalité de son œuvre comme on fit disparaître son traité sur les superstitions, celles du christianisme comprises.

C'est lui qui fut le premier à enseigner que l'esclave est moralement l'égal de son maître, et l'on demeure stupéfait de constater que ni Platon, ni Aristote, ces deux incomparables génies, n'aient pas répudié l'esclavage.

La morale stoïcienne de Sénèque a été directement notre grande éducatrice, comme elle a été l'éducatrice de Descartes et de Pascal.

Deux hommes ont encore eu une très grande influence sur nos idées morales, ce sont l'esclave Epictète et l'empereur Marc-Aurèle. Mais Epictète n'est pas romain : il est né en Phrygie ; sur la fin de sa vie seulement, il est venu enseigner à Rome. Enfin, les Entretiens d'Epictète, rédigés par son disciple Arrien, sont écrits en Grec ; à ce titre, il fait plutôt partie des moralistes grecs. Quoi qu'il en soit, son influence fut grande, mais ne s'exerça pas sur la masse des individus ; elle fut limitée aux lettrés, donc à une élite. La masse était trop grossière, elle comportait un nombre trop considérable d'individus frustes et sans instruction ; il y avait trop de barbares grossiers, incapables de suivre un enseignement abstrait, mais crédules et accessibles aux pires superstitions, aux contes merveilleux à couleur religieuse. Ce fut le rôle le l'Eglise de mettre en menue monnaie pour ainsi dire, à la portée des intelligences frustes et grossières de la tourbe des esclaves et des barbares, cette morale stoïcienne si froide et abstraite; elle mit trois ou quatre siècles à la mettre en paraboles, en petites histoires, en contes enfantins, qui préparèrent ces grands enfants, cruels et vaniteux, à recevoir et à comprendre l'enseignement des moralistes stoïciens que les descendants des Romains et des Gaulois avaient reçu à une époque où il n'était pas encore question du Christ.

Par un renversement éhonté des réalités, l'Eglise a prétendu qu'Epictète était chrétien.

On se demande alors quelle idée pouvait avoir sur le christianisme l'homme qui déclare que la vie future est une invention des poètes et que tout est fini après la mort.

Ne serait-il pas aussi un singulier chrétien, l'homme qui ne croyait pas au dieu des chrétiens. Car le Dieu d'Epictète, c'est un Dieu intérieur à chacun de nous : c'est notre raison idéalisée, c'est notre conscience intérieure qui nous juge.

Marc-Aurèle, qui appartenait à une très vieille famille romaine, a écrit en grec uni volume de pensées stoïciennes. Il a dit les mêmes choses qu'Epictète, mais en y introduisant la pitié et la compassion : c est pourquoi elles nous paraissent moins froides et inspirées par une sympathie plus agissante. Mais tous deux disent les mêmes choses que Sénèque, seulement, ils conforment leur conduite à ces préceptes, et ne se bornent pas à les enseigner.

Il y aurait encore beaucoup de noms à citer, tant grecs que romains parmi les stoïciens qui ont engendré directement nos idées morales, et dont l'Eglise s'est efforcée de faire disparaître les œuvres, tout en propageant leur enseignement : ceux qui sont nommés plus haut ne sont que les principaux parmi ceux que le Moyen Age et la Renaissance ont le plus lus et cultivés.

Leur influence n'a d'ailleurs pas cessé d'agir sur nous : les études classiques nous apportent constamment le récit des actes et de la vie de tant de stoïciens grecs et romains et entretiennent devant les yeux de chaque nouvelle génération les exemples généreux et magnifiques de toutes les vertus de l'homme privé et du bon citoyen. Elles constituent, par les exemples qu'elles apportent, le plus bel enseignement de la morale qui soit et que le récit des belles actions des plus grands et des plus vertueux parmi les hommes que l'antiquité perpétuera indéfiniment parmi nous.

Le C... Phil... de la Vall... de Rouen nous a adressé une étude considérable et très détaillée sur le sujet transmis par le G... Collège. D'abord certaines considérations générales sur les philosophies de l'antiquité. Cet aréopage consacre quelques chapitres à la naissance de la Maçonnerie en Angleterre et à la création des premières Loges françaises et, à ce sujet, il rappelle le discours du duc d'Antin élu G... M... en 1738, si remarquable par l'élévation de la pensée.

Puis, c'est la fondation du G... O... D... F... et le rôle de la Maçonnerie à la veille de 89 ; et il s'arrête un instant sur les grands noms qu'illustrèrent cette époque. Quelques mots encore sur la période impériale et sur la Restauration, et il aborde la Révolution de Février et l'étrange proposition faite en 1849 de revenir à la F... M... spiritualiste.

Mais nous voici en 1877 et au célèbre rapport du F... Desmons qui proclame la liberté de conscience.

Le rapporteur étudie le symbolisme des trois premiers grades et les rapproche des symboles de la philosophie ancienne, mais il s'arrête surtout aux philosophes Romains, le stoïcisme l'attire. C'est Marc Aurèle dont Taine a dit qu'il était l'âme la plus noble qui ait vécu : "J'ai Rome pour patrie, disait-il, mais comme homme je suis citoyen du monde". II voulait mettre Socrate sur le trône et considérer que le premier devoir envers les hommes c'est la sincérité, le deuxième l'esprit de fraternité. Il enseignait de lutter toujours et toujours, avoir en vue l'idéal de la bonté, ajoutant que tout est rien, le nom un bruit, un écho, la terre un petit coin du monde, l'océan une goutte perdue dans I'Univers, le Temps présent un point de la durée, le souvenir le commencement de l'oubli, la vie une guerre sans trêve.

Ce sont les stoïciens de Rome qui, s'ils ont péché par un excès d'individualisme, nous ont légué le grand précepte "fais ce que dois quoi qu'il advienne" nous donnant ainsi la magnifique ébauche d'une morale vivante fondée sur la raison qui demeure un sublime fragment de la philosophie éternelle et des symboles de nos At... supérieurs.

C'est Cicéron interprétant la pensée stoïcienne qui concluait que le sage s'estimant né pour tous et non pour soi, fait du monde sa patrie et que le droit n'est au fond que la raison écrite.

Ce sont les jurisconsultes Romains, Gaius, Paulus, Ulpien, Papinien qui ont fait pénétrer l'esprit philosophique dans la législation et mis d'accord la jurisprudence et la morale. A leurs yeux l'inviolabilité humaine repose sur la fraternité humaine, la Justice étant au-dessus de tous les intérêts et de tous les pouvoirs, le Droit ne saurait être là où elle n'est pas. Le droit Romain est le plus beau monument de la philosophie aux affaires humaines.

Comme tous ces Sages de l'antiquité nous apparaissent calmes et radieux à travers la brume des âges : comme ce qu'ils ont enseigné se retrouve bien tout entier dans notre doctrine maçonnique sur laquelle la philosophie antique a laissé une trace ineffaçable.

Le rapporteur du C... Philosophique de Neustrie examine les divers symboles des initiations antiques qui nous sont parvenus et les compare avec ceux dont nous faisons usage actuellement. Il en est quelques-uns qui sont frappants, mais cette ressemblance tient, la plupart du temps, à l'interprétation qu'on leur donne ; et cet aréopage termine ainsi son étude : "Les anciens philosophes et savants de la Grèce et de Rome ont formulé des vérités qui serviront toujours de guide à la Maçonnerie. Dans le champ immense des recherches, ils nous ont montré les points lumineux qui éclairent la route ; ces vérités apparaissent déjà chez les contemporains d'Homère et se retrouvent encore dans nos sociétés ; elles nous permettent de croire avec Aristote que la démocratie qui est née en Grèce paraît bien être le terme normal de résolution des sociétés civilisées.

Or, à une époque où pendant que l'Eglise évoluant avec le P. Sanson qui prêche la fraternité universelle par la solidarité universelle, à une époque où les forces de réaction se groupent pour livrer une guerre ouverte à la F... M..., il semble que l'heure soit favorable pour proclamer que par ses traditions séculaires notre institution a toujours donné la preuve que tous les hommes peuvent venir à elle, unis aux Grands philosophes de tous les siècles qui l'animèrent de leur souffle, unis aux hommes du XVIIIe siècle qui l'établirent sur le fondement de la libre-pensée, du respect frat..., la F... M... ne peut manquer de réaliser ces destinées ; c'est pour cela qu'il faut l'aimer avec toute sa raison et toute sa foi et qu'il faut la servir de toute sa conscience.

Le C... Phil... La Démocratie C... de Rochefort a surtout analysé les conceptions qui relient nos symboles aux doctrines philosophiques des sages de l'antiquité.

Cet aréopage s'est attaché aux idées formulées par Pythagore, Socrate et Platon ; il a étudié les détails de la philosophie Pythagoricienne et fait toucher du doigt le rôle primordial des nombres et de leurs propriétés avec nos symboles numériques. Cette étude et cette comparaison des rituels sont à retenir. Elle serait d'un grand secours si l'un des nôtres entreprenait l'histoire des symboles et leur signification ésotérique ; les Initiations antiques telles que les pratiquait Pythagore au dire d'Apulée, qui était surtout un romancier, sont du plus grand intérêt pour l'Etude de la marche ascendante de l'esprit humain.

L'étude présentée par cet aréopage contient de nombreuses et savantes recherches et des appréciations fort ingénieuses sur les conceptions Pythagoriciennes.

C... Phil... La Nouvelle Carthage, C... de Tunis.

Cet aréopage a passé avec quelque rapidité sur la question posée, mais l'argumentation est marquée au coin d'une réflexion profonde, d'une érudition réelle. Que la pensée Grecque ait voulu pénétrer, accroître les données que les civilisations de la Crète, de l'Egypte ou de l'Asie lui avaient léguées, rien de plus juste, et il faut s'associer à ce jugement de Henri Berr, à savoir que dans le domaine de la science, elle a voulu comprendre la raison de ce qui lui avait été légué comme un ensemble de procédés empiriques et justifier, par les seules ressources de l'intelligence, les règles auxquelles une lente observation avait conduit les homme. De même dans le domaine des symboles, elle s'est emparée des pratiques antérieures, et dans le domaine de la philosophie elle a travaillé sur les matériaux du passé.

Cet hommage rendu aux plus lointaines antériorités, essayons de reconnaître le lien qui, dans nos temples, nous unit à la pensée Grecque ou Romaine.

La F... M... est le temple de la Sagesse, le refuge de la Liberté.

Tout d'abord, notons un rapprochement significatif entre l'Ecole de Milet et l'Ecole de nos Loges : la tradition était respectée, au siège de l'Ecole philosophique d'Ionie comme elle l'est dans nos At... considérée comme un soutien, non comme une entrave, permettant le libre développement de la pensée individuelle, le l'effort personnel. N'est-ce point le principe même, en effet, qui est honoré par les Francs-Maçons qui, soucieux de respecter une discipline nécessaire librement consentie, n'entendent pas pour autant sacrifier leur personnalité, et considèrent davantage l'esprit que la lettre des Règlements ?

Notre testament philosophique ? N'est-il point un héritage de la morale et des pratiques pythagoriciennes ? Chaque soir, les Pythagoriciens devaient faire un examen de conscience portant sur ces trois points : "En quoi ai-je failli ? Qu'ai-je fait de Bien ? De ce qu'il me fallait faire, que n'ai-je pas accompli ? "

Pythagore passe pour être l'inventeur du mot philosophie "l'effort vers la Sagesse". N'est-il point alors le père spirituel de ceux qui travaillent de toute la force de leur volonté, de toutes les ressources de leur esprit, de tous les battements de leur cœur, à préparer l'avènement d'une ère de réconciliation universelle, où seuls le travail, la vertu et l'amour seront honorés ? La morale pythagoricienne recommandait à ses adeptes d'être fidèles à leurs amis : de se dire qu'entre amis tout doit être commun, les joies comme les peines, d'être modéré et simple dans l'usage des biens, d'avoir honte de soi quand on a mal fait, de craindre de jurer en vain : de garder enfin le secret des enseignements reçus par l'initiation.

Y a-t-il un seul de ces préceptes qui de nos jours encore ne soit l'objet de notre respect et que nous n'envisagions comme l'une des règles de notre conduite ?

Et quand défense est faite d'interpeller le V... M... qui préside aux travaux des At... bleus n'est-ce point là une survivance de l'autorité qui chez les Pythagoriciens était reconnue au Maître qui, caché derrière un rideau, parlait aux novices, et le fameux : "II l'a dit", n'était-il point un solennel hommage rendu à la Sagesse, à la perspicacité et à l'expérience du Maître ?

Ne trouvons-nous pas, dans l'œuvre d'Héraclite, matière à maintes réflexions et maints rapprochements ?

Héraclite est un précurseur d'Empédocle pour la théorie de la discorde.

Le conflit est père de toutes choses, est roi de toutes choses : puisque les contraires en lutte tendent toujours à se substituer l'un à l'autre, les choses sont dans un état d'incessante mobilité, ce qui, dans nos esprits, se traduit par la proclamation de la pérennité du progrès.

De ce qui diffère naît la plus belle harmonie et c'est la discorde qui produit toutes choses.

Empédocle d'Agrigente a poussé plus avant cette doctrine. Il a brossé le tableau de notre action en constante ascension vers un stade supérieur, sorte de palier, qui, une fois atteint, sert de base à de nouvelles luttes pour poursuivre la recherche d'un idéal plus élevé. C'est toute la théorie de notre évolutionnisme, de la progressivité de notre effort et aussi de nos libres discussions, de nos courtoises controverses dans le cadre de notre amitié, dans une atmosphère de fraternité.

Empédocle, complétant Héraclite, distingue dans tout individu deux principes, l'un extérieur aux éléments, la Discorde, l'autre intérieur aux éléments, l'Amitié qui forment deux antagonismes perpétuels ; alternativement l'une ou l'autre tend à prendre le dessus, sans pourtant exclure radicalement l'autre, ce qui produirait alors soit l'unité et l'immobilité absolues, soit la multiplicité absolue et le mouvement chaotique et sans règle. Au règne de l'Amitié, traversé par les dissensions de la Haine, succède donc un règne de la Discorde, auquel l'Amitié travaille à mettre fin, Puis le cycle recommence, identique à lui-même.

Notre philosophie perfectionnée vaut mieux, tout de mêmes que celle-là. Elle s'est donné pour règle immuable d'assigner au travail de l'esprit les frontières de la concorde : elle n'entend limiter à personne les horizons de la pensée, elle veut seulement astreindre chacun à en exprimer l'essence et le développement avec la modération de langage qui sied aux causes d'ordre supérieur ; elle a fait évoluer les deux sentiments initiaux de la philosophie d'Empédocle : l'Amitié s'est élargie et est devenue la Solidarité, la Discorde s'est estompée et est devenue la saine émulation dans la recherche de la vérité, dans la poursuite d'un idéal de Justice et de Bonheur Universel.

Nous ne manquons pas de faire ressortir que la Franc-Maçonnerie honore le travail intellectuel tout autant que le travail manuel ; nous répercutons en cela les échos de la philosophie des Eléates.

N'est-ce pas Xénophane, en effet, qui, s'attaquant à la vanité des vainqueurs olympiques, proclamait : "Ils ne valent pas ce que je vaux, car notre Sagesse est meilleure que la force des hommes et des chevaux ! Mais il n'y a pas non plus de justice à estimer la force par dessus la bonne Sagesse."

N'est-ce pas Xénophane qui par ailleurs a magnifié la vérité en disant qu'elle n'est pas une révélation des dieux mais le fruit pénible d'une longue recherche ? Et quelle critique du surnaturel inspire son enseignement ! Quelle censure des divinités d'alors ! Quelle élévation du sentiment moral lorsqu'il accuse les hommes de s'être donné des dieux à leur image, dieux d'une nature telle que "tout ce dont ils ont été chargés par Homère et par Hésiode, c'est ce qui, de la part des hommes, est objet d'injure ou de blâme."

N'est-ce point là la condensation de cette formidable antithèse des divinités consacrées à qui toute œuvre de mal est permise, et de l'effort puissant des Francs-Maçons vers la perfection humaine ?

Voici Socrate, l'apologiste de la volonté grâce à quoi tous les instincts pervers peuvent être vaincus : Socrate qui fut le premier pédagogue populaire, car, bien loin de professer entre les murs de son école, il allait partout où se portail la foule, pour parler des affaires de l'Etat, sur la morale ou sur des questions d'intérêt ; Socrate qui honorait l'art et la beauté à l'égal de la vertu et pratiquait ouvertement le mépris des dieux : Socrate qui consacra sa vie entière à rechercher le sens profond de l'inscription du temple de Delphes : "Connais-toi toi-même" ; Socrate qui a donné des attributs moraux à l'intelligence souveraine, la parant ainsi de ce qui fait de nos jours encore son charme et augmente ses facultés de pénétration dans les esprits voisins : la bonté, la justice, la sagesse et la prudence : Socrate qui avait de la justice une si haute idée qu'il ne craignait pas, pour la servir, de s'aliéner les deux partis rivaux : en refusant de mettre aux voix, au Sénat des Cinq-cents, la proposition de mise à mort des généraux des Arginases réclamée par la fureur populaire : puis, quelque temps après, en tenant tête aux Oligarques qui voulaient faire de lui un pourvoyeur de leurs vengeances ; Socrate qui nous donne un magnifique exemple d'abnégation de soi tant au cours de sa vie qu'à l'heure de sa mort et dont la vie aurait pu inspirer la devise des Ch... K... : "Fais ce que dois, advienne que pourra."

Les Cyniques, pour lesquels la véritable joie réside dans l'effort, veulent réaliser par l'ascétisme, l'homme de nature, l'homme vrai que Diogène cherche partout. Pour eux le Sage est citoyen du monde, et voici affirmée, quatre cents ans avant notre ère, la sublime doctrine de la fraternité humaine, mettant au-dessus de tous les intérêts privés l'intérêt collectif, au-dessus de toutes les familles la famille humaine, au-dessus de toutes les patries, la patrie universelle.

Citoyen du monde comme le Cynique, le Cyrénaïque est comme lui, libre penseur.

Nous connaissons donc, par le Cynique et par le Cyrénaïque les ancêtres de la libre-pensée et de la religion de la solidarité humaine.

Ne nous inspirons-nous pas de la théorie émise par Platon dans sa "République", quand nous nous appliquons à nous constituer en une élite de la pensée, en une sorte d'aristocratie aimable de l'intelligence, de la culture et de la bonté ?

Platon se prononçait hautement pour la prépondérance politique de l'aristocratie : ce n'était pas le Gouvernement des riches et des puissants qu'il comprenait sous ce nom, mais celui des meilleurs des sages, des philosophes, en un mot.

Nous venons de citer le nom d'Aristote, n'est-ce point de lui que nous pourrons tenir une devise justifiant notre amour passionné de la vérité : "Amicus Socrates, Amicus Platon, magis amica Veritas !"

Aristote a su allier un réalisme concret et un intellectualisme systématique. Bien vivre et bien agir a été pour lui la formule du bonheur, auquel les honneurs et les richesses peuvent contribuer à titre d'instruments : leur absence peut le gâter ou l'entraver car il est absurde de dire, avec Platon, qu'on puisse être heureux sur la roue : leur excès peut y nuire.

Ce mélange d'idéalisme et de sensualisme ne saurait nous choquer, et nous convenons avec Aristote qu'on se trompe en refusant (comme Speusippe) toute valeur au plaisir, ou en l'élevant (comme Eudoxe) au rang de souverain bien.

Voici le scepticisme grec, précurseur de l'esprit positif, puis l'Epicurisme qui a tant imprégné la philosophie romaine et qui professait que "se tenir dans les limites de la nature, c'est avoir sa suffisance et c'est le comble de la richesse" ; puis le stoïcisme pour qui la philosophie est l'exercice d'un art dont l'objet propre est la Sagesse, science des choses divines et humaines, ou la suprême perfection ; puis la Nouvelle Académie, interprétation "critique" de la certitude, conception "pragmatique" de la conduite morale, anticipation des formes les plus modernes de la pensée.

Voici l'éclipsé de la pensée grecque, la longue période pendant laquelle "la spécialisation de la pensée philosophique s'accentue, la rationalité naturelle de l'ancien esprit grec cède de plus en plus à l'invasion croissante des superstitions orientales".

Le sentiment moral se développe encore mais la pensée grecque a épuisé ses facultés d'invention : elle devient cette chose impersonnelle qu'est la science, ou bien elle tend à s'abîmer dans une trouble religiosité.

Des applaudissements prolongés soulignent la péroraison du Rapporteur et, sur la demande de plusieurs FF... l'Assemblée décide la publication du rapport, in extenso, dans le prochain numéro du Bulletin.

Afin de faciliter la documentation des Rapporteurs chargés d'élaborer un rapport sur les questions soumises à l'étude des At..., le F... Roques, du Conseil "Les Amis Persévérants" C... de Périgueux, propose la création d'une bibliothèque philosophique dans laquelle ces FF... trouveraient des renseignement:s susceptibles de faciliter leur tâche. Il démontre les difficultés rencontrées par les Ateliers pour se procurer les éléments d'appréciation indispensables à l'exécution de cette délicate mission et il insiste pour que le Grand Collège donne une suite favorable à sa proposition.

Les légitimes préoccupations du F... Roques n'ont pas échappé aux Membres du G... Coll... des Rites qui ont reconnu l'utilité d'une bibliothèque. La création est en voie de réalisation, mais avec un nombre malheureusement restreint d'ouvrages philosophiques, concernant l'histoire de la Maçonnerie ou le symbolisme.

Tous ses efforts tendent à en augmenter le nombre dans la mesure de ses ressources, fort modiques. Aussi le Grand Commandeur profite-t-il de la circonstance pour faire appel à la générosité et au dévouement maçonnique des FF... disposant d'ouvrages concernant la Maçonnerie ou la philosophie, pour les offrir au Grand Collège, ou de les lui confier pour études.

Il rappelle également combien il est regrettable de voir tomber entre les mains profanes ou faire l'objet de ventes publiques, des collections d'ouvrages ou documents maçonniques réunis par des Maç... dévoués à l'Ordre, qui seraient les premiers à blâmer cette pratique s'il leur était donné de formuler leur avis. Aussi invite-t-il les FF... à confier ces collections au Grand Collège suivant l'exemple donné par nos regrettés FF... Courcenet et Millée, de prendre des dispositions testamentaires pour que ces ouvrages soient remis au G... Coll... soit à titre gracieux, soit contre paiement à la suite d'une expertise.

Cette bibliothèque et ces collections se diviseraient en deux sections : l'une, contenant les ouvrages et documents précieux et rares qui, en cas de perte ou de détournement, ne pourraient être remplacés, ne seraient consultés qu'en présence du Grand Command... ou de son représentant ; l'autre, composée d'ouvrages se trouvant facilement en librairie, pourrait être confiée aux At... Sup... ou à leurs Membres que dans des conditions déterminées assurant à la fois le remplacement, en cas de non restitution, de l'ouvrage prêté el le remboursement des frais d'envoi.

Il indique aux FF... que le G... Coll... est souvent saisi de demandes de renseignements bibliographiques, noms et adresses d'éditeurs, qu'il leur serait possible d'obtenir en s'adressant à une librairie quelconque, ce qui éviterait les frais de correspondance.

Néanmoins, rien ne sera négligé pour donner toute satisfaction aux demandes des At..., afin, qu'entre le G... Coll... et les At... s'établisse une collaboration étroite et les questions soumises à l'étude des At... seront suivies d'indications bibliographiques aussi complètes que possible.

Profitant de la présence d'un grand nombre, de Présidents et secrétaires de C... Phil..., le T... P... S... Grand Commandeur croit devoir leur rappeler les prescriptions de l'article 55 du Règlement général des At... Sup... qu'ils devront scrupuleusement observer pour la présentation des candidats aux grades sup....

Bien souvent, dit-il, le G... Coll... des Rites s'est vu dans la nécessité de ne donner aucune suite à certaines propositions d'élévation aux grades supérieurs parce qu'établies avec des dossiers incomplets ; les morceaux d'Arch... non joints au dossier et les renseignements de la feuille de présentation sont si insuffisants qu'ils ne permettent pas d'apprécier la valeur et les mérites des FF... candidats. II serait possible également d'éviter l'envoi des brefs ou patentes en indiquant la date à laquelle ils ont été délivrés, le numéro et le nom du Conseil, ou l'omission sur les feuilles de présentation, des dates de l'initiation et des aug ... de sal... successives des FF... qui en faisaient l'objet.

Plus fréquemment encore, les Présidents négligent de donner les renseignements complémentaires qui régulièrement, doivent être écrits de leur main et signés par eux, renseignements absolument confidentiels devant principalement porter sur la valeur intellectuelle, morale et maçonnique des candidats.

Il rappelle que les renseignements extrêmement importants au point de vue du recrutement de nos At..., engagent la responsabilité morale et maçonnique des Présidents d'At....

De ces présentations et de la valeur des Maç... qui en font l'objet, dépend l'avenir de nos At... Sup.... II est essentiel, pour que notre ordre conserve son importance et pour le rôle qu'il devra jouer au sein de la Maçonnerie universelle, que ses hauts At... ne comprennent que des FF... éprouvés, instruits et dont la vie profane et maçonnique, puisse servir d'exemple et d'enseignement aux Maç... des At... symbol....

Il rappelle que le Morceau d'architecture imposé au candidat et dont le sujet est laissé à son choix doit porter sur un sujet se rapportant à la Maçonnerie ou à la philosophie. Seul un travail de cette nature permet au G... Coll... d'apprécier la valeur maçonnique du postulant et de s'assurer de l'intérêt qu'il porte à l'étude de ces questions.

Toutes proposition dans laquelle ne serait pas joint ce Morceau d'Arch... et ne comportant pas toutes les pièces indiquées à l'art. 55 ne pourrait, être l'objet d'aucune décision et le G... Coll..., en raison de l'élévation des frais de poste et des occupations très absorbantes du Secrétaire, a décidé de ne plus les retourner ni de demander qu'elles soient complétées.

Il fait donc appel à la conscience des chanceliers et à la vigilance des Présidents d'At....

Le Grand Collège des Rites ne procédant à l'examen des candidatures qu'une fois par an, au mois d'avril, il est indispensable qu'elles lui parviennent fin mars au plus tard.

Celles qui seront transmises après cette date ne pourront être examinées que l'année suivante.

Dés l'accusé de réception du dossier reçu par le G... Coll..., il n'y a pour les Conseils et pour les candidats aucune démarche à faire. La décision favorable seule, dès qu'elle est prise, devant être portée à la connaissance des candidats et aucune explication ne doit être demandée au G... Coll... sur les raisons qui ont motivé le rejet de l'ajournement.

Le Grand Commandeur rappelle que l'esprit de camaraderie frat... ou profane dont les candidats sont l'objet,'ne doivent avoir aucune influence sur les propositions pour les H... G..., seule la valeur morale, intellectuelle et surtout maçonnique devant déterminer les Conseils dans leur choix.

Les FF... des Conseils qui auraient des observations à faire sur l'élévation des candidats peuvent adresser ces observations au G... Coll... qui procédera à une enquête et en tiendra compte, s'il y a lieu.

Le Grand Commandeur annonce que l'ouvrage du F... Dermée, dont l'impression a été votée par le G... Chap... de l926, va paraître incessamment. Cette étude consciencieuse, dont la documentation est incontestable, comprendra des reproductions photographiques des principaux arts, de la charte d'Anderson, d'autres documents historiques et les photographies des Maç... illustres dont les travaux sont évoqués dans cette brochure.

Il fait connaître qu'une édition de cette brochure en langue anglaise, due à la générosité de notre T... Ill... F... Mille, et une autre, en langue allemande, offerte par notre T... Ill... F... Corneau, à qui le Grand Collège a été heureux de leur adresser sa plus vive gratitude, seront répandues dans les At... anglo-saxons. La générosité de nos deux TT... Ill... FF... permettra enfin au Grand Collège de répandre dans les Obédiences étrangères la vérité sur le passé du G... O... D... F....

Le Casque circule, puis les travaux du G... Conseil sont clos rituéliquement à dix-huit heures trente.

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Grand Chapitre

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Le dimanche dix-huit septembre mil neuf cent vingt-sept, sous la direction du Grand Collège des Rites, le Grand Chapitre auquel avaient été convoqués tous les FF... porteurs du l8e degré, s'est assemblé en tenue solennelle au Grand Orient de France, Temple N° 1.

Les travaux repris à vingt et une heures, sont présidés par le T... P... S... Grand Commandeur, le T... Ill... F... Savoire, remplissant les fonctions de T... S... Athirsata à côté duquel avait pris place le T... Ill... F... Brenier, Président du Conseil de l'Ordre (30e).

Les autres offices étaient remplis de la façon suivante : 1er Grand Gardien, le F... Bernardin 1er Lieutenant, Com... du Grand Collège des Rites ; 2e Grand Gardien, le F... Chartier; 2e Lieutenant Com... du Grand Collège des Rites; Chevalier d'Eloquence, le F... Lebey, Grand Orateur du G... Coll... des Rites; Chancelier, le F... Navoizat, Grand Chancelier du G... Coll... des Rites.

Etaient représentés les Ateliers suivants :

Le Grand Collège des Rites par les FF... Aries, Baldet, Bouty, Buisson Calmel, Charlet, Charruault Court, Groussier, Machon, Mille, Radouan, Rosier, Sincholle, Tinière, Membres actifs ; Drecq, Membre honoraire ; Dupré, Martin, Pouillart et Viallard, Membres d'honneur.

Les Chapitres suivants, par de nombreux FF... Ch ... R+C qu'il nous est impossible de désigner par leur nom :

alger, — Bélisaire.

Amiens. — Picardie.

Angers. — Le Tendre Accueil.

Angoulême. — Les Amis de la Paix.

Auxerre. — Le Réveil de l'Yonne.

Beauvais. — L'Etoile de l'Espérance.

Besançon. — Sincérité. Parfaite Union et Confiante Amitié Réunies.

Beyrouth. — Persévérance.

Béziers. — La Réunion des Amis choisis.

Bordeaux. — Française d'Aquitaine.

                        L'Espérance Bordelaise.

Boulogne-sur-mer. — L'Amitié.

Brest. — Les Disciples de Sully.

Caen. — Thémis.

Casablanca. — Le Phare de la Chaouïa et du Maroc.

Chaumont. — L'Etoile de la Haute-Marne.

Clermont-Ferrand. — Les Enfants de Gergovie.

Constantine. — Cirta.

epinals— La Fraternité Vosgienne.

Genève. — La Fraternité.

laon. — Les Frères du Mont-Laonnois.

Lille — La Lumière du Nord.

Lyon. — La Vallée de Lyon.

Le Mans. — Les Amis du Progrès.

Mantes. — Liberté par le Travail.

Marseille. — Parfaite Sincérité et Réunion des Amis Choisis.

Montluçon. — Union et Solidarité.

Montpellier. — Les Amis Fidèles.

Mulhouse. — La Parfaite Harmonie.

Nancy. — Vallée de Nancy.

Nantes. — Paix et Union.

Neuilly-sur-seine. — La Lumière.

Nice. — France Démocratique.

Nîmes. — L'Echo du Grand Orient.

Oran. — Union de l'Oranie.

Orléans. — Etienne Dolet.

                     L'Avenir.

                     Clémente Amitié.

                     L'Effort.

Paris. — L'Unité Maçonnique.

                  Les Amis Bienfaisants.

                  L'Etoile Polaire.

                  Les Zélés Philanthropes.

Périgueux. — Les Amis Persévérants.

Rennes. — La Parfaite Union.

Rodez. — La Parfaite Union.

Rouen. — La Vallée de Rouen.

Saint-Étienne. — Les Elus.

Strasbourg. — Les Frères Réunis.

Tananarive. — Le France Australe.

toulon. — La Réunion.

Toulouse. — Les Cœurs Réunis.

                  L'Encyclopédique.

Tours. — Les Démophiles.

Tunis. — Nouvelle Carthage.

Versailles. — Les Amis Philanthropes.

Vichy. — La Cosmopolite.

Le Grand Commandeur remercie le F... Brenier, Président du Conseil de l'Ordre, d'avoir bien voulu témoigner la sympathie au Grand Collège des Rites, en venant participer aux travaux du G... Chap... et lui exprime sa vive gratitude.

A tous les FF... présents, il souhaite la bienvenue, malgré que, par suite d'un oubli, la convocation rappelant la date de cette tenue n'ait pas été adressée aux At....

Le Bulletin N° 2 avait fait connaître la date et le programme, mais il n'a sans doute pas été lu dans tous les At... puisque beaucoup de FF... se sont plaints de n'en avoir pas été informés.

Le T... P... S... Grand Commandeur invite fraternellement les Présidents d'Ateliers à lire entièrement le Bulletin à leurs At... et à rappeler dans les planches de convocation de chaque At... la date des grandes tenues, afin de permettre à tous les F... Chev... R+C, d'y assister.

Il rappelle que, conformément à la décision prise par le Grand Chapitre de l926, le rapport du F... Dermée a été édité en une superbe brochure que l'imprimeur doit livrer incessamment. Elle sera mise en vente au secrétariat où nos FF... Chev... pourront se la procurer au prix de 1 francs. Ceux de nos FF... qui ont, l'année dernière, entendu le consciencieux rapport de notre F... Dermée sont convaincus de l'intérêt que présente la diffusion de cette brochure, intitulée : la Croyance en Dieu et le Grand Orient de France, dans laquelle des gravures reproduisent le texte authentique des principaux articles de la Charte primitive d'Anderson, d'autres documents historiques ainsi que la photographie des Grands Maçons dont les travaux sur cette importante question sont évoqués dans la brochure.

Ce travail, consciencieusement documenté, d'une logique irréfutable, précisant les faits conformément à la vérité maçonnique, en dégage la vérité et la lumière, établira sans contestations possibles, aux yeux des Maçonneries étrangères, la bonne foi du Grand Orient de France et sa fidélité à la tradition représentée par la Charte primitive d'Anderson. Puisse-t-elle lui permettre de poursuivre notre œuvre de rapprochement entre les diverses Obédiences et la réalisation de la Chaîne d'Union pour l'unité de la Franc-Maçonnerie universelle.

Le T... P... S... Grand Commandeur, conformément aux prescriptions de l'article 95 du Règlement Général des Ateliers Supérieurs, donne connaissance du compte rendu succinct des travaux administratifs du Grand Collège des Rites, depuis le 1er août de l'année dernière, avec Ies renseignements statistiques se rapportant à la même période.

Séances du Grand Collège. —Au cours de l'exercice écoulé, le Grand Collège des Rites a tenu douze séances plénières. Toutes les affaires soumises à ses délibérations, après examen, ont été l'objet d'études, de rapports et de décisions.

Mouvement des Ateliers. — Le nombre des Ateliers est en légère décroissance :

Un seul Chapitre fut créé, c'est celui des Zélés Philanthropes, Vall... de Paris.

Par contre, trois Chapitres ont disparu :

Les Elus de l'Union Guyanaise, Vall... de Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane), par suite de mise en sommeil;

L'Etoile, Vall... de Mascara, et Les Trinosophes Africains Vall... de Mostaganem, ayant opéré leur fusion avec le S... Chap... Union de d'Oranie, Vall... d'Oran.

Titres Maçonniques. — Il a été délivré :

385 brefs de Rose-Croix.

119 patentes de C... K...

 76 grandes patentes (grades supérieurs),

 2 titres constitutifs.

Relativement à la délivrance des titres, le T... P... S... Grand Commandeur rappelle aux Ateliers l'observation du Règlement général des Ateliers Supérieurs : Article l33, pour les Chapitres, article 142 pour les Conseils, prescrivant la notification de l'initiation dans le délai d'un mois, en même temps que la demande du titre et l'envoi des droits y afférents.

Mouvement de l'effectif. — Durant l'année écoulée, le Secrétariat a enregistré :

385 initiations, l3 Affiliations, 1 réintégration.

Par contre, il a eu le regret de constater les disparitions suivantes :

4 décès (ceux des FF... Dupuy (,33e), Membre d'honneur du Grand Collège des Rites ; Pissard (33e), Président du Conseil de Rochefort ; Durand (31e) ; Insler (31e).

14 démissions, 7 radiations, 1 ajournement.

Promotions exceptionnelles. — En vertu de l'article11 du Règlement général, en récompense de services rendus à l'Ordre et à la Maçonnerie, des promotions exceptionnelles, justifiant la mesure prise, ont été faites en faveur des FF... Abadie, Mesguiche et Dionnet, élevés au 31e degré.

Abréviations de délais. — Faisant application du même article 11 précité, le Grand Collège, pour des considérations identiques, a accordé des abréviations de délais pour l'élévation au 18e degré du F... Plantagenet et pour l'élévation au 30e degré du F... Fresneau.

Mouvement du Grand Collège des Rites. — Ont été nommés :

Membres honoraires : le F... de Brémond, avec le litre de Grand Chancelier honoraire : le F... Drecq.

Membre actif : le F... Calmel.

Membre d'Honneur ; le F... Martin (J.J), comme suprême récompense de sa longue et brillante carrière maçonnique.

Propagande. — Le Grand Collège n'a rien négligé pour intensifier la propagande. Dans ce but, le Grand Commandeur a pris part aux travaux et manifestations donnés dans de nombreux At... Supérieurs, ainsi que dans les At... symboliques de province, notamment dans les Chap... de Cannes, Nice, Toulon, Marseille, Lyon, Laon, Rouen, Metz, etc... et dans beaucoup d'autres At... symboliques, capitulaires et philosophiques de Paris.

Plusieurs de ses Membres, eux; aussi, se sont rendus dans divers At... de province, notamment à Bordeaux, Tours, Toulouse, Laon, Caen, Rouen, Versailles, Angoulême, etc, et dans divers At... de la région parisienne, pour y répandre les enseignements maçonniques et recommander la concorde et l'union entre les Maçonneries des Ateliers supérieurs et des Ateliers symboliques qu'il est désirable de voir aussi étroite que possible. Il rappelle que les At... supérieurs de tous grades ne confèrent à leurs Membres aucune prérogative ; seule une obligation de devoirs étendus et plus consciencieusement remplis. Ils devront éviter tout ce qui pourrai; être interprété comme une atteinte aux prérogatives ou une ingérence dans l'Administration des At... symboliques.

Tentative de rapprochement avec le Suprême Conseil de France. — Une entrevue entre délégués du S... C... de F... et du Grand Collège, bien qu'empreinte de la plus parfaite cordialité, n'a pas donné les résultats espérés. Respectueux des décisions du Congrès de Lausanne imposant à ses adhérents l'usage de rituel comportant l'invocation du G... A ... D... L'U..., le Suprême Conseil, malgré l'estime et l'affection qu'il professe pour le Grand Orient de France, ne peut envisager qu'une fusion avec acceptation de part et d'autre de ces rituels — acceptation qui ne fut pas acceptée au G... O... — Les relations ne peuvent donc être officiellement reprises, mais une cordialité réciproque unissant nos At... suppléera à l'absence de relations officielles.

Apres l'exposé de ce compte rendu moral, le Grand Commandeur provoque les observations des FF... présents sur les colonnes.

Le F... Van Raalte. T... S... du S... Chap... Clémente Amitié, désirerait savoir à partir de quelle date le Règlement général des Ateliers supérieurs recevra sa complète application.

Le T... P... S... Grand Commandeur lui répond que son application partira du 1er janvier I929. Il fait, en outre, remarquer que dans le Règlement, seul le fonctionnement des Commissions d'enquête avait été réservé, afin de tenir compte de certaines suggestions de FF... émus par l'institution de cet organisme nouveau et s'exagérant la complexité et les difficultés du fonctionnement.

Le Grand Collège des Rites ne l'a créé que pour éviter un recrutement trop facile, motivé souvent par des raisons d'ordre financier ou de camaraderie quelquefois exagérée, mais il n'a jamais eu l'intention de limiter les pouvoirs des At... qui, comme par le passé, restent libres d'admettre ou de refuser les candidats même reconnus aptes par les Commissions d'enquête. Son seul désir tend à opérer une sélection dans le recrutement des R+C sans opposer le moindre obstacle à l'accès des At... Sup... aux bons et fidèles maçons qui, à défaut d'une érudition profonde, nous apportent le concours de l'Exemple d'une vie maçonnique irréprochable.

Tous les At... ont été consultés et toujours le Grand Collège a tenu le plus grand compte de leurs observations tant sur la délimitation des secteurs territoriaux que sur la composition des Commissions d'enquête. Il veut bien encore examiner de nouvelles suggestions, à condition cependant qu'elles soient formulées dans un délai aussi court que possible.

Au F... Lemière Membre du S... Chap... Thémis, Vall... de Caen, qui demanda si les candidats au 18e degré doivent posséder le grade de Maître depuis cinq ans, le T... P... S... Grand Commandeur répond que l'article 109 du Règlement général fixant à cinq ans le stage obligatoire de Maîtrise exigé du candidat, sont applicables depuis son homologation, que ses prescriptions sont formelles et que le délai de sursis ne porte que sur la procédure d'enquête et non sur les conditions de présentation.

Le F... Siman, T... S... du S... Chap... Parfaite Union, Vall... de Rodez, se plaint tout d'abord d'avoir été l'objet d'un blâme de la part du Grand Commandeur ; blâme qu'il accepte puisque, dit-il, il l'a mérité. Mais, ayant dans sa ville à faire face à toutes les forces réactionnaires coalisées contre l'élément représentant la Maçonnerie, il a besoin dû concours du Grand Collège pour lutter efficacement contre ses redoutables adversaires.

Or, la puissance du Chapitre Clérical étant trop supérieure à celle du Chapitre maçonnique, ce dernier, malgré sa vaillance, succombera fatalement, si on ne lui permet pas de se développer librement.

Il craint que la Commission d'enquête frappe son Chapitre de paralysie et pour éviter une telle éventualité, il demande l'ajournement de sa mise en application.

Le Grand Commandeur déclare qu'il professe à l'égard du F... Siman une trop grande sympathie pour qu'un blâme lui ait été adressé en son nom, pas plus du reste qu'aucun autre Maçon. Il y a eu peut-être de la part du secrétaire l'emploi de termes qui ne correspondent pas à sa pensée, mais il déclare répudier toute phrase d'une lettre qui aurait un caractère menaçant à l'égard de n'importe quel F....

Quant à l'ajournement proposé par le F... Siman, ainsi que pour donner satisfaction à d'autres FF... partageant son opinion, le Grand Collège consent à reporter au 1er janvier l929 l'entrée en vigueur des Commissions d'enquête.

Le F... Pesty, T... S... du S... Chap... Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies, Vall... de Besançon, verrait avec plaisir une meilleure classification des Loges dans les Secteurs des Commissions d'enquête et demande une rectification dans leur répartition.

Le Grand Commandeur déclare que si des modifications de cet ordre sont réalisables, il en tiendra compte dans la mesure du possible, il regrette seulement qu'elles soient demandées si tardivement car c'est au moment où ils ont été consultés que les Ateliers auraient dû faire connaître leur avis.

Le F... Lemière, Membre du S... Chap... Thémis, Vall... de Caen, insiste à nouveau pour avoir confirmation de la durée du stage de Maîtrise imposé aux candidats au 18e degré.

Le T... P... S... Grand Commandeur prie le F... Lemière de se reporter au texte de l'article 100 du Règlement général qui, précisant la durée de ce stage, le fixe à cinq années.

Il est bien évident que, pour des cas exceptionnels justifiés, le Grand Collège est disposé à examiner avec la plus grande bienveillance les propositions d'abréviation des délais en faveur de FF... dont le dévouement et les services rendus à notre ordre seront nettement établis.

Le F... Marcy du S... Chap... Etienne Dolet, Vall... d'Orléans, aimerait voir les Membres du Grand Collège des Rites rechercher, parmi les bons maçons des Ateliers symboliques, ceux d'entre eux dignes d'être admis dans les At... Capitulaires et les proposer au Chap... de leur région. Il préconise une propagande active dans cet ordre d'idées, craignant que des FF... distingués et dévoués n'atteignent jamais les grades supérieurs.

Le Grand Commandeur démontre les inconvénients d'une démarche de cette nature. Personnellement, il est allé dans les At... symboliques s'efforçant d'y faire connaître les At... Sup... et le but qu'ils poursuivent, sans pour cela se permettre de susciter des candidatures. Il croit préférable de laisser aux Loges leur autonomie et le soin de proposer aux grades capitulaires ceux de leurs membres qu'elles en auront jugé dignes. Les Commissions d'enquête et les Chapitres apprécieront ensuite leur choix.

C'est aux FF... des At... Sup... qu'il appartient, en visitant fréquemment les At... symboliques, d'y rechercher les éléments intéressants et de susciter leurs demandes d'augmentation de salaire.

Le Délégué du S... Chap... Unité Maçonnique, Vall... de Paris, revenant sur la durée du stage de la Maîtrise, le F... Perney, Membre du Conseil de l'Ordre et du S... Chap... L'Effort s'étonne que des questions administratives de ce genre soient discutées en Grand Chapitre, qu'elles gagneraient beaucoup à être traitées de vive voix ou par correspondance afin de permettre de consacrer la tenue du Grand Chapitre à des travaux d'un ordre plus élevé qu'à des discussions et dispositions réglementaires qui peuvent être plus rapidement solutionnées dans une conversation et demande la clôture de cette discussion.

La clôture est prononcée.

Le F... Chartier, Président de la Commission des Finances du Grand Collège des Rites donne connaissance de son rapport financier sur les opérations de Recettes et de Dépenses de l'exercice l926, ainsi que du Budget prévisionnel de l927.

A l'unanimité, le rapport est approuvé et le budget voté.

La parole est ensuite donnée au F... Lebey pour présenter son rapport sur la question soumise à l'étude des Chapitres.

La Science est-elle un facteur de la civilisation moderne ? Les découvertes qui modifient chaque jour la vie collective et individuelle, ont-elles élevé la pensée et ennobli le cœur ?

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Rapport du F... Lebey

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"Chacun, dans sa mesure a pour devoir de songer au bien public et d'y pousser toute sa force... Laisser un pareil soin à ceux que l'on appelle les hommes politiques serait chose fâcheuse. L'homme politique est, d'ordinaire, un homme de parti et de passion. Il est très mal placé pour juger les ensembles, comparer les temps et les pays divers, saisir les mouvements à longue portée et prévoir l'avenir".

 

T...C... F... Ch..., et T... S... Athirsatas,

 

L'unanimité du Grand Collèges par la voix de son Orateur, commence par vous adresser les plus chaleureuses félicitations, les plus vifs remerciements pour la manière dont vous avez/, répondu aux questions posées sur la Science et le Progrès. Nous vous le disons avec fierté : dans aucun autre milieu une pareille enquête n'aurait pu être suivie, puis menée à bien, avec autant de bonne foi, de recherche désintéressée, d'esprit critique et d'enthousiasme. Nulle part n'auraient pu se grouper semblablement autour d'un centre radioactif, afin de rayonner ensuite davantage, à nouveau, sur nous tous, autant d'idées saines, judicieuses, désintéressées, un examen attentif, aussi réparti, des conditions de la vie actuelle, en dépit des constatations, si souvent insuffisantes, qu'il suscite quant à notre idéal, une pareille foi dans l'avenir. Quoi de plus précieux à une époque où ceux qui détiennent les leviers de commande font tout pour fermer les horizons qui s'ouvrent de toute part, étouffer l'Espérance, invinciblement enracinée au coeur des hommes, sous une réalité mauvaise, fausse, trop souvent atroce, en empêchant cette science dont ils se servent pour leurs œuvres de mort de devenir l'outil même de la délivrance qu'attendent ceux qui souffrent. Quelle réponse splendide aussi — par les faits, par les documents, par la preuve —aux adversaires, pourtant renseignés, inébranlables sur leur mauvaise foi, de notre Ordre, qui s'acharnent à nous valoir dans l'opinion, égarée par eux, d'ailleurs, sur tant d'autres sujets, figure de sectaires ! Toutes les manières de voir se sont fait ce jour, les plus opposées souvent mais toutes réunies, par la même passion du Vrai. Il n'est pas jusqu'à l'idée religieuse, dont on nous assure, ignorants, ou diffamateurs, qui ne soit soulevée avec un libéralisme spécial, entier, impraticable ailleurs, défendue même, parfois avec une sincérité sans calcul, toute au souci de l'impartiale justice, qu'on ne trouverait pas toujours dans les différents milieux qui s'en réservent le monopole. Vous l'avez épurée, mes T...C... F... Ch... comme l'idée scientifique et, curieux paradoxe, il se trouve que ce soit vous, à jamais accusés d'étroitesse ou de parti pris, qui aviez dégagé l'une aussi bien que l'autre, dans toute leur lumière, des ombres suspectes, tendancieuses, oppressives, dont leurs zélateurs patentés les voilent afin de mieux les dénaturer.

Pas une réponse qui ne contienne une idée à retenir, un aperçu original, une raison nouvelle de confiance. Pas un de vos chapitres qui n'ait prouvé qu'il suffisait de l'inciter à travailler sur un texte précis, intéressant, d'actualité intellectuelle, qui I élève au-dessus de routines séniles et de querelles misérables, pour qu'aussitôt ils y répondent. Eclatant démenti, venu de vous, souligné à plusieurs reprises, par les rapporteurs eux-mêmes, infligé à ceux qui aimeraient réduire notre Ordre, le faire reculer vers un niveau inférieur, aux intrigants qui le dévastent, aux pessimistes qui en doutent. L'exemple bienfaisant qui se dégage de cet effort collectif si consciencieux prouve irrévocablement le progrès des Ateliers supérieurs et de leurs travaux. Nous en éprouvons, mes T...C... F... Ch... un puissant réconfort. Merci, merci du fond du cœur. Vous restituez à la F... M... , en même temps que son vrai visage, tout son prestige. Nous vous devons la meilleure des récompenses, nous n'avions jamais douté de nous retrouver, un jour, tout ouverts sur des préoccupations identiques aux nôtres avec d'autant plus de confiance que l'atmosphère était mieux préparée et tout à fait frat...

Je n'ai eu d'ailleurs, mes T...C... F... Ch... qu'à vous lire en notant vos suggestions, vos découvertes, vos mises au point, pour posséder mon rapport, Vous en avez tant entendu de moi que j'ai ressenti une jouissance particulière à vous passer cette fois la parole. Avant de conclure par un court exposé qui vous résume dans toutes vos intentions, je vous laisse maintenant, vous écouter les uns les autres. Vous allez voir que je ne vous flatte en rien à tout ce dont vous êtes capables, dés que vous en avez la volonté.

Le S... Chap... Les Amis Bienfaisants et Vrais amis réunis, Vall... de Paris, dans un résumé saisissant des pouvoirs scientifiques, auxiliaires des facultés humaines, se prononce pour la Science, facteur du Progrès. Il distingue la difficulté de déterminer si les découvertes qui modifient chaque jour la vie collective et individuelle ont élevé la pensée, ennobli le cœur. Il n'est pas prouvé que la satisfaction d'un besoin amené par la Science ait toujours pour conséquence l'élévation morale de l'être satisfait, ni que chaque découverte donne plus d'ampleur à la pensée de chacun, améliore le cœur de tous. Les découvertes auront en elles-mêmes bon ou mauvais effet suivant l'emploi qui en aura été fait. La connaissance scientifiquement revêtue des aptitudes individuelles permettra seule le plein épanouissement individuel et l'élite en sera considérablement augmentée.

Quand le hasard et l'empirisme ne décideront pas des carrières, la société déjà mieux établie, de ce fait, sera plus équitable. — Plus on réfléchit, plus on se persuade que la cause du Progrès est dans la Connaissance dont la Science est un des aspects et des moyens le plus exact en même temps que le plus puissant.

Le S... Chap... La Nouvelle Carthage, Vall... de Tunis, voit la raison d'être du Progrès dans la volonté du bonheur par une amélioration grandissante du sort de l'homme. Différents facteurs contribuent au développement de la civilisation moderne, dont la Science. Mais en face de ses progrès, la puissance croissante de l'argent l'a fait servir à autre chose qu'à elle-même, notamment en remplaçant l'intérêt de tous par celui de quelques-uns. Il en résulte un mécontentement croissant des masses qui pourrait bien être coordonné, un jour, par une pensée intelligente, armée d'une âme sensible "et d'une volonté d'airain". La tristesse même du spectacle actuel, si déprimant, annonce la révolte, la transformation qui se prépare. A travers l'égoïsme de ceux qui ne songent qu'à jouir, une élite de savants, de penseurs, d'ingénieurs, d'artisans constructeurs t de nouveaux laborieux unissant leurs efforts, pousse inéluctablement le monde dans la voie du Progrès. La Pensée créatrice de la Science et la Science animatrice de la Pensée sont les deux forces dominantes de cet effort humain. L'homme s'est débarrassé de ce qui encombrait sa marche en avant, il ne reconnaît plus de juges, qu'au tribunal de sa Conscience, et le R... C ... Couderc, rapporteur, s'écrie : "On me permettra d'affirmer que la conscience générale s'est élevée, le cœur collectif de l'homme épuré et que l'âme humaine s'est dépouillée de la barbarie ancestrale." Souhaitons-le et que lies trois n'aient pas simplement pris des formes plus hypocrites, comme on serait incité à le supposer, bien à tort, évidemment, en lisant les journaux. A la base de la civilisation, influence primordiale de la science, condition du progrès : "Civilisation, Progrès, Science rappelant par là, le mystère de la Sainte Trinité, formant un seul Dieu en trois personnes pour nous aider à atteindre un ciel : le Bonheur.". La Pensée s'élève si la Conscience grandit ; celle-là est constructrice, celle-ci directrice. La Science et l'Argent sont face à face, mais la Science vaincra, surtout si on laisse ceux qui la servent à leur œuvre patiente et silencieuse. Si on la leur facilite aussi ; ce sont eux les grands victorieux inconnus du présent. — Partageons, mes FF... cette manière de voir, et je me demande si nous ne devrions pas voter un ordre du jour, destiné à rappeler, aux pouvoirs publics français, qui dépensent si facilement notre argent pour des niaiseries politiques ou des transports de ministres d'où il ne résulte rien, la tristesse, la désolation, j'irai plus loin, la honte de nos laboratoires.

— Dans le même Chap... le long d'un autre rapport, le Chev... Pradourat se demande avec anxiété si les acquisitions scientifiques ont élevé le cœur. "La Science mise au service de l'humanité, dit-il, ne peut être vraiment libératrice que si l'homme lui-même, lui aussi, s'améliore constamment."

Que la Science s'accroisse sans relâche; comme elle y excelle et que l'Homme diminue, il en résultera des catastrophes, car à la fatalité des choses s'ajoutera, en, effet, celle d'une puissance déréglée dont les effets, abandonnés à eux-mêmes, menacent — ou risquent — de se retourner contre le genre humain.

Le S... Chap... Les Artistes Réunis, Vall... de Limoges, font d'abord définir la Science par le C... Dasseux "l'ensemble des connaissances humaines acquises par l'étude", puis le Progrès "le développement d'une idée ou d'une activité suivant une loi, dans la direction d"un idéal ou d'un but nettement proposé". Rappelons aussi la définition de Littré dont les Amis Bienfaisants nous donnaient la teneur avant de commencer : "La civilisation est l'action de civiliser l'état de ce qui est civilisé, c'est-à-dire l'ensemble des opinions et des mœurs qui résulte de l'action réciproque des arts industries', de la religion, des beaux-arts et des sciences". II y a effectivement, la Science et les sciences, Les sciences médicales, chirurgicales n'ont cessé d'être en progrès, il en est de même des sciences chimiques, physiques et mathématiques. Les sciences exactes forment la Science, qui est bien un facteur de la civilisation moderne, mais, d'une part, il faut que les découvertes soient au point, de l'autre elles ont besoin d'auxiliaires afin de se réaliser : les auxiliaires sont les sciences morales, politiques et sociales, d'une part ; de l'autre, les arts ; enfin des auxiliaires actifs qui les fassent passer dans la pratique en offrant à tous leurs avantages. Ne devrait-il pas en être ainsi par exemple, pour l'Hygiène ? Ce n'est pas la Science qui a tort si ses inconvénients, par suite d'un mauvais ou d'un non emploi, priment ses ajutages, c'est l'Homme, infidèle à sa mission.

Le S... Chap... La Réunion des Amis Choisis, Vall... de Béziers, observe que toutes les grandes découverte; ont eu deux résultats, l'un matériel, dont les résultats s'effectuent dans un temps plus ou moins rapproché, l'autre moral, dont les effets se font sentir dans un temps plus lointain ; néanmoins les résultats des deux constituent, tôt ou tard, le Progrès. Ce Chap... voit en outre, dans la culture intellectuelle, le levier même de la civilisation et veut qu'elle soit mise davantage à la portée de tous. "Si l'humanité, affirme-t-il, qui commence à se civiliser, devient moins vertueuse, ce n'est pas par excès, mais simplement par insuffisance de lumières. Peu de lumière, disait-on, autrefois, éloigne de Dieu, beaucoup y ramène" ; nous pourrions dire aujourd'hui : "un savoir superficiel renverse ou ébranle le devoir, un savoir plus profond le rétablit ou le raffermit". Le \véritable remède pour combattre une société trop basse et trop ignorante est une civilisation savante et plus élevée. Et qu'on ne nous dise pas que cette civilisation supérieure restera hors de la portée du peuple qui travaille ! ". La Réunion des Amis Choisis conclut que la Science est un facteur puissant de la Civilisation.

Le S... Chap...  Etienne Dolet, Vall... d'Orléans, estime que le Progrès réside dans la poursuite du but qui paraît assigné à l'Humanité et qu'il sera un acheminement vers une valeur morale plus haute. Les différents facteurs du Progrès, afin d'y parvenir, ne doivent pas se séparer, de telle sorte que le progrès scientifique ne soit pas une arme à deux tranchants, comme on l'a vu pendant la guerre. Réduit à lui seul, le progrès, scientifique est incapable de représenter la garantie d'une civilisation plus humaine. Il ne vaudra que ce que vaudront les hommes qui l'utilisent, d'où on peut on peut conclure que le progrès intellectuel et moral tient la clef de toutes les possibilités e science et de progrès même. Ceci n'est-il pas, justement, l'idéal et l'enseignement de la F... M... dès ses origines ? Aussi, afin de nous égaler à ceux qui luttaient contre les abus religieux et politiques, afin de dégager la vraie Science et le véritable Etat, nous devons combattre pour faire vivre la \raie Science, celle qui sera bénéfique à tous, d'autant plus que le danger du présent semble être le fait qu'il se  refuse à  connaître l'évidence de la nécessité morale.

Le S... Chap... Les FF... du  Mont-Laonnois, Vall... de Laon, sous la plume de notre excellent F... Pouillart, définissant la Science, l'étude des rapports entre les faits, la recherche par induction des lois qui régissent, et, par déduction, de ceux qui les déterminent. Elle soustrait l'Homme au Hasard, l'affranchit de l'imprévu et lui permet une utilisation plus efficace de son effort. D'autre part, l'accumulation et la classification de ses lois en permettent la transmission continue. Chaque découverte ajoute à cet acquis qui constitue la civilisation d'un peuple. C'est surtout cette qualité de transmissibilité possédée par la civilisation qui distingue l'homme des animaux. Pour les anciens, la Science, — ou ce qu'ils nommaient ainsi, s'était la connaissance des fins ; pour les modernes, elle est celle des moyens. Ne faudrait-il pas les réunir ?  Cakya-Mouni, Mahomet ou Jésus sont-ils de moindres penseurs que nos savants actuels? Un humaniste du XVIe siècle ou un encyclopédiste du XVIIIe pouvaient envisager tout le savoir ; nous sommes condamnés aux spécialisations et le résultat même de nos découvertes, qui ont accru nos besoins, est-il en proportion de la paix qu'elles sont détruite, en tout cas dépassée ? "Le bonheur n'est ni plus grand, ni moindre. L'âme humaine ne s'est améliorée d'aucune façon. Peut-être même serait-il facile de démontrer que l'esprit humain, absorbé en entier par la seule recherche scientifique, perd, peu à peu, la notion du Bien, du Beau, de l'Idéal". De là à nier le Progrès, certainement non, mais s'il existe au point de vue matériel, neutralisé, par les besoins toujours accrus, il aboutit, à cette heure, à une stagnation au point de vue moral ; c'est justement cette accession à la perfection morale qui manque à l'Humanité présente, pour réaliser le Progrès dont elle détient les éléments. Les religions ayant été dévoyées, c'est à la F... M... à la préparer.

Le S... Chap...  La France Démocratique, Vall... de Nice, trouve aussi que le développement  de cette moralité publique importe avant tout, au même titre que le règne de la Justice, "régnant sans conteste dans la Société". Un peuple peut avoir des artistes, des savants, des lettrés et rester semi barbare si l'égoïsme domine dans le cœur de tous les hommes. La Science est un bien, mais elle ne deviendra le Bien que par l'éducation générale.

Le S... Chap... Liberté par le Travail, Vall... de Mantes, rappelle que Spencer voyait dans la Science, la connaissance qui a le plus de prix. Condorcet avait parlé de même. Malheureusement la Science n'a pas élevé notre moralité en proportion de notre savoir, Ie fossé se creuse, de plus en plus profond, de plus en plus large, entre le Capital et le Travail. La dépendance des hommes est resserrée par la division du travail, la liberté individuelle diminuée. — Berthelot avait observé déjà que l'étude des sciences seules rétrécissait l'esprit, détruisait l'idéal. Les vrais scientifiques demeurent modestes, ils évitent de susciter un nouveau dogme, comme les faux savants. Ce sont les sentiments et les idées qui gouvernent le monde ou le bouleversent. Ils sont nécessaires au bien de la Science même ; si nous souffrons de notre période de crise où s'affrontent le manque d'harmonie de la vie pratique et la sécheresse de l'imagination, c'est que la Science n'est pas encore au point. Elle possède un caractère sacré qu'on n'a pas reconnu. Elle demandait à être servie avec un cœur pur. "Le jour ou les poètes, et les artistes, dit Miomandre, comprendront les étonnantes ressources qu'on peut tirer des découvertes des laboratoires, le jour où des philosophes et des initiés auront retrouvé, derrière ses apparences inattendues, les vieux visages des Dieux antiques, incarnations lyriques des forces que la Science capte et malmène par ses instruments, ce jour là un merveilleux nouveau sera né, qui pourra donner aux simples les exaltations qu'ils trouvaient jadis dans les contes de fées". Dans un autre des trois rapports envoyés par ce chapitre qui travaille si bien, le rapporteur ne peut pas croire que la Science fasse reculer d'elle-même la Barbarie. "Tout, écrit-il, me fait craindre au contraire que le développement des sciences ne procure aux barbares perfectionnés de l'avenir, l'occasion et le moyen de déclancher de nouveaux et plus effroyables cataclysmes." Les belles découvertes de Pasteur ne restent-elles pas à la disposition des criminels pour dispenser la mort et les épidémies ? "Une civilisation vraie, c'est-à-dire un état social harmonieux et cohérent, adapté aux temps, aux lieux, aux connaissances du moment avec un ensemble de règles morales, un idéal dominant et conforme à ce que les hommes qu'elle groupe croient être les fins de l'Humanité, une civilisation vraie n'est pas liée au progrès scientifique dont nous avons l'orgueil ou la vanité ?... Peut-on dire que les civilisations anciennes ne valaient pas notre civilisation moderne ? Si. Une nouvelle guerre serait évidemment sa ruine définitive:Nul ne le nie ; or, le fait que cette certitude ne nous garantit pas contre le retour de la guerre, ni ne saurait y suffire, montre l'insuffisance agissante de la Raison, de la Logique, de la Science ; il prouve que la Science n'est pas nécessairement en elle-même un facteur de civilisation, ni un facteur de progrès moral. Les risques de la voir utiliser à des fins contraires augmentent encore du fait de sa diffusion qui la met à la portée de groupes humains inférieurs qui ne lui demandent que la satisfaction de leurs appétits. Le Japon a pu, grâce à sa structure traditionnelle puissante, assimiler la civilisation moderne et la superposer à la sienne, toute imbibée encore de sa vieille culture. Cela paraît un fait isolé et, encore, toutes les perspectives qu'ouvre sur l'avenir ce peuple vigoureux et sobre ne sont pas également rassurantes. On peut se demander aussi comment réagiront en face de la Science, les masses d'Extrême-Orient, de l'Inde, de l'Afrique, fixées, immobilisées depuis des siècles dans des civilisations toutes différentes de la nôtre. — La Science comme tout, porte en elle-même le meilleur et le pire: et ne saurait, bien entendu, être condamnée. Pour toutes les possibilités de bien qui sont en elle, pour tous les espoirs qu'elle permet, les civilisés doivent lui être profondément reconnaissants, passionnément attachés; mais la juste notion de ses bienfaits présents et futurs ne doit pas faire perdre la notion de ses dangers. Ici, excellente formule : "Elle ne sera réellement civilisatrice que dans la mesure où les civilisés feront effort pour que le progrès moral suive le progrès matériel, dans la proportion, plutôt, où cet effort complexe, difficile, incertain, réussira". Les découvertes scientifiques ont élevé la pensée et ennobli le cœur d'une élite, mais de la masse, non ; celle-ci les sent difficilement accessibles et n'en saisit que les notions sommaires ; elles sont, enfin, si nombreuses qu'il faudrait un long travail de coordination pour en dégager la portée morale; même ce travail effectué, il n'aurait rien d'efficace ; il ne déterminerait pas les hommes à conformer leurs mœurs, leurs lois, leurs pensées, encore moins leurs sentiments, aux vérités scientifiques établies. Les savants les conseilleraient en vain, même soutenus par les philosophes. Ni les uns, ni les autres, au surplus, n'admettent unanimement que la Science, si loin qu'elle aille dans la connaissance des faits, puisse connaître des causes, ni résoudre le problème de la destinée ; la plupart, au contraire, professent que, par-delà le domaine du connaissable, il y a celui de l'inconnaissable qui ressortit à la raison, à l'intuition ou à la révélation, un empire métaphysique inaccessible aux investigations scientifiques et que si la Science peut étudier les données de la Morale, ou, du moins, certains faits psychologiques, elle ne peut en déterminer les règles. Les réactions morales dépendent des sentiments, bien plus que de l'intelligence et de la logique. La masse, en outre, n'a pas le goût de la vérité. "Les laboratoires sont dans la misère, mais l'entreprise dont la petite sœur Thérèse de Lisieux est le prétexte trouvera tour l'argent, toute la charité nécessaires". Partout la notion des rapports des sciences entre elles est complètement modifiée dans le sens de l'unité. Les rapports entre la physique et la métaphysique suivront sans doute la même évolution et la Science, alors, aura ses applications morales comme elle a ses applications matérielles. Pascal avait situé l'Homme entre deux infinis. Depuis Pascal, la Science a mesuré les dimensions linéaires de l'univers et celle du Proton. Elle a calculé le rapport de ces deux longueurs, qui est un nombre de quarante-trois chiffres et place l'homme environ aux deux cinquièmes de l'intervalle qui sépare l'infiniment petit de l'infiniment grand. Il n'y a pas beaucoup d'intelligences que ce fait scientifique ait élevées, ni de cœurs qu'elle ait ennoblis. Pourtant que d'espoirs permis aux intelligences et aux cœurs épris de vérité. Que de noblesse promise à l'effort scientifique qui fera, peut-être, jour, de l'homme la conscience même de l'univers, réalisant cette pensée de Diderot : "Dieu sera peut-être, un jour..." Mais quel effort aussi de moralisation pour que les recettes scientifiques ne soient pas utilisées à des fins barbares, pour que le bien-être, issu du progrès des sciences appliquées, ne soit pas un dissolvant, pour que la vérité scientifique ne crée pas le désarroi des âmes, mal préparées à la recevoir ! Le champ ouvert à l'action de la Maçonnerie est illimité. Et l'auteur de cet essai remarquable termine ainsi : "La Science ne nous dit pas d'où nous venons, ni où nous allons, ni pourquoi nous nous agitons entre le point de départ et le point d'arrivée, également inconnus, Elle nous le dira, peut-être, un jour, après les philosophies insuffisantes, après les religions, qui valent seulement pour leurs adeptes ; elle satisfera mieux qu'elles notre besoin de savoir et, si elle n'apporte pas au problème de la destinée humaine la solution complète, elle en réduira du moins les inconnus en nous rapprochant de la solution. Le progrès est un effort vers la vérité, la marche de l'ignorance à la connaissance".

Le S... Chap... La Fraternité vosgienne, Vall... d'Epinal, rappelle opportunément — comme plusieurs autres Chap... — la question de l'Académie de Dijon en 1749 à laquelle Jean-Jacques répondit. Ainsi, aux époques transformatrices, les mêmes incertitudes viennent s'imposer aux hommes. — Le décuplement des possibilités scientifiques a augmenté les poussées d'égoïsme, de même que les idées sociales ont subi les bouleversements consécutifs aux modifications matérielles de la Société. On en arrive à ce dilemme : ou l'Esprit asservira la Matière, ou la Matière asservira l'Esprit, car il semble bien que les progrès de la Science aient nettement dressé face à face les deux antagonismes qui s'affrontent dans la Société comme au fond de chacun : l'Animalité et la Conscience. Néanmoins le rapporteur estime que les besoins de l'Animalité sont en dégénérescence. L'esprit humain a besoin de la Science pour assurer sa domination. "Les dernières découvertes scientifiques nous conduisent à confondre plusieurs postulats qui nous séparaient jusqu'à présents. La science philosophique des chercheurs du Moyen Age et la science mathématique de nos savants modernes se rejoignent sur des formules communes". Un exposé fort bien fait suit, sur les découvertes concernant la lumière et la formidable énergie, restée cachée dans la matière, qui permettrait de croire qu'un gramme de matière entièrement décomposée pourrait détruire la terre entière. C'est dans cette voie chimique qu'il faut chercher les sources futures d'énergie, — Les forces de la Nature ne sont pas limitées à celles que nous connaissons. Il est à peine trente ans que la Science a annexé les ondes hertziennes, la T. S. F. les rayons X, les rayons radioactifs, les rayons cathodiques, l'énergie intra atomique. L'électricité reste en partie inconnue. De très puissantes forces peuvent nous entourer sans que nous les apercevions. Quelles sont les correspondances de ces découvertes dans l'esprit humain ? Nous agissons, désormais, avec un nouvel état de conscience qui est l'unité de toute vie et qu'on pourrait appeler le sens cosmique.  Les théories du Pr. Bergson sur l'intuition n'ont pas seulement établi des concordances remarquables avec des théories purement matérialistes, comme celles de Darwin sur l'évolution des espèces, mais elles ont complété en quelque sorte, expliqué, éclairé les théories matérialistes ; des penseurs et des savants croient voir déjà dans la théorie de l'intuition le trait d'union qui rassemblera deux courants apparemment antagoniste, mais qui semblent se rejoindre dans la vérité nue : l'antique courant de la Révélation et celui de la Raison. — Ne disons-nous pas, mes T... S... Athirsatas : "Ce qui est en bas est comme  ce qui est en haut" et inversement ? Aussi convient-il de ne considérer les conséquences malheureuses du progrès scientifique que comme des douleurs d'enfantement. La pensée s'est élevée ; elle a donné une valeur expérimentale à l'ancienne révélation mystique. Le sens cosmique ne serait-il pas celui-là même dans lequel la, F... M... s'est toujours orientée, que paraissent avoir acquis les R... C... du Moyen Âge et de la Renaissance ?

La Fraternité n'est plus seulement une aspiration : elle devient le fait, la nécessité, l'action normale, la loi de l'évolution, la condition scientifique de l'épanouissement de la vie.

Pour le S... Chap... , Bélisaire, Vall...  d'Alger, la Science, est un facteur considérable et incontestable de civilisation. Elle intervient constamment dans tous les domaines en élargissant le cercle des activités. Par suite de son absence de dogmatisme, à travers son doute, qui répudie l'absolu, il se crée, grâce à elle, un ensemble, à la fois, de probabilités et de certitudes, ainsi que de nouveaux centres de civilisation, sans cesse reliés, régulièrement, par des voies de communication où le flux de vie nouvelle d'un morceau évolué passera avec une intensité accrue. "II est même parfaitement possible que sur ce terrain progressif poussent des plantes à propriétés nouvelles d'où l'on extraira le remède spécifique à certain fléau mondial". A la crainte du primitif a succédé la curiosité féconde. L'exemple désintéressé de Pasteur représente la forme la plus évoluée du civilisé : il est Français, mais, en même temps, citoyen de l'Humanité. Quoi qu'on en prétende, encore même que cela puisse paraître, au premier abord, nous ne sommes pas les esclaves de la machine; nous n'acceptons déjà pas de demeurer là où elle nous réduit. Le retour au passé, préconisé par certains, est un but impossible, absurde ; personne n'y souscrirait. Les Sociétés antiques ne possédaient qu'un seul soupirail de lumière artificielle : les religions, où se réalisait, tant bien que mal empiriquement, leur besoin de connaissance. Or, l'homme, c'est la pensée, selon le mot de Descartes. Elle a développé les Sciences qui l'ont sans cesse agrandie. L'Astronomie, l'Archéologie, l'Anthropologie n'ont cessé de monter et l'homme avec elles ; celui du vingt-cinquième ou quarantième siècle acquerra la certitude qu'une loi constante se manifeste dans la nature humaine dont la limite de perfection ne nous est pas connue. Aussi est-il faux d'affirmer que l'espèce est à son apogée. Exemple : l'homme actuel n'a presque rien tiré encore de la découverte du radium; il en extraira demain des possibilités dont nous ne nous faisons pas idée. De même pour les horizons ouverts par Einstein. Nier ce commencement perpétuel et constant d'élévation de la pensée par la science, équivaut à nier le passé, — le passé et l'avenir se trouvent alors biffés de même, — à fermer les yeux sur le présent ; il faut vraiment n'avoir aucune puissance d'imagination pour ne pas concevoir; au moins en partie, l'avenir. Quant à ce qui concerne l'ennoblissement de l'être, l'homme cultivé répond de lui-même en prouvant qu'il vaut mieux que celui qui ne l'est pas. Pour la morale personnelle, de même : le sacrifice admirable des radiologues le démontre. "L'homme cultivé scientifiquement a, plus que l'ignorant, le contemplatif, l'extatique, l'artiste, la notion nette de la solidarité du monde matériel et du monde social". Nul ne peut ignorer quels dévouements, quels sacrifices la Science suscite ; or, elle sait qu'elle ne les consent que pour le bien-être ultérieur du génie humain. Il n'y a pas jusqu'aux inventions les plus meurtrières qui n'aient servi à la civilisation. Le monde, amélioré par la Science, sera le royaume de l'Esprit, le règne des hommes libres. La foi du Progrès est la grande consolation de ceux qui souffrent pour l'avenir et sans doute cet avenir ne serait pas meilleur sans leurs efforts. Le malaise actuel, la rupture d'harmonie que nous constatons ont pour cause la guerre, l'égoïsme forcené des classes dominantes et le manque de science économique des hommes chargés de rétablir l'équilibre. Pour que l'Humanité retrouve sa voie normale, elle doit supprimer l'opposition de l'oligarchie financière, industrielle et commerciale. Les peuples, une fois instruits davantage de leurs droits, de leurs devoirs, comme des dangers auxquels ils se livrent en abandonnant leurs droits de surveillance et de gouvernement à des individus quelconques, médiocres et préoccupés de succès personnels, se réveilleront de leur léthargie inquiétante. Il est nécessaire que leur instruction soit équitable et intégrale pour que la Science, sous toutes les formes, puisse vivifier en leurs pays les plus belles intelligences. L'idée de Patrie, évoluée jusqu à celle d'Humanité, la culture scientifique étendue peuvent parfaitement s'allier à une haute culture morale. Elles se complètent et vont de pair.

Le S... Chap...  La Sincérité, Parfaite Union, Vall... de Besançon, rappelle que, du temps de Rousseau, le bagage scientifique était fort réduit et que l'écrivain s'est révélé un solitaire errant, persécuté : il ajoute à ces influences celle du dérèglement des mœurs. Depuis, que de découvertes ! En ce moment, l'Europe oscille entre la guerre internationale et la guerre civile, entre le despotisme du pouvoir et l'anarchie des partis, mais tout cela passera, comme la corruption qui s'est installée dans nos moeurs politiques.

Un des rapporteurs du S... Chap... L'Etoile de l'Espérance, Vall... de Beauvais, a été interroger un vieux berger de ses amis, ancien professeur de philosophie "qui trouve dans ce métier le complément utile d'une retraite insuffisante". Ce berger, digne des temps antiques, qui surveille son troupeau sur la colline de Villiers Adam, entre Frétillon et Bethmont, croit, quant à lui, que des dieux inconnus ont livré le monde terrestre à une influence diabolique afin d'avoir un théâtre dont les souffrance, les ridicules, et les impossibilités sont une distraction perpétuelle à leur ennui". Cette idée vint au retraité en lisant son Montaigne, où il s'arrêta sur cette phrase : "Platon dit que, pour lui, l'homme est un jouet des dieux. Il semble avoir raison". Le berger ne doute point que l'homme ne soit l'être le plus déraisonnable et le plus méchant, car la terre devrait être un paradis et elle ne l'est pas. — Sans doute, et cette fantaisie sylvestre est délicieuse. Je la respire comme le parfum inattendu d'une oasis fermée sur ses fleurs amères, mais je me demande, en même temps, — et je m'en excuse — si elle répond tout à fait à la question posée. Sans doute, à la fin, le berger, redevenu professeur, conclut que si la "science psychique"  a puissamment aidé à la civilisation matérielle, la science morale n'a pas aidé "la civilisation psychique", la nature de la masse des hommes étant telle qu'ils ne sauront pas la comprendre. Mais cela encore n'est-il pas un peu flou et superficie ?  Je crains que, sous cette brume qui paraît cacher jusqu aux étoiles à celui qui, pourtant, les contemple chaque nuit — c'est peut-être pour cela qu'elles ont perdu à ses veux leur fascination particulière, plus opérante sur les citadins qui n'ont pas le temps de les regarder. — L'Etoile de  l'Espérance elle-même, ne finisse par scintiller moins dans le chapitre de Beauvais, non loin de sa belle cathédrale, où le gothique a lancé ses dernières envolées, si hautes, qu'une des verrières de cette basilique même, près de l'horloge curieuse qui, en marchant si longtemps, prouve les mérites, les avantages et les curiosités de la Science dans le Temple de Dieu  même. Heureusement elle nous présente un autre rapport dont l'auteur observe, par l'analyse de chaque système philosophique, que son contenu solide a toujours été emprunté aux connaisssances de l'époque d'où il tirait sa substance même. Aussi, devant les progrès obtenus, es-on en en droit de dire que le triomphe universel de la Science assurera aux hommes le maximum de bonheur et de sécurité. Seulement le progrès matériel ne suffit pas et la Science réclame un domaine supérieur, celui du monde moral et social, tout relevant, en effet, des méthodes scientifiques, même le Bien : la Science "établit les seules bases inébranlables de la Morale". Ne méconnaissons pas nos avantages : la liberté de la Science est une conquête moderne. "Nous tendons aussi vers le règne idéal de la solidarité et de la fraternité sociales, proclamées par la Révolution". Tant mieux, mais j'avoue que je ne le vois pas encore. — Le troisième rapporteur a mis en épigraphe une parole du roi Salomon : 'L'homme est ce qu'il pense en son cœur". II trouve, quant à lui, que la Science n'a répondu par aucune certitude aux questions essentielles que se pose l'Humanité depuis ses origines : Qu'est-ce que la vie ? D'où vient l'Homme ? Où va-t-il ? etc. "Dans leur orgueil, dit le familier du roi Salomon, les hommes ont cru pouvoir régir le monde, nourrir toutes ses aspirations, éteindre les étoiles et n'ont guère suscité que sécheresse de cœur, arrivisme féroce, égoïsme meurtrier, Au nom de la Science, qui doit tendre vers la vie, les faux prophètes ont fait œuvre de mort". Notre F... Chevalier pose très bien le problème par une image en montrant côte à côte, dans la salle à manger, une vieille horloge au coffre fait à la main, avec amour, dans la joie, par un menuisier de village, belle tout le long d'elle-même avec sa porte où se découpe une étoile à six branches, et un buffet du faubourg Saint-Antoine amené à bien par trente spécialistes et plus de machines, — mais sans art, sans beauté, surtout sans âme. — Ne faudrait-il pas chercher la réunion des deux procédés, la rendre possible, — qui sait ? — profitable à tous; et ne serait-ce pas le meilleur moyen de résoudre la crise du siècle qui se précise surtout, au bout du compte, une crise mentale ? Alors, on retrouvera le temps de réfléchir". Les lois scientifiques ont été entrevues avant d'être découvertes et démontrées... La philosophie, la morale, l'éthique sont filles de la pensée qui, plus puissante que toute science, crée, lutte, défend et fait de l'homme le seul être qui s'impose aux autres êtres. La Science n'est pas créatrice de civilisation, déclare le F... Audebez, dont la sensibilité est si sympathique, elle est un moyen, une arme, un outil qui ne vaut que par la pensée qui l'anime".

Le S... Chap... La Française d'Aquitaine et Candeur Réunies, Vall... de Bordeaux.

Je rappelle que cette controverse, aussi vieille que l'Humanité, remonte à l'Arche du Bien et du Mal, dont la leçon continue, ne serait-ce pas que dans le romande Bourget — qui date déjà — le Disciple. Sommes-nous sûrs de nos sensations, de notre raison ? La Science humaine est incertaines, ses acquisitions relatives, les conséquences morales de ses progrès souvent désastreuses ; à la base, désagrégation du groupe familial, refuge de santé physique et morale. De la tyrannie des besoins naît le formidable déchaînement des égoïsmes. Le développement scientifique a été trop rapide distançant et devançant de trop loin l'évolution morale. "D'étonnantes conquêtes nous ont fait perdre le sens des possibilités humaines qui sont faites, non d'absolu, mais de moyennes. La culture scientifique est un poison curatif à doses modérées, mortel à doses massives. La Science peut produire immédiatement des effets utiles chez les individus exceptionnellement adaptés à ses enseignements. Pour la masse, elle devrait être préalablement dosée afin d'être rendue assimilable. La culture morale, c'est-à-dire la notion des relativités humaines, doit, à chaque instant, contrôler l'éducation scientifique dans le sens de l'utilité sociale". Au delà des bornes de la Science humaine existe un monde spirituel qui ne peut être créé, bien qu'indémontrable par l'argumentation logique et c'est vers cet inconnaissable que s'oriente la route de la vérité. "La Raison peut-elle justifier la nécessité de la Douleur, la pérennité de la guerre, l'impunité actuelle du Mal, la destruction complète de la personnalité, la force triomphante de l'Amour ? Nous ne pouvons vivre sans croire au Bien, à la Justice, à la Vérité. C'est à tout cela que nous songeons quand, mesurant le chemin parcouru et celui qui s'ouvre devant nos pas, nous nous sentons, malgré notre faiblesse, devant l'infini, la force de poursuivre et de défendre ce que le savant appelle nos chimères. Le progrès humain n'est donc pas fonction exclusive du progrès scientifique. Nous avons besoin de croire qu'éphémères, mais nécessaires, nous allons avec tout ce qui nous entoure vers la lumière immortelle dont la source nous échappe, guidés dans cette ascension lente vers les sommets inaccessibles par les lueurs qui rayonnent dans notre âme comme dans un miroir et que la méditation philosophique nous rend plus perceptibles". Le distingué rapporteur termine : "La Science est incapable à elle seule de conditionner le progrès. Elle procède d'un postulat éminemment contestable, l'infaillibilité de la raison, et elle a pour bornes fatales l'inconnaissable, la notion d'infini. Le progrès est l'attraction invincible de l'Humanité vers cet inconnaissable et cet infini judicieusement contrôlé par les lois essentiellement relatives de l'utilité morale et sociale".

Le S... Chap... d'Hippone, Vall... de Bône, remémore qu'une des faces de l'esprit scientifique est de postuler la logique ; or, ce qui est logique et rationnel doit avoir le caractère d'universalité et c'est ce que la science a apporté de nouveau à la conscience moderne. Le Progrès est, justement, le passage d'une forme irrationnelle à une forme plus rationnelle.

Le S... Chap... La Clémente Amitié, Vall... de Paris, distingue dans la Science la caractéristique du monde moderne où elle occupe la première place. Le Chap... fournit un excellent résumé de tous les domaines que la Science a étendus vers l'infini qu'ils contenaient en ne faisant que le pressentir. Quant aux résultats par rapport à l'homme, il faut distinguer le point de vue d'utilité et celui de moralité. "La Science est utile, c'est-à-dire qu'elle permet à l'homme de tirer de plus en plus parti des ressources de la Nature. Mais, par cela même, elle asservit l'homme à la Nature en même temps qu'elle l'en affranchit, lui donnant également des possibilités et des besoins". La question du bonheur procuré par la Science ne se pose pas pratiquement, tout le monde utilisant ses découvertes, mais ce n'est pas parce qu'elles sont utiles qu'elles assurent le bonheur. Du fait des besoins, elles accumulent les inégalités. Facilitant la production, elles facilitent la destruction, aident les fraudes, — substituent aux produits naturels des produits frelatés, de qualité inférieure, mettent le faux luxe à la portée de tous et, par cela même, donnent au peuple le goût de celui-ci, joint à l'envie du vrai. Ce qui se passe pour les individus se passe pour les Etats. Ne pourrait-on concevoir une nation d'ingénieurs et de chimistes maîtresse de secrets redoutables qui profiterait de sa supériorité pour asservir les peuples ? Le bonheur est un état d'esprit; une disposition du caractère. La Science est aristocratique, réservée à une élite ; la foule en bénéficie sans en connaître les rouages. La morale ne dépend pas d'elle, puisque son but est de faire de l'individu un être qui sache développer en lui tout ce qui est élevé de manière à n'apporter à la société que ce qui peut l'élever elle-même : la morale est un art plutôt qu'une science. Les grands sacrifiés sont de grands artistes. Ils rapprochent leur conscience de la conscience idéale qu'ils ont conçue dans leur amour du Bien. La Science est pourtant une religion qui a ses martyrs ; du fait qu'elle cherche la vérité, elle augmente l'homme, décuple sa puissance sur la Nature et fixe les réalités. La mode qui diminue les valeurs de la Science passera, elle ne vaut rien. On parle de l'arbitraire scientifique : c'est une loyauté ; un arbitraire qui arrive à serrer de plus en plus la vérité, à faire disparaître toute fausse interprétation, est une méthode qui, à la place de l'empirisme, cherche les lois de plus en plus générales des phénomènes de plus en plus complexes. La Science est harmonie ; elle a fait voir que l'harmonie était la loi de l'Univers. Elle est liberté, car elle a libéré l'homme de la crainte". Qu'est l'évolution où les siècles ne sont que des instants, où à la matière brute succède la matière vivante, qui devient intelligence et pensée : La Genèse — le système de Laplace. Le rapporteur achève par une invocation à la nouvelle déesse  dont l'idéal est réalité, dont la réalité prouve l'idéal. L'autre rapporteur, qui conclut également en faveur de la Science, montre qu'en "ruinant les dogmes, elle a obligé la conscience à chercher des raisons de faire le Bien... Ce n'est pas la Science qui est mauvaise, c'est l'Homme". Il y aura un jour, probablement, la même progression dans la Science que dans l'antique création des dieux : les premiers venaient de la terreur, les derniers de l'Amour.

Le S... Chap... La Démocratie, Vall... de Rochefort, remet en mémoire le mot d'Anatole France sur la mauvaise physique engendrant la mauvaise morale : "Si l'on réfléchit sur les misères qui, depuis l'âge des cavernes jusqu'à nos jours encore barbares ont accablé la malheureuse humanité, on en trouve presque toujours la cause dans une fausse interprétation des phénomènes de la Nature". La Science clarifie peu à peu ces phénomènes. Ses détracteurs l'accusent parce  qu'ils lui demandent trop.

Le S... Chap...  Les Amis Persévérants, Vall... de Périgueux, a longuement discuté. La science n'a jamais cherché la règle de nos volontés et, si elle agit sur la moralité, c'est d'une  manière indirecte, pour ainsi dire, sans le vouloir.

Exemple : elle nous enseigne que l'alcoolisme est mauvais : elle ne nous enjoindra point de ne pas le pratique ;  cela dépend de nous, une fois qu'elle nous a renseignés. Mais elle demeure un exercice de toutes les facultés intellectuelles et les formes : or, un esprit juste et droit voit plus clair dans les questions de moralité ; elle donne le goût du vrai ; elle enseigne la prudence, la tolérance, la modestie. Herbert Spencer a vu en elle une poésie : si, en tant qu'état de conscience la connaissance et l'émotion tendent à s'exclure mutuellement, ce que pour ma part, qu'il me soit permis de le dire, je crois tout à fait faux, — la Science n'agit pas de même. "Quiconque  ouvrira les ouvrages de géologie de Hugh Miller ou lira les études des Côtes Maritimes de Lewes, verra que la Science excite le sentiment poétique, au lieu de l'éteindre. Goethe prouve que le poète et l'homme de Science peuvent s'allier avec une égale plénitude. N'est-ce pas une idée monstrueuse, sacrilège, que plus on étudie la Nature, moins on la vénère ? La vérité est que ceux qui n'ont jamais pénétré dans les domaines de la Science sont aveugles à la plus grande partie de la poésie qui les entoure. Il est triste de voir que tant d'hommes s'occupent de trivialités et sont indifférents aux plus magnifiques phénomènes. Combien ils ont peu de soucis de connaître l'architecture des lieux, tandis qu'ils s'acharnent à de misérables controverses "sur les intrigues de Marie, reine d'Ecosse, combien ils s'attachent à critiquer savamment une ode grecque  et passeront sans y songer devant le grand poème épique que le doigt de Dieu a écrit sur les couches de la terre". La Science pourrait donc avoir des avantages moraux si elle était mieux enseignée, mieux connue. Le tout est que la Pensée gouverne le monde ; or, il n'y a pas de rapport de cause à effet entre la Science et l'organisation politique et sociale. Elle doit, néanmoins préparer par suite de ses simplifications mêmes, une meilleure répartition du travail. Notre civilisation pourrait être un jour en péril si d'une part les besoins croissent et de l'autre, la puissance de travail diminue, —si à une organisation démocratique des sociétés ne correspondent pas des mœurs républicaines, si, dans nos vies privées, la somme des vertus ne l'emporte pas nettement sur la somme de nos vices. — Qui sait si ce danger ne nous menace pas ?

Le S... Chap...  L'Union de l'Oranie Vall... d'Oran, se persuade aussi que la Science est un facteur de la civilisation moderne. Au sujet de la seconde question, il lui paraît qu'il faut se garder d'un jugement prématuré. Elle voit, après lecture de l'ouvrage de Lapie : La Logique el la Volonté que les deux principes Raison Justice, éclairés par la Science, peuvent être générateurs d'une morale nouvelle. L'éducation est formation du cœur et de l'esprit par la réflexion et le jugement. Le progrès est l'effort vers le mieux dans tous les domaines selon les buts de la Science, qui sont : savoir, comprendre, vouloir, réaliser. La société se détruit en n'allant pas dans ce sens. Dans chaque administration, chaque travail, chaque métier, le recrutement s'avilit, on ne pense qu'aux affaires. "Nous nous acheminons vers l'ère de l'homme de peine qui sera l'ère de la peine des hommes". Le progrès reste cependant fatal, bien que retardé seulement il peut se faire qu'il ne renaisse que sur des ruines. Pour que la science soit facteur de progrès, il convient de la comprendre comme Claude Bernard : "Conquérir la Nature, lui arracher ses secrets, s'en servir au profit de l'Humanité". Descartes parlait déjà de même au sujet de la médecine qui devait recréer une humanité nouvelle.

Le S... Chap...  Les enfants de Gergovie, Vall... de Clermont-Ferrand, est sûr qu'en dépit de tout, il faudra que l'Humanité recrée, par la Science, l'harmonie dont elle se détourne. Dans son étude sur la direction des sociétés humaines par la Science, Berthelot a montré les forces que l'avenir nous permettait d'utiliser. La Science conditionne déjà les données de la vie moderne, Elle suppléera même à l'énergie parfois défaillante de l'espèce. Elle écarte à la fois "les droits divins, empruntés au mysticisme des religions, les prétentions héréditaires des aristocraties anciennes et les insalubres revendications des ploutocraties contemporaines".

Sans doute, mais ces ploutocraties ne revendiquent même pas, car elles possèdent tout. Le seul fait de la science ne suffit donc pas à les vaincre. Aujourd'hui la Science et l'Action semblent donc ne faire qu'un seul problème et la campagne contre la Science ne peut réussir, outre sa sottise même, puisqu elle est à sa base un scepticisme et une négation. Les nécessités mêmes de la vie la condamnent.

Le S... Chap... L'Etoile Polaire, Vall... de Paris, — Voltaire avait raison de répondre contrairement à Rousseau, — à moins qu'ils n'aient eu raison, en partie, chacun, et qu'un terrain de conciliation aurait dû être cherché entre les deux, à l'aide même de leurs critiques justes : — " Ce ne sont pas les renseignés, mais les ignorants, qui sont les auteurs des calamités humaines". Rousseau a, d'ailleurs, reconnu plus tard lui-même que le genre humain ne pouvait remonter aux temps de l'innocence, qu'il devait conserver ses institutions et sa civilisation en les corrigeant. Là réside le vrai. La Science améliore. Le savoir aussi. Aristote a rendu Alexandre plus humain. Bacon a dit dans le Novum Organum : " La vérité est fille du temps, non de l'autorité". Il ne faut donc pas s'étonner si cette fascination qu'exercent l'Antiquité, ses auteurs, et le consentement général, a paralysé le génie de l'homme au point que, comme une victime des sortilèges, il ne peut lier commerce avec les choses elles-mêmes. Le tranchant de la Science est double : "Avant 1914, elle était surtout bienfaisante: de 1911 à 1918, elle apparut le contraire,". II lui en est resté quelque chose, d'autant plus qu'on n'a rien fait pour lui rendre son ancien aspect. Elle garde cependant ses vertus efficientes. La relation entre le Vrai et le Bien continue, augmente, à travers les démentis car, ainsi que l'observait Berthelot "de la connaissance plus profonde de l'Univers, comme de celle de la constitution physique et morale de l'homme, résulte une nouvelle conception de la destinée humaine, dirigée par les notions fondamentales de solidarité universelle entre toutes les classes et toutes les nations". Tel subsiste le lien affirmé entre l'œuvre scientifique et l'œuvre morale et sociale. Le rapporteur établit à ce sujet ce parallèle : "En inventant la mélinite, Turpin ne songeait qu'à une œuvre de destruction, en découvrant et en fabriquant la dynamite, Nobel nourrissait l'espoir de trouver et de produire une force de destruction tellement formidable que les hommes hésiteraient à faire la guerre et iraient vers la paix". Les deux servirent à la guerre, et l'Humanité ne fut pas arrêtée vers la guerre la plus terrible qu'elle ait encore connue. Il ne suffit pas de donner des buts moraux à la Science, il faudrait lui procurer le pouvoir de les imposer. Tout le problème, que rien n'a résolu, est là. L'homme n'est peut-être pas plus mauvais qu'auparavant, c'est sa puissance dans le mal qui a augmenté.

Le S... Chap...  La Lumière, Vall...  de Neuilly-sur-Seine, évalue le progrès comme une conséquence, on subit plus qu'on ne le dirige ; il constitue la résultante des avantages et des inconvénients qui sont acquis par les différentes étapes de la civilisation.

Le S... Chap... Le Réveil de l'Yonne, Vall... d'Auxerre, pense qu'il serait temps de faire connaître à l'Humanité le but de sa destinée. Le gros industriel de Chicago — ou d'ailleurs — menant ce qu'il appelle une vie intense, ne peut vraiment pas être donné comme un type d'Humanité supérieure. La vie est devenue une perpétuelle bousculade. Le fait que l'homme moyen ne possède aucune culture véritable, en générai, n'expliquerait-il pas la décadence contemporaine ? ''L'Humanité Occidentale ne se régénérera que par le dedans, quand elle aura relevé son armature spirituelle". L'accroissement de la vie intérieure nous sortira du cauchemar. Le rapporteur demande même qu'on retrouve le chemin de la croyance et qu'on fasse renaître la flamme religieuse. "C'est elle, assure-t-il, elle seule qui préserve de la barbarie sans cesse renaissante les conquêtes de la civilisation. Assez de tètes trop pleines, il nous faut des têtes bien faites. Il nous faut reformer une élite en la tirant du peuple, au lieu d'abaisser, comme le font d'odieux démagogues, le niveau de cette culture au degré de réceptivité des intelligences les plus étroites". Nous aboutissons, par suite de celle ignoble tendance, "à une humanité décapitée avec des bras hypertrophiés". Restaurons aussi le goût de l'Humanités. Il y a du vrai dans toutes les traditions qui ont permis à l'homme de se maintenir à la hauteur de son destin, d'y grandir, puis de s'y élever encore. Le distingué rapporteur de ce travail si intelligent voudrait voir se rejoindre l'esprit scientifique avec sa rigueur, ses exigences de méthode, son culte indéfectible de la véracité, et l'esprit religieux proprement l'opposé de l'esprit, car il y a aussi une superstition de la Science, qui ne doit pas sombrer avec les dogmes périmés de la multitude des religions révélées. L'heure serait venue, selon lui, de faire revivre  les plus belles formules d'Auguste Comte, passé lui-même du positivisme purement scientifique à la religion de l'Humanité qui fut son dernier mot. "L'Homme disait Renan, vaut en proportion du sentiment religieux qu'il emporte de sa première éducation et qui parfume toute sa vie. Nous aboutissons à un culte renouvelé de l'Humanisme qui lui permettrait de réintégrer dans la  notion appauvrie du progrès scientifique les valeurs spirituelles, qui font le prix de l'existence. Ainsi, toujours selon Renan, s'accompliront les oeuvres éternelles sans que la source des forces vives, remontant toujours à la surface, soit jamais tarie". Nous retrouvons ce sentiment religieux dans l'ampleur et la sérénité des grandes constructions scientifiques désintéressées comme dans la communion avec les grands esprits de tous les temps, enfin, dans le dévouement passionné à nos semblables. "L'esprit religieux dans la Science, risque de conduite aux mystiques les plus décevantes, mais d'autre part, la Science sans l'esprit religieux introduit dans les cœurs une croissante sécheresse. Suit cette définition du Progrès : "Il consiste dans l'expansion des sentiments humanitaires et dans l'utilisation croissante des découvertes scientifiques comme moyen de libérer les masses de la servitude pour leur permettre de cultiver en elles un triple idéal de connaissance désintéressée, de religiosité fraternelle et de vie supérieure".

Le S... Chap...  L'Effort, Vall... de Paris,  ite Anatole France dans ses Temps meilleurs :"La Science, c'est la connaissance de la Nature et de l'Homme ou, plus précisément, la connaissance des rapports de l'Homme avec la Nature et des conditions de la Vie. C'est la connaissance étendue, renouvelée, transformée : c'est la Nature pénétrée progressivement dans ses secrets". Le rapporteur fait ici cette remarque fort curieuse : "Les Egyptiens utilisaient les sciences astronomiques pour mieux se servir du Nil". Rien de pareil dans notre civilisation  sur laquelle les progrès réalisés par les sciences astronomiques ont une influence à peu près nulle. De la science chimique nous pourrions tirer aussi tout un enseignement approprié. La vie collective prend une influence croissante dont nous ne nous sommes pas suffisamment rendu compte pour lui faire rendre l'agrément dont elle est susceptible, car l'homme — ce qu'il publie trop n'a pas que des appétits matériels ; or la Science — à part la Nouvelle Idole de Curel — ne paraît pas avoir beaucoup influencé les Arts, ni la Littérature, et c'est peut-être à cause de cela qu'elle n'a pas influencé davantage la moralité. Elle a surtout développé le culte de la Force et le désir de jouir ; et cela tient aussi à ce que les masses ne voient pas encore la Science, mais ses apparences. "La Vérité, disait La Rochefoucault, ne fait pas autant de bien dans le monde que ses apparences y font de mal". Résultat : la Matière progresse et l'Esprit recule. Nous sommes d'ailleurs mal placés pour juger les hommes de notre époque dont nous sommes trop près pour distinguer ce qui sortira de tant de transformations. Parfois un remous violent, une lame de fond emportent plusieurs couches de pellicules qui faisaient d'abord à la surface, l'impression d'être parfaitement soudées ; alors sont mis à nu des sentiments que l'on croyait à tout jamais enfouis dans le passé. Il faut le coeur, comme le remarquait Jérôme Coignard pour féconder les rêves ; c'est lui qui verse la vie dans ce qu'il aime.

Le S... Chap... La Vallée de Rouen s'inspire de Saint Augustin qui soutenait que les choses elles-mêmes enseignaient la fraternité. Le progrès social est l'émancipation  d'un nombre croissant d'individus. Le réalisme scientifique et technique n'a nulle peine à se concilier avec l'idéalisme de la Démocratie ou, du moins, elle le requiert. "La Société ne peut rester indifférente au jeu fatal des phénomènes économiques... Elle entend asservir les forces psychiques, historiques, économiques, de même qu'elle a asservi les forces naturelles en les mettant aux ordres de l'idée morale ; c'est ainsi que se déterminent les conditions du meilleur équilibre. Une union de conscience s'élabore selon le mot de Fouillé, qui prévoyait — voici déjà un certain temps — l'accroissement de la vie individuelle et celui de la vie sociale. Le Progrès, c'est tout  ce qui permet à l'Homme de réaliser pleinement sa destinée.

Le S... Chap... L'Espérance Bordelaise Vall... de Bordeaux, — En réalité le progrès n'a jamais cessé. "Est-ce qu'à chaque heure du jour et de la nuit de notre existence, de la naissance à la mort, nous n'usons pas des découvertes scientifiques ? La vie des savants illustres montre que la Science élève l'âme. La chaîne ininterrompue ne s'arrêtera pas. C'est la Science qui nous a révèle qu'il existe dans l'Univers, une unité grandiose et sereine. Cette unité, écrit le rapporteur, je ne dirai pas de Grand Architecte de l'Univers pour ne heurter personne, mais de cette splendide architecture de l'Univers bâti tout entier à partir d'un élément primordial, le Science l'a presque entièrement démontré, puisqu'elle ramené tous les phénomènes connus à l'attraction électromagnétique".»

Le S... Chap... Sincère Union des Vrais Ammis, Vall... d'Avignon, nous rappelle que par la Science, la vie s'est trouvée transformée plus radicalement entre 1750 t 1927 que depuis les premiers Pharaons jusqu'au dix-huitième siècle. Pascal, aujourd'hui, parlerait différemment. Ne nous obstinons pas à ne voir que le mal de notre temps. "La Science est le moyen que l'homme a développé pour persévérer dans l'être. L'instinct puissant de la conservation de l'espèce qui se manifeste d'abord par la guerre, se manifeste visiblement aussi par l'activité scientifique. Or, la forme guerrière s'est révélée destructrice de l'espèce au-delà de tout ce qu'on avait prévu. L'instinct de l'espèce peut réagir clairement ou obscurément. Malgré des manifestations prochaines certaines du vieil instinct guerrier exploité par des esprits mercantiles, quoique scientifiques, le temps vient où la paix sera perçue comme plus utile, plus nécessaire que la guerre. Par le détour du pire, la Science organisera la paix comme elle avait organisé la guerre, sous la poussée du même instinct vital de l'espèce". Relisons Condorcet, sans doute nous sommes encore loin des idéaux qu'il annonce: mais une partie des transformations qu'il sut prévoir se sont déjà effectuées. " Le progrès est l'adaptation plus parfaite, plus éclairée, plus volontaire, de l'individu à son milieu et à ses fins, ainsi que du milieu aux fins de l'individu. II est, d'autre part, l'extension des formes plus parfaites de vie à tous les individus, à tous les groupes du globe. Il implique — bien plus que la soumission à l'instinct et à la connaissance intuitive — l'action de l'homme, plus efficace par la science, dans la recherche d'un idéal ou d'un but, ou bien fixé approximativement d'avance, ou, peu à peu, aperçu avec plus de netteté, voulu avec plus d'ardeur, poursuivi avec plus de puissance".

Les Chev... R... C... de la Vall... de Lyon soulignent les phases différentes de la montée civilisatrice, religieuse, intellectuelle, artistique, scientifique. "Elle se sont succédées depuis les temps historiques jusqu'au Moyen Âge et ont reparu dans le même ordre depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours. Nous en sommes à la dernière période, mais elle a cette lois, un éclat sans  pareil par l'ampleur de ses manifestations utilitaires".  L'auteur du rapport semble redouter surtout les excès de la Science parce qu'ils lui semblent susceptibles de déranger ce qu'il nomme "l'Harmonie préexistante" et "l'ordre naturel des choses". Il définit le Progrès: "l'évolution naturelle de la Science et des institutions humaines s'harmonisant sous un juste équilibre". On ne saurait trop souhaiter, en effet, même en connaissant le caractère superflu de ces vœux excellents, que tout se passe de la sorte.

Le  S... Chap... Thémis, Vall... de Caen, montre fort bien qu'il faut expliquer la Nature, en dehors des systèmes et des doctrines malgré leur commodité, de manière à constituer la somme des connaissance acquises. Aussi le fait expérimental n'est-il jamais qu'une approximation. "On croit toujours, dit le rapporteur, pressentir la vérité, qui n'est, telle qu'on la modèle idéalement, qu'une nébuleuse fiction dont l'imprécise image d'aujourd'hui ne ressemble plus aux non moins imprécises images passées et dont les images à venir diffèrent plus encore". "Aussi : la seule certitude vraiment scientifique est-elle l'absence de certitude".  Ainsi, "c'est l'ensemble de ses satisfactions éphémères, de ses questions et de ses réponses, d'où naîtront indéfiniment d'autres questions et d'autres questions génératrices de questions nouvelles qui constituent l'évolution scientifique et philosophique (sciences et philosophie n'étant que deux mots servant à classer momentanément des séries d'idées) et, conséquemment, en ne retenant que les acquisitions apparemment les moins contestées jusqu'à ce jour". Le Progrès est l'enchaînement des découvertes de tout ordre ayant servi et servant à éliminer les risques d'erreur dans la tentative humaine de compréhension universelle. "Excellentes définitions, comme celles qui suivent, d'ailleurs, sur le mot Pensée, le mot Cœur et le mot Sentiment". L auteur s'en aide pour armer, le long d'une suite de déductions nettes, admirables, à cette conception du Mieux : "Le Mieux, dans tous les domaines humains, c'est le moindre risque d'erreur...", l'élimination des erreurs, individuellement, puis collectivement, le niveau relatif de ce que l'on considère comme les Pensées maîtresses, autant que ces Pensées dépendent plus ou moins directement de ces erreurs. L'élimination des erreurs est précisément le Progrès... L'élévation de pensée est donc fonction du Progrès. Et si, par suite d'une partielle régression scientifique et philosophique, de civilisation éteinte, pour une cause ou pour une autre, le Progrès universel, dans sa somme, a éprouvé un apparent arrêt ou, plus réellement, un ralentissement, on en peut déduire, avec autant de certitude approximative qu'il est permis de le concevoir, que l'élévation de la Pensée suit une route parallèle à celle du Progrès. Comme il n'y a pas probabilité que le Progrès ait jamais cessé d'être, relativement à la collectivité humaine en ascension constante vers une moindre erreur, on peur conclure que l'Idée, que la Pensée s'ont, elles aussi, en ascension constante. Il en est de même de la Noblesse de Cœur. "Afin de bien juger, il faudrait ramener toutes es approximations humaines à un système doctrinal de référence absolu ; alors on verrait à se rendre bien compte du progrès lui-même et de la valeur progressive de l'élévation de la Pensée et de la Noblesse du Cœur. Mais, vu l'infirmité de nos sens et la limitation de nos concepts, ce système absolu n'existe pas". Sur la Science facteur de civilisation, le rapporteur, qui ne paraît pas avoir compris la question, reste confus. Il conclut par la méditation de Ferrero : "Malgré les  ruines accumulées par la guerre et le désordre moral qu'elle a laissé dans tous les peuples et dans toutes les classes, nous sommes encore à l'époque la plus savante, la plus riche, la plus heureuse.

Le S... Chap...  de Genève, La Fraternité, dénonce l'invasion du puritanisme anglo-saxon et montre que la Science n'est ni morale, ni immorale, mais amorale. Sa valeur, en ayant augmenté travail, les besoins et les plaisirs, est de les avoir rendu collectifs. La médaille a d'ailleurs son revers : "en annexant 'individu à la foule, les progrès de la science l'ont dépouillé de sa personnalité". Et le rapporteur conclut :"Disons adieu pour toujours à ce qui fit jadis la grandeur des âmes d'élite, l'isolement adorable et fécond". Il évoque "la lourde chaîne qui lie les êtres humains à travers les siècles et les nations".

Le S... Chap... La Parfaite Harmonie, Vall...  de Mulhouse, pense que si nous sommes plus puissants, nous ne sommes pas plus heureux. Des exemple très curieux suivent, l'auteur conclut : "Que la Science est un facteur et même un facteur essentiel de la civilisation moderne. Les découvertes qui modifient chaque jour la vie collective et individuelle ont élevé la Pensée et ennobli le cœur en tant que l'Humanité n'a pas perdu de vue le culte du Bon et du Beau à côté du Vrai. Le vrai progrès de la civilisation, c'est tout ce qui rapproche l'homme de son idéal : la domination de la Matière ère et l'affranchissement de l'Esprit".

Le S... Chap... Les Démophiles, Vall... de Tours, — Pas de doute : la Science influe profondément sur la civilisation. Soit en Bien, soit en Mal, elle marque l'époque de son sceau.

Le S... Chap... La Fraternité Vendéenne, Vall... de la Roche-sur-Yon, rappelle que la mission de la Science "peut-être un jour puissance souveraine du monde", avait été déjà entrevue il y a plus de deux mille neuf cents ans par Simon le Magicien.

Le S... Chap... L'Intimité, Vall... d'Aix-les-Bains, estime que le pessimisme de Jean-Jacques Rousseau est plus que jamais d'actualité, mais que cela vient de la fatigue nerveuse de notre époque. Les désastres qui vont  de pair avec le progrès sont une rançon. Revenir à l'état de nature serait impossible. Le Progrès reste donc la loi suprême de l'Humanité.

Le S... Chap... L'Encyclopédique, Vall...  de Toulouse, fait d'abord observer qu'il y a plusieurs sciences, de telle sorte que la "Science en soi serait bien plus le résidu constant, commun à toutes les sciences, que la totalité des donnée; positives accumulées par celle-ci". Pour le rapporteur — fort remarquable — notre raison bute sur l'impossibilité  de l'expérience. Que  va-t-il en résulter ? "Autant de réactions diverses que de tempéraments. Nous entrons dans le domaine mystique de la foi et le problème se noue des relation de la science avec la philosophie moderne". Le rapporteur définit ainsi l'aspiration de la Science : "La Tendance finale de l'esprit scientifique, qui semble bien être un penchant naturel de l'esprit humain, consiste à ramener toutes les lois morcelées qui forment la structure des sciences fragmentaires à des principes de plus en plus rares et à la limite, à un principe unique, source et régisseur de tous les autres. La mystique scientifique consiste à postuler ce principe, pour l'instant indéchiffrable, et à tenir pour illogiques tous ceux qui n'en reconnaissent pas la réalité transcendante... Le vice et la vertu sont des produits comme l'alcool et le vitriol — c'est dire que les réactions psychiques qui déterminent telle orientation de caractère sont aussi scientifiquement déterminées que la combinaison qui résulte du mélange d'une base et d'un acide. Il ne reste — et, tout de même cette restriction est de quelque importance, — qu'à trouver dans tous les domaines; les éléments constitutifs de tous les phénomènes matériels, intellectuels et moraux ; ils sont tous des modalités variées d'une unique essence obéissant au même principe directeur. "Tout peut se reconnaître par des moyens raisonnables d'investigation ; le mystère en est que, l'ignorance reculée, reste la matière aux vieilles formes, et la Science est l'unique fil d'Ariane qui mènera bien, un jour ou l'autre, l'homme au cœur même du labyrinthe des espèces que cette matière a désunifiées sans cesser d'être elle et une". Le rapporteur passe ensuite en revue les écoles nées de cette conception métaphysique scientifique — la religion positiviste — les écoles progressistes — les écoles progressiques (où son rôle s'efface) — les philosophes spiritualistes— les écoles du monisme spiritualiste — les écoles dualistes — enfin l'opposition faite à la Science par les spiritualistes. Ainsi la place prise par la Science dans la philosophie contemporaine est-elle indiscutable. Elle est devenue un élément nécessaire de toute philosophie. L'auteur note que le spiritualisme épuré qui tend à prévaloir sur bien des terrains "pourrait bien être plus dangereux à tout prendre, pour les religions à formes fixes qu'un matérialisme trop brutalement contempteur..." II y a désormais une science chrétienne, elle n a ni d'autres méthodes, ni d'autres dogmes que la Science tout court et c'est une victoire singulièrement probante remportée par la Raison sur la Foi que la position prise par tout un groupe de médecins croyants vis-à-vis du miracle ; quant au matérialisme, tout ce qu'il peut affirmer, c'est la nécessité de la matière dans toute la création de l'esprit. S'il n'y a pas de cerveau, il n y a pas de savant, l'idée est bien élaborée dans tout le système nerveux supérieur ; la matière est la condition efficiente de toute intelligence. Il ne s'ensuit pas qu'elle en soit la cause. On a réussi à localiser le laboratoire de la pensée. Reste à en déterminer l'alchimie intérieure. Le problème du mystère du monde demeure entier même par la science et c'est aussi moral de croire à une construction régulière qu'au Hasard, au Néant qu'à quelque architecte inconnu". La Science, à l'heure actuelle, n'apporte aucune solution positive aux problèmes des causes finales et de l'origine de la pensée et de la vie... "La Science incline donc les esprits, non plus à la solution paresseuse de la neutralité passée, mais à la solution courageuse et digne de l'impartialité critique". Ceux qui ont parlé de la faillite de la Science ont commis une erreur. "Elle a déjà donné à tous des leçons de respect mutuel et de mutuelle compréhension : elle a fixé à nos connaissances les limites actuelles où cesse la certitude pour commencer l'hypothèse ; aux croyants elle a permis de renforcer, en les épurant, leurs raisons de croire ; aux sceptiques elle a confirmé le bien fondé logique de leur criticisme irréductible. Pour tous et dans tous les domaines, elle a substitué enfin la démonstration à l'affirmation, la loi au bon plaisir, l'ordre à la fantaisie. Fille désormais majeure de la pensée cartésienne, elle est, même en dépit de ses détracteurs qui la bannissent en s'en servant, l'essence même de tout le travail de la pensée contemporaine".

 

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En somme, à travers des variantes, vous êtes tous d'accord pour reconnaître la valeur de la Science, qu'elle est un facteur de Progrès, qu'elle agrandit tous les domaines où l'homme s'efforce, celui-ci de la civilisation extérieure par ses créations matérielles, celui-là de la civilisation intérieure par ses méthodes, ses leçons, ce qu'elle postule. De même, vous pensez qu'elle ne vaut que par ceux qui la font croître et ne donnera toute sa mesure dans la société que par la masse croissante de ceux qui en seront dignes. Tant seront les hommes, tant sera la Science. Car au milieu de toutes les religions et de toutes les sectes, de toutes les philosophies et de toutes les politiques, au centre de tout, l'homme, dont les passions contradictoires, du fait même qu'elles se heurtent, aggravées d'intérêt, peut, tour à tour, ou en même temps, avancer ou reculer le mouvement du progrès. Si la Science s'est retournée, ces derniers temps, contre l'Humanité c'est que l'Humanité, ne s'était pas élevée jusqu'à la conception qu'il lui faut avoir d'elle. Y parviendra-t-elle ? Vous le croyez, en partie parce qu'il ne vous apparaît pas que la vie puisse continuer sans cela ; tout ce qui barre la route aux applications bienfaisantes de la Science est déjà condamné dans la conscience humaine; faire douter l'Humanité d'elle-même et de ses conquêtes, c'est la rejeter au Passé. Sans doute les partis de réaction politique, sociale et religieuse s'y appliquent, mais en le faisant, ils risquent d'acculer la masse à un mouvement de désespoir qui les emporterait. En outre, l'universalité des hommes, sans distinction de parti, sent l'infériorité de l'organisation actuelle et qu'elle répond trop peu à ce qui devrait, à ce qui pourrait être, pour durer longtemps. Tout ce qui pense, tout ce qui écrit, tout ce qui travaille et veut vivre proteste contre. Les milieux politiciens eux-mêmes mesurent chaque année davantage le mépris qui les environne et l'impuissance qui les caractérise. Qui sait s'ils n'appartiennent pas, comme tant d'écrivains, dépassés en dépit de leurs recherches compliquées, plus ou moins fantaisistes, à une génération trop littéraire, artificielle et superficielle, pas assez réaliste, mal éduquée scientifiquement ? De ce fait la balance où leur appréciation, trop vite résumée, pèse les données multiples du problème, ne s'équilibre pas bien entre la Raison et la Science, la Connaissance et la Réalité, l'Intelligence et le Sentiment. La connaissance de la Science, toujours à développer et à remettre au point, ce qui les lasse, étant insuffisante, leur raison raisonne en arrière et tranche seulement d'après ce qui a existé au lieu de s'y décider en avant, d'après ce qu'il est nécessaire d'y prévoir, comme dans le présent, d'après ce qui existe. Aussi ne s'emparent-ils pas de la réalité. La culture insuffisamment scientifique de l'homme de lettres, alors qu'elle pourrait tout renouveler si elle était autre, ajoute aussi, je le crains, à cet arrêt. On est en droit d'espérer que demain, elle le dépassera. Je me demande si elle ne découvrira pas alors derrière les  créations de la Science,  en même temps qu'une poésie neuve, ce que l'Imagination n'extrayait que dans la Nature et de nos passions, comme de l'inconnu où ne pénétrait que le rêve.

Sans doute existe-t-il déjà un Pallas scientifique et philosophique, social et maçonnique dont quelque artiste aussi réfléchi qu'inspiré, aussi renseigné que doué de talent, extraira de notre époque les données, elles aussi, à leur manière, divines. Celui qui la dressera pourrait s'inspirer en la concevant, de ces lignes de  Renan : ".Les principes abstraits, en apparence, sans application dans le monde, sont au fond, les plus grandes réalités, puisqu'ils referment la logique et la raison des faits". Logique et raison nées de l'expérience vérifiée et méditée. Pourquoi nous efforcer sur tout, avant tout, toujours, de ne croire à rien ? Voilà peut-être ce qui nous diminue à un point qui n'est plus supportable. Les cléricaux proclament la faillite de la Science afin de retirer à une des recherches les plus fécondes, les plus nécessaires, l'élan qui la produit, la foi qui l'exalte, la perpétuité qui la rend immortelle. Les anticléricaux, excédés d'attaques aussi basses, y répondent en dépassant leur anticléricalisme même et en s'en prenant à la possibilité de l'idée religieuse. Le duel en vérité qui diminue tout le monde, immobilise les meilleurs sur des moulins à vent, tandis que la réalité humaine, faite à la fois de science et de sentiment religieux, de philosophie négative et de philosophie précise, de blasphème et d'amour, continue, elle, en se retirant du pays qui n'empoigne plus que des ombres à la place de ce qui est. Le sens de la vie nous apparaît mes FF..., c'est visible d'après nos rapports, entre les deux, suscitateur d'une recherche où le connu  et l'inconnu,  la science et la philosophie expérimentale d'une part, la métaphysique et l'appétit du mystère universel de l'autre, doivent s'élever parallèlement sans perdre de temps à excommunier avec une violence ridicule, aussi périmée que stérile. Nier toujours n'est pas plus une solution qu'affirmer sans plus. Quelqu'un qui tout le long de ses ans, ne saurait dire que non, réaliserait bien mal son existence ; peut-être n'aurait-il même pas vécu. Il faut chercher, créer, aimer. Puis recommencer. Voilà sans doute la vraie Science qui nous apparaît, en même temps, la Vie même.

Les idées qui semblaient dans l'antiquité les plus exagérées se sont trouvées étroites, mesquines, puériles, comparé à ce qui est. La Terre semblable à un disque, le soleil gros comme le Péloponnèse, les étoiles roulant à quelques lieues de hauteur, sur les rainures d'une voûte solide, un univers fermé, entouré de murailles, cintré comme un coffre, voilà le système du monde le plus splendide que l'on eut pu concevoir.

Qui oserait le regretter en présence de celui que la Science a révélé ? L'hypothèse mécanique de Newton n'est elle pas plus grandiose que celle des anges mouvant la sphère et l'histoire du globe, telle que la géologie permet de l'entrevoir, n'est-elle pas plus poétique que le monde façonné à la main, il y a cinq mille ans ? La masse des hommes ne l'a pas encore vu parce qu'on ne l'y  a pas poussée, mais à qui la faute sinon à nous-mêmes ? Toute une éducation est à faire afin d'aider les cerveaux et les cœurs à saisir l'infini de la Science et peut-être y aurait-il à mettre en avant la diffusion d'un livre bien fait, portatif, où serait exposé son esprit, comme l'idée d'une sorte de musée scientifique où ses progrès successifs seraient à même d'être saisis de prés, de même qu'au Musée de la Marine, ceux de la navigation., Je verrais là quant a moi, les  possibilités d'une construction qui, dans sa composition même — comme la cathédrale, jadis, pour l'idée religieuse, — exprimerait l'idée scientifique. Au premier abord, cette intention peut étonner. Rien de plus naturel cependant: il n'y a qu'a bien regarder l'architecture moderne pour découvrir qu'elle est plus susceptible qu'aucune autre de s'orienter dans ce sens. Ayons le courage — que vivaient nos ancêtres — d'extérioriser, en les figurant, les symboles de nos espérances et de notre foi. Je ne pense pas du tout, quant à moi, comme le craignait Schiller que "les frontières de l'Art se rétrécissent à mesure que la Science élargit les siennes". Je me suis même dis, plus d'une fois que la Science prouverait un jour, non seulement les aperçus — qu'elle est même, peut-être, appelée à réaliser — mais le bien-fondé "d'une certaine espèce d'intelligence, comme dit Hans Larson, qui a cela de propre qu'elle est jointe à la sensibilité". II m'apparaît même que c'est, en grande partie, la nôtre, l'intelligence maçonnique. Le "Nous" antique, dont nous nous rapprochons beaucoup, à mon sens, du moins, était une combinaison intime d'intelligence, d'activité, de sensibilité. Il ne séparait pas le vrai du beau et du bien, Aristote nous apprend qu'il était né et éternité. C'est peut-être, parce que nous nous sommes arrêtés, d'ailleurs, par des scrupules très honorables, d'abord légitimes, sur la route de  l'idéologie scientifique, que la Science n'a pas donné tout ce qu'on en attendait, en partie trop vite, ou avec une confiance excessive, en s'imaginant que son renouveau ne viendrait  que d'elle seule, d'elle-même, sans qu'il fut besoin des découvertes que nous avions à y introduire par rapport à notre plan humain. La Science n'est pas seulement dans la Nature, dans les machines, dans nos créations, elle est aussi, et d'abord dans nos pensées, dans l'interprétation de l'Histoire et celle de l'homme : à trop l'oublier, nous avons laissé la Science suivre son cours, d'une part, de l'autre, la nature humaine, immobilisée, en partie, par notre oubli, retarder son évolution parallèle ;  en les faisant se rejoindre, nous rétablissons l'équilibre, nous retrouvons l'harmonie. Il n'y a en effet, rien d'impossible, plus on y réfléchit, à ce que la Science se soit, en quelque sorte, retournée contre l'Humanité, parce que les hommes ne la faisaient pas aboutir aux résultats pratiques, bienfaisants, spirituels, qu'elle portait en elle-même. Notre époque souffrirait ainsi des matériaux scientifiques en quelque sorte, non digérés. Ce premier principe, au moins pour nous demeure, en effet la nature humaine ; elle marche au parlait, à travers tout, ou du moins, réclame sa recherche afin d'être complète à travers des formes successivement et diversement imparfaites. C'est en rénovant cette tradition aux chaînes essentielles que la Science cessera de se montrer à certains uniquement destructive et même parfois, de le paraître.  Or, jamais cette marche n'a été plus victorieuse qu'aux jours où, en face d'un monde par trop injuste, abaissé, une interprétation rajeunie de la raison, meilleure  que les précédentes, s'est affirmée, puis précisée progressivement, telle afin de redresser l'homme lui-même. Il ne me paraît pas impossible que les résultats des différentes investigations scientifiques, dans tous les domaines, en dégagent une qui deviendrait, à son tour, le ciment, la liaison intérieure le centre, en un mot,  de toutes les données de nôtre âge dont les précisions mêmes n'excluent pas, jusque pour mieux aller de l'avant, le besoins d'anticipations calculées, rêvées et pressenties dont ce centre scientifique permettrait d'évaluer davantage les possibilités. La foi en l'Univers, l'effort que ne cesse d'y perpétuer l'Humanité, constituent un des éléments de notre force en même temps qu'elle donne la clef, puis le fil de son labyrinthe. Sans elle, l'histoire entière de cet univers serait-il autre chose qu'une énigme sans issue, une suite de ruines, un édifice indéfiniment retombé, la plus sombre des tragédies sans  but à poursuivre ? On peut le croire et, souvent, tout nous y contraint-. Pourtant, nous ne  demeurons pas sur cette position que trop peu de conditions de sécurité nous permettent de rendre confortable, comme avant la guerre ; au contraire, tout semble  nous pousser ailleurs et des courants, restés malgré tout mystérieux, qui se partagent notre être, à l'heure où je parle, nous sommes à peu prés tous forcés de constater que le plus fort n'est pas celui qui  nie ou qui se contente nier, mais celui qui nous pousse, au besoin, malgré nous, vers une volonté de création neuve, de réédification, d'affirmation et d'espérance. S'il est si visible, si persistant, c'est qu'il est nécessaire. Pourquoi se le refuser ? Comment d'ailleurs, le repousser sans nous préparer à a dévastation, peut-être même à la mort du monde ?  Pour moi, je concevrais fort bien, basée sur la Science, c'est-à-dire la recherche réelle, infinie, vivifiée par la sensibilité, sans laquelle l'Intelligence se stérilise, une sorte d'autorité spirituelle protectrice universelle, née de la pensée des plus savants et des meilleurs qui, partant ainsi du centre d'une puissance fondée sur le Droit, servirait le Progrès de tous les peuples en leur en garantissant le cours normal. Il serait même possible que la Société des Nations reconnût un jour la nécessité de ce pouvoir supérieur, afin de départager ceux de ses conflits, que rien d'autre, en elle, ne parvient à vaincre, sinon en les prolongeant outre mesure, et je me crois autorisé d'autant plus à insister sur cette nécessité, que si nos milieux ne se rendaient pas compte de celle-ci, comme du pouvoir spirituel qui doit y présider, dans la carence de toute autorité de ce genre, ce serait, probablement, la papauté qui en tiendrait le rôle. Elle y songe déjà. Elle sera même représentée dans un lendemain plus ou moins proche à Genève. Réveillons-nous de notre torpeur routinière afin de faire porter à la Science les conséquences bienfaisantes que l'Humanité attend d'elle, pour revivre tout à fait dans la paix et la stabilité.

Le fait — si simple — que le front des humains est entre le ciel et la terre — sur terre pour tout y installer des œuvres nécessaires, indispensables, et; les fixant de son calcul comme de son travail, les faire monter dans l'espace:— vers le ciel parce que cet espace infini, s'offre de plus en plus à lui — comme la mer au XIIe, au XIVe, au XVe siècles, quand elle était encore inexplorée, — afin qu'à l'aide de la Science, qui l'y a lancé maintenant comme un dieu croissant sur son vol et sur son équilibre, il y monte plus haut encore là; où: par le rêve, serait-il religieux, il avait projeté l'esquisse incertaine d'une harmonie protectrice, ne constitue-t-il pas un enseignement ? Ce sont ceux qui sentent l'appel de l'espace t de l'avenir, tout en continuant d'aimer les vieilles pierres architecturales où le Passé a incrusté ses signes et ses songes, qui savent créer des lendemains favorables. Les autres, qui récusent également la croyance de l'autrefois et celle qui doit naître, ne savent que se plaindre. En avant ! Toujours plus loin !  Voilà les voies de l'action, de la vraie, celle que rien ne limite et qui, tout en empoignant ce qui est, palpite, frémissante, devant cet indéfinissable qui, peu à peu conquis, constitue la matière prochaine de la génération qui nous suit — et déjà nous juge. Un présent qui ne participe pas de ce qui a été, ni de ce qui doit venir, peut être délicieux: mais il ne contient rien d'immortel ; il ne sert pas les hommes: il passera sans laisser de traces. Il ne saurait être le nôtre. Il n'est pas celui de la Science, qui ne s'arrête jamais, celui de la Nature pas davantage, qui pousse aussi vers le ciel, de toutes ses forces, du plus petit brin d'herbe au plus grand arbre, de la vallée la plus profonde à la plus haute cime. De même qu'il n'est pas humain, ni possible, d'imposer une limite à la pensée, à ses découvertes, à l'audace des deux, de même, il serait barbare de fixer une barrière, soit à l'investigation matérialiste qui fouille la matière pour lui arracher ses derniers secrets, soit à l'exploration spiritualiste qui sonde l'infini. J'avoue, d'ailleurs pour ma part, ne pas comprendre cette opposition qui n'existe point. Matière et Esprit sont liés, ne se contredisent, sans doute, ni ne s'opposent autant que le prétendent ces éternels ennemis du progrès naturel qui, en tous lieux, ne savent que diviser. Je les retrouve, il me semble, comme deux ailes dans l'âme humaine, c'est-à-dire dans la somme de nos facultés unissant l'intelligence et le sentiment. Matière et Esprit se soutiennent sans doute à égalité et qui sait si tout se montre arrêté ou blessé, du fait de leur désunion ? Au contraire, quand elles s'aident dans la même mesure, tout revit et la vie redevient ce qu'elle devait être. Leur entente parfaite réalise l'Harmonie. Matière et Esprit ? Nous n'avons pas plus épuisé ce qu'on peut tirer de l'une que de l'autre. Qui jurerait, enfin, que ce n'est pas leur union encore que compose l'être humain ? La Matière est là pour l'Esprit, et inversement, mais c'est l'Esprit qui la dompte et, par la Science, possède de plus en plus la Nature puis, même, le monde. Ne diminuons aucune de nos conquêtes quelle qu'elle soit, où qu'elle nous emporte. Tant pis si elle exige pour le prix de sa victoire une rançon. Qu'est-ce qui n'en comporte pas ? Dans l'ordre du sentiment moral, de la Justice et du pardon, plus fort que le Mal et l'Iniquité, victorieux par leur mort même, c'est Socrate, buvant la ciguë, c'est Jésus sur sa croix, Jeanne d'Arc au sommet de son bûcher, Giordano Bruno, Etienne Dolet au supplice, les héros de toutes les révolutions montant à l'échafaud. Dans le drame antique, après Hercule, accumulant lui-même les chênes qui le consumeront, c'est Prométhée, mythe éternel, déchiré dans ses entrailles par l'aigle de Zeus pour avoir arraché du ciel, à l'usage des hommes dressés à sa suite contre l'injuste inexorabilité du Destin, le feu créateur. Le grand ancêtre des révoltés reste toujours là. Son rocher du Caucase devient toute la terre. C'est l'Humanité, elle-même, crucifiée à l'aide de la Science, qu'elle a découverte, et qui la délivre d'autre part, parce que ceux qui en détiennent à leur avantage les moyens refusent à tous leurs frères la libération totale qu'elle a décrétée. Nous les contraindrons à la consentir, ou à leur défaite, s'ils la refusent toujours, en préparent, dans nos temples aux peuples du travail et de la paix, réunis par notre propagande fraternelle, les disciplines intellectuelles et morales qui les rendront invincibles. Ainsi nous recenserons les valeurs actuelles et nous en créerons d'autres, liant aux nécessités du temps les exigences de nos destins par une passion toute puissante de vérité. Nous vivrons le dénouement actif qui nous vaudra peu à peu l'arme éclatante d'une foi nouvelle. Cette arme, la Science nous en fournira les matériaux, qu'on avait jusqu'alors retournés contre nous. Rien de plus certain donc, — rien de plus banal aussi — que la Science soit nécessaire au progrès. Il faut malheureusement imposer son évidence, car comme l'écrivait notre F...  Ch... Richet : "Elle est méconnue". Personne n'en tient compte, ni les individus, ni les parlements, ni les journaux, plus puissants — hélas — que les parlements et les individus., Ce n'est que parce qu'on a traité la Science comme une Cendrillon qu'elle ne viendra pas à bout de ses sœurs, d'abord plus fatiguées. Chaque jour la Science est une renaissance. En ne lui donnant pas "la place à laquelle elle a droit, une nation est, à la fois, ingrate et malhabile". Car la Science apporte à la nation, non seulement la gloire, mais la richesse... Le Progrès des hommes, c'est-à-dire leur bonheur — car nous ne pouvons plus piétiner — dépend de la Science c'est-à-dire des savants. Tant pis, ajoute amèrement notre Ill... F...  tant pis pour les sociétés qui ne l'ont pas compris. Elles s'effondreront dans la médiocrité et la misère. Celui que Villiers de l'Isle-Adam, dans l'Ere Future, appelait le sorcier de Menlo-Park, Edison, âgé de quatre-vingts ans, voyait cette année même, un des plus beaux titres de gloire de notre pays, dans le fait qu'il lui apparaissait celui de la science".  Loin de le diminuer, elle a agrandi le monde.

Ne l'oublions jamais, ne serait-ce que pour agir davantage dans; le sens de ce qui doit être et reprendre confiance. La Science nous l'ordonne. Ayons foi en elle. Comme le monde antique finissant, nous viendrons à bout des monstres immatériels, mais mortels, qui nous détruisent à l'intérieur parce que nous avons oublié le bienfait des solides vertus dont s'honoraient nos ancêtres, et des forces extérieures, suscitées le long de notre savoir, que nous n'avons pas encore maîtrisées par suite de cet oubli même.

Les choses se répètent, au surplus, sous leurs aspects différents, comme dans l'histoire du monde méditerranéen à l'agonie. Si le veau d'or réapparaît au-dessus de tous les temples, qu'ils soient civils ou religieux, politiques ou laïcs, si le serpent symbolique rampe aux pieds de leurs  colonnes comme pour leur annoncer la ruine, si les hommes souffrent au point de ne même plus savoir comment se ressaisir, c'est que tout va changer. — Ecoutez, mes T... S... Athirsatas, la page si belle qui clôt l'histoire romaine du grand Michelet. Elle date de 1830, — II y aura bientôt cent ans. Elle présente en même temps qu'une leçon historique un enseignement de symbolisme. Vous y verrez comment un esprit de qualité découvre naturellement les signes et les images, on dirait prophétiques, intérieures et extérieures à la fois, des événements dont le vulgaire ne voit, ni ne retient, que les faits successifs ou confondus, restitués au hasard qui pourtant n'aurait pu les composer à lui seul, sans les coordonner, ni même se les révéler dans la suite et la durée de leur signification éternelle : "Le mythe oriental du serpent que nous trouvons déjà dans les plus vieilles traditions de l'Asie reparaît ainsi à son dernier âge, et la veille du jour où elle va se transformer par le christianisme. Le serpent tentateur qui, tout bas, siffle la pensée du Mal au coeur d'Adam, qui nage, rampe, glisse et coule inaperçu, n'exprime que trop bien la puissance magnétique de la Nature sur l'homme, cette invincible fascination qu'elle exerce sur lui dans l'Orient. Et cette dangereuse Eve par laquelle il nous trouble, c'est encore le serpent. Pour l'Arabe du désert, pour l'habitant de l'aride Judée, le fleuve fécondant de l'Egypte est un serpent dardé tous les ans des monts inconnus du Paradis. Moïse ne guérit Israël de son idolâtrie adultère qu'en lui faisant boire la cendre du serpent d'airain. L'aspic qui tue et délivre Cléopâtre, ferme la longue domination du vieux dragon oriental. Ce monde sensuel, ce monde de la chair, meurt pour ressusciter, plus pur dans le christianisme, dans le mahométisme, qui se partageront l'Europe et l'Asie. C'était une belle et mystérieuse figure de l'imperceptible serpent de Cléopâtre, suivant le triomphe d'Octave, le triomphe de l'Occident sur l'Orient. L'Orient avait dit par la voix de Cléopâtre : Je dicterai une loi dans le Capitole. Il fallait auparavant qu'il conquît l'Occident par la puissance des idées. Antoine et Cléopâtre représenteront dans leur union le futur hymen de la barbarie de l'Occident et de la civilisation orientale. Mais le trône d'or d"Alexandrie n'était pas une place digne pour ce divin mystère. C'était dans la poudre sanglante du Colysée qu'il devait s'accomplir entre la blanche robe du catéchumène chrétien et la chaste nudité du captif barbare. La veille du jour où Antoine devait périr dans Alexandrie, on entendit dans le silence de la nuit une harmonie de mille instruments, mêlée de voix confuses, de danses de satyres et d'une clameur d'Evoë : on eut dit une troupe de bacchantes qui, après avoir mené grand bruit dans la ville, passait au camp de César. Tout le monde pensait que c'était Bacchus, le dieu d'Antoine, le dieu d'Alexandre et d'Alexandrie qui l'abandonnait sans retour, et le livrait lui-même au vainqueur. Et, en effet, les temps étaient finis. Le dieu effréné du naturalisme antique, l'aveugle Eleuthère, le furieux libérateur, le rédempteur sanguinaire de l'ancien monde, son christ impur, avait mené son dernier chœur, consommé sa dernière orgie. L'humanité allait soulever sa tête de l'ivresse et jeter en rougissant le thyrse et la couronne de fleurs. Le vieil Olympe avait vécu l'âge de dieux ; il se mourait, selon la prophétie étrusque et la menace du Prométhée d'Eschyle. Il fallut toutefois trois siècles pour que le dieu de la Nature fut dompté par le dieu de l'âme ; le tigre ne se laissa pas enchaîner sans se venger par de cruelles morsures ; des torrents de sang coulèrent et les âmes souffraient encore plus au-dedans. Epoque d'incertitude, de doute et d'angoisse mortelle. Qui eut pensé, alors, qu'elle dût revenir un jour ?... Ce second âge du monde commence avec l'Empire, il y a tantôt deux mille ans : on dirait qu'il s'en va finir. Ah !  s'il en est ainsi, vienne donc vite le troisième, et puisse Dieu nous tenir moins longtemps suspendus entre le monde qui finit et celui qui n'a pas commencé". Je crois qu'il a commencé maintenant et qu'avec l'aide de la Science, nous unissons dans ce troisième âge, la Matière et l'Esprit, que le second opposait trop souvent l'un à l'autre même les plus beaux titres de gloire de notre pays, dans le fait qu'il lui apparaissait celui de la science". Loin de le diminuer, elle agrandi le monde.

Ne l'oublions jamais, ne serait-ce que pour agir davantage dans le sens de ce qui doit  être et  reprendre confiance. La Science nous l'ordonne. Ayons foi en elle. Comme le monde antique finissant, nous viendrons à bout des monstres immatériels, mais mortels, qui nous détruisent à l'intérieur parce que nous avons oublié le bienfait des solides vertus dont s'honoraient nos ancêtres, et des forces extérieures, suscitées le long de notre savoir, que nous n'avons pas encore maîtrisées par suite de cet oubli même.

Les choses se répètent, au surplus, sous leurs aspects différents, comme dans l'histoire du monde méditerranéen à l'agonie. Si le veau d'or réapparaît au-dessus de tous les temples, qu'ils soient civils ou religieux, politiques ou laïcs, si le serpent symbolique rampe aux pieds de leurs colonnes comme pour leur annoncer la ruine, si les hommes souffrent au point de ne plus de ne plus même savoir comment se ressaisir, c'est que tout va changer. — Ecoutez, mes T... S... Athirsatas, la page si belle qui clôt l'histoire romaine du grand Michelet. Elle date de 1830. — II y aura bientôt cent ans. Elle présente en même temps qu'une leçon historique un enseignement de symbolisme. Vous y  verrez comment un esprit de qualité découvre naturellement les signes et les images, on dirait prophétiques, intérieures et extérieures à la fois, des événements dont le vulgaire ne voit, ni ne retient, que les faits successifs ou confondus, restitués au hasard qui pourtant n'aurait pu les composer à lui seul, sans les coordonner, ni même se les révéler dans la suite et la durée de leur signification éternelle : "Le mythe oriental du serpent que nous trouvons déjà dans les plus vieilles traditions de l'Asie reparaît ainsi à son dernier âge, et la veille du jour où elle va se transformer par le christianisme. Le serpent tentateur qui, tout bas, siffle la pensée du Mal au coeur d'Adam, qui nage, rampe, glisse et coule inaperçu, n'exprime que trop bien la puissance magnétique de la Nature sur l'homme, cette invincible fascination qu'elle exerce sur lui dans l'Orient. Et cette dangereuse Eve par laquelle il nous trouble, c'est encore le serpent. Pour l'Arabe du désert, pour l'habitant de l'aride Judée, le fleuve fécondant de l'Egypte est un serpent dardé tous les ans des monts inconnus du Paradis. Moïse ne guérit Israël de son idolâtrie adultère qu'en lui faisant boire la cendre du serpent d'airain. L'aspic qui tue et délivre Cléopâtre, ferme la longue domination du vieux dragon oriental.  Ce monde sensuel, ce monde de la chair, meurt pour ressusciter, plus pur dans le christianisme, dans le mahométisme, qui se partageront l'Europe et l'Asie. C'était une belle et mystérieuse figure de l'imperceptible serpent de Cléopâtre, suivant le triomphe d'Octave, le triomphe de l'Occident sur l'Orient. L'Orient avait dit par la voix de Cléopâtre : Je dicterai une loi dans le Capitole. Il fallait auparavant qu'il conquît l'Occident par la puissance des idées. Antoine et Cléopâtre représenteront dans leur union le futur hymen de la barbarie de l'Occident et de la civilisation orientale. Mais le trône d'or d"Alexandrie n'était pas une place digne pour ce divin mystère. C'était dans la poudre sanglante du Colysée qu'il devait s'accomplir entre la blanche robe du catéchumène chrétien et la chaste nudité du captif barbare. La veille du jour où Antoine devait périr dans Alexandrie, on entendit dans le silence de la nuit une harmonie de mille instruments, mêlée de voix confuses, de danses de satyres et d'une clameur d'Evoë ; on eut dit une troupe de bacchantes qui, après avoir mené grand bruit dans la ville, passait au camp de César. Tout le monde pensait que c'était Bacchus, le dieu d'Antoine, le dieu d'Alexandre et d'Alexandrie qui l'abandonnait sans retour, et le livrait lui-même au vainqueur. Et, en effet, les temps étaient finis. Le dieu effréné du naturalisme antique, l'aveugle Eleuthère, le furieux libérateur, le rédempteur sanguinaire de l'ancien monde, son christ impur, avait mené son dernier chœur, consommé sa dernière orgie. L humanité allait soulever sa tête de l'ivresse et jeter en rougissant le thyrse et la couronne de fleurs. Le vieil Olympe avait vécu l'âge de dieux ;  il se mourait, selon la prophétie étrusque et la menace du Prométhée d'Eschyle. Il fallut toutefois trois siècles pour que le dieu de la Nature fut dompté par le dieu de l'âme ; le tigre ne se laissa pas enchaîner sans se venger par de cruelles morsures; des torrents de sang coulèrent et les âmes souffraient encore plus au-dedans. Epoque d'incertitude, de doute et d'angoisse mortelle. Qui eut pensé, alors, qu'elle dût revenir un jour ?... Ce second âge du monde commence avec l'Empire, il y a tantôt deux mille ans : on dirait qu'il s'en va finir. Ah ! S'il en est ainsi, vienne donc vite le troisième, et puisse Dieu nous tenir moins longtemps suspendus entre le monde qui finit et celui qui n'a pas commencé". Je crois qu'il a commencé maintenant et qu'avec l'aide de la Science, nous unissons dans ce troisième âge, la Matière et l'Esprit, que le second opposait trop souvent l'un à l'autre. Pour nous y efforcer mieux, répétons-nous ces paroles déjà anciennes  de Renan, belles et fortes : "On ne fait de grandes choses qu'avec la Science et la Vertu. Croyez que le bon patriote est celui qui nous prêche le sérieux, l'amendement intellectuel et moral, non celui qui joue le sort de la patrie pour montrer son éloquence et son habileté. Relever l'amour du vrai et du solide en toute chose, ne rien négliger pour former une nation raisonnable, éclairée, pratiquant la première des abnégations, la plus difficile, la plus méritoire, qui est de ne pas trop tenir à une fausse idée, à l'égalité : fonder une éducation virile et sérieuse, ayant pour base de fortes études spéciales ; inspirer au peuple la croyance à la vertu, le respect des hommes savants et graves ; le détourner des Révolutions,  remèdes souvent pire que le mal qu'il s'agit d'extirper ; faire que chacun aime à rester à son rang, par résignation, par fierté, par goût de l'honnêteté ; monter le beau où il est, chez tant d'admirables soldats, d'admirables marins, d'ouvriers courageux, d’ouvrières résignées qui continuent la tradition de la vertu ; ne pas dire au pauvre : "Enrichis toi", mais "console-toi : tu travailles pour l'humanité et la patrie" ; lui prêcher le bonheur par la simplicité du coeur et la poésie du sentiment ; persuader l'homme du peuple que ce qui le rend intéressant, c'est d'être respectueux pour les grandes choses morales auxquelles il coopère sans pouvoir toujours les comprendre : à la femme que ce qui fait son charme c'est d'être dévouée et de servir: mais se comporter en même temps de telle sorte, que celui qui et commandé sente bien que celui qui commande remplit un devoir et est animé d'un haut sentiment philosophique ; présenter comme des choses funestes, l'acrimonie, l"envie, la défiance systématiques qui rendent tout gouvernement impossible ; faire comprendre que l'on devient un aristocrate par le mépris de ce qui est bas et vil ; décourager de toutes les manières le mauvais goût public, ce fade genre d'esprit, cette basse littérature de turlupins, qui est devenue à la mode ; opposer une digue au charlatanisme qui nous envahit de toutes parts, respecter hautement le sentiment religieux, mais ne  pas attacher la destinée morale de l'Humanité à des formes confessionnelles qui peuvent périr,  tandis que la vraie loi ne périra pas ; par dessus tout, re susciter la liberté, condition éternelle de tout bien, voilà ce qui sera la bonne politique". C'est-à-dire, mes FF..., tout le contraire de ce que l'on fait. "Le reste ne sera qu'expédient de médecine aux abois. La maladie de ce pays est profonde ;  il faut toucher à l'essence même de son tempérament". Renan avait prévu que  la démocratie, sans entrer dans le détail de la science, en saisirait d'instinct l'esprit et la portée. "Elle éprouvera, annonçait-il, devant les savants le même sentiment que les barbares éprouvaient à l'égard des saints à l'époque mérovingienne, un sentiment de respect t d'étonnement, comme devant un secret qu'on ne perce qu'à demi. Le peuple comprendra que Ie progrès de la recherche positive est la plus claire acquisition qui importe avant tout à ceux qu'elle délivre et ennoblit. Un monde sans science, c'est l'esclavage, c'est l'homme tournant la meule, assujetti à la matière, assimilé à la bête de somme. Le monde amélioré par la Science sera le royaume de l'Esprit, le règne des fils de Dieu". Faisons en sorte cette prophétie devienne une réalité vivante et ne se retourne pas en sens inverse. Rappelons aux êtres, à ce sujet, leurs devoirs et à l'Etat qu'il doit veiller à maintenir dans les conditions les plus favorables l'investigation scientifique. "A l'heure qu'il est, il y a au monde deux classes de nations, disait encore celui qu'on prenait en ce temps là pour un hérétique, Ies unes qui ont des, savants, les autres qui n'en ont pas. Ces dernières sont aussi abaissées sous le rapport politique que sous le rapport intellectuel. L'Orient musulman a tenu tête à l'Occident et même, l'a vaincu jusqu'au XVIe siècle, c'est-à-dire jusqu'à l'avènement de la science moderne. Le  monde musulman s'est tué en étouffant dans son sein le germe de la science au XIIe siècle. Ce que je viens de dire des sciences mathématiques et physiques, on peut le dire des sciences historiques. Ces sciences, ne sont autre chose que la recherche des lois qui ont présidé jusqu'ici au développement de l'espèce humaine. Elles sont la base des sciences sociales, sans elles, il n'y a que des esprits sans solidité, sans vivacité, sans pénétration". Faisons donc en sorte, — et ce serait peut-être tout ramener dans l'ordre, — que la Nature et la Science, l'Humanité et la Société se pénètrent sans s'exagérer l'une l'autre ou, même, les unes contre les autres. Ainsi nous aurons réalisé d'abord l'enseignement d'un de  nos grades essentiels en faisant apparaître au point exact la création de l'étoile flamboyante entre I'équerre et le compas, se pénétrant tous deux, puis, à celui dont nous tenons les assises les plus importantes, réalisé sur le plan qui nous occupe, l'emblème qui le résume en unissant la Nature et la Science, l'Humanité et la Société, en haut et en bas, à droite, à gauche, l'Orient, l'Occident, le Midi, le Nord, — croix philosophique du troisième Temple que voulaient construire les Templiers, — par l'Homme, non plus crucifié, mais en harmonie avec toutes les forces  symbolisées ;au centre dans les pétales ouvertes de la rose. Le monde antique est mort de ne connaître plus que la force matérielle, tellement solidifiée sur un seul centre, auquel il ne pouvait suffire, que la puissance purement animique de l'Esprit, élevée à son plus haut degré dans l'Homme, se redressa contre et la vainquit. La Science, aujourd'hui, nous permet d'ajouter à cette puissance animique, qui ne suffit plus, réduite à elle seule, les moyens les plus; étendus d'action, mais la Science ne vaut et ne porte ses conséquences que si elle se souvient de l'Esprit qui l'a fait naître et ne retourne ensuite, ni contre la Nature, ni contre la Société, ni contre l'Humanité prise dans son ensemble unitaire, les résultats sans cesse accrus, de ses conquêtes ; et c'est l'Homme, par une éducation appropriée, qui peut, qui doit l'en empêcher. Préparons cet homme là dans nos Loges, dans nos Chapitres, dans nos Conseils, dans notre Grand Collège, puisque le monde politique et religieux ne nous le donne qu'écartelé entre toutes les tendances contradictoires, sans qu'il puisse se ressaisir. Alors, par l'initiation véritable et totale, nous préparerons le troisième âge — la Science unie à l'esprit, — dont parlait Michelet ; nous commencerons d'édifier le troisième Temple, celui de l'Homme et de la Société, de manière a ce que, rien ne s'immobilisant sur des formules mortes, tout s'efforce vers l'ordre sans cesse amélioré, — cet ordre entrevu du haut du bûcher du Pont-Neuf, face à l'évêque indigne et au roi félon, par le Grand Maître du Temple entre les deux autres Templiers associés, de leur vivant, à ce Grand oeuvre et, dans la mort, au sacrifice qui le scella, en nous confiant, au même titre que son exemple, son enseignement particulier qui voulait faire servir la Révolution constante du Juste vers le Vrai au développement de l'Esprit et de la Matière, de l'Idée religieuse comme de l'Idée civile ; et n'est-ce pas la Science même, ainsi que sa véritable mission, que déjà, sur toute la surface du monde alors connu, du Nord au Sud, de l'Orient à l'Occident,  la Chevalerie du Temple avait commencé selon les possibilités et les données de son temps, de servir(?. Notre Ordre pourrait peut-être suppléer, dans une certaine mesure, au moins celle de la propagande, à l'insuffisance de l'enseignement officiel, à la carence des pouvoirs publics ; en tout cas, il se doit d'entreprendre une campagne en faveur d'un enseignement scientifique, savant, sérieux. Renan avait ici encore bien raison de dire que le danger de nos sociétés, ce sont les vues courtes. Rien n'a changé, à proportion depuis la critique que faisait en 1854, M. Biot, dans le Journal des Savants : "Depuis cinquante ans, les sciences physiques et chimiques ont rempli le monde de leurs merveilles...La foule irréfléchie, ignorante des causes, n'a plus vu des sciences que leur résultat et, comme  le sauvage, elle aurait volontiers trouvé bon qu'on coupât l'arbre pour avoir Ie fruit. Allez donc lui parler d'études antérieures, de théories physiques, chimiques qui, longtemps élaborées dans le silence du cabinet, ont donné naissance à ces prodiges. Vantez lui les mathématiques, ces racines génératrices de toutes les sciences positives. Elle ne s arrêtera pas à vous écouter. A quoi bon des théoriciens ?  Lagrange, Laplace ont-ils créé des mines ou des industries ? Voilà ce qu'il faut. Elle ne veut que jouir". Et Renan conclut par ces lignes sur lesquelles nous terminerons aussi, en nous efforçant de nous en souvenir, n'est-ce pas mes FF... : "Ce faux raisonnement est le véritable danger des sociétés modernes, surtout de la société française. Ce qui est brillant et actuel a chez nous trop d'avantages sur ce qui est à longue portée". Ces lignes-ci sont  de 1864. Elles pourraient être de 1927.

Unie à l'Art et à la Morale, éclairée, guidée, grandie par l'Intelligence cherchant sans cesse,  la Science relierait l'Idéal au Réel. L'effort nécessaire à cette remise au point dépend de nous, et je me demande, souvent, si tout ce dont les modernes se plaignent trop vite, trop facilement, avec une résignation, elle-même faible, par certains côtés fort peu dignes ne vient pas de quelques ressorts solides, respectables, maniés avec courage, détendus, affaissés aujourd'hui par suite d'un lâche abandon, au fond du cœur de l'Homme ? L'abaissement du caractère est peut-être découlé du fait que la culture intellectuelle n'est plus qu'une puissance stérile ; nous avons oublié qu'elle était d'abord, comme tout ce qui féconde, crée et dure, un travail.

De vifs applaudissements soulignent la péroraison du F... Lebey auquel le Grand Commandeur adresse ses félicitations pour le remarquable travail qu'il vient d'exposer avec tant d'éloquence et d'autorité. Au nom de l'Assemblée, il lui exprime sa reconnaissance affectueuse, en lui donnant l'assurance que son rapport sera inséré dans le prochain numéro du Bulletin.

Le F... Leseure manifeste lui aussi sa satisfaction du morceau d'architecture du F...  Lebey, dont il sollicite l'avis sur les mesures restrictives apportées pour retarder l'extension de la science. Dés qu'une idée nouvelle surgit, elle se heurte à une telle opposition souvent systématique, parfois intéressée et retardant parfois l'évolution scientifique.

Le F...  Lebey partage les appréhensions du F... Leseure, comme lui, il regrette le peu d'empressement de nos gouvernants à favoriser le développement des progrès scientifiques, et sans vouloir en rechercher les causes, propose à l'Assemblée d'adresser un voeu aux Pouvoirs Publics, leur signalant qu'il y a quelque chose de mal en même temps qu'une faute grave contre la Société à ne pas faire bénéficier les hommes des découvertes faites et des progrès accomplis ; la Société, en effet, doit être appelée à se développer dans un état idéal de bien être pour l'Humanité.

Ce vœu est adopté à l'unanimité.

Le F... Bénédic du S... Chap... L'Etoile de la Haute-Marne, Vall... de Chaumont, attire l'attention du Grand Collège sur la situation irrégulière de cet Atelier, dont le siège fut, pendant la guerre, transféré à Dijon où il est encore actuellement.

Les FF... R... C...  de Chaumont et de la région, ne pouvant, en raison de l'éloignement, fréquenter les travaux, demandent le rétablissement logique des choses existants avant 1914.

Le T... P... S... Grand Commandeur, après avoir étudié la question ne voit que deux solutions possibles :

II conseille aux membres du Chapitre de travailler alternativement en commun dans les deux Vallées ou d'envisager la création d'un Chapitre à Dijon.

Le F... Estèbe, Membre du Conseil de l'Ordre, du S... Chap...  L'Encyclopédique, Vall...  de Toulouse, propose que désormais toutes les questions destinées à être soumises au Grand Chapitre, soient au préalable, adressées au Grand Commandeur, qui les étudiera, les fera rapporter et trancher en connaissance de cause par le Grand Chapitre suivant.

Cette proposition est adoptée à l'unanimité.

Le Grand Commandeur annonce que le Grand Collège, disposant d'un certain nombre de  brochures, rapports et discours prononcés aux Grands Chapitres, ou une série de comptes rendus divers, les met gracieusement à la disposition des Ateliers et des FF... qui pourront les prendre au Secrétariat ou les demander en prenant à leur charge les frais d'envois.

Le casque circule.

L ordre du jour étant épuisé, les travaux sont suspendus à vingt-rois heures quinze.

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Tableau des Taxes et Redevances à payer par les Ateliers Supérieurs
pour l'année 1928

___________________

 

Demande de présentation au 18e degré- ...................................................................................... 3

Capitation annuelle, par Membre, au 18e degré.............................................................................. 6

—                         —..                               30e degré.................................................................. 8

—                     pour les porteurs des 31e , 32 et 33e degrés........................................................ 10

Délivrance des titres maçon ...:

Brefs (18e degré) ...................................................................................................................... 35

Patentes (30e degré) ................................................................................................................ 45

Grandes Patentes (31e , 32 et 33e degrés).................................................................................. 55

Lettres capitulaires ou patentes constitutionnelles pour création d'At... Supérieurs avec tous imprimé, registres et rituels ............................................................................................................................................. 350

___________________

 

Nous avons le regret de vous donner, ci-dessous, la liste des FF...  que nous avons eu la douleur de perdre au cours de l'exercice :

Moussard : Inspecteur primaire.

Pissard : Chef de bataillon en retraite.

Forgues : Directeur de comptabilité

Sorbier : Professeur honoraire

Durand : Capitaine au long cours Membre honoraire du Grand Collèges des Rites

INSLER : Inspecteur d'assurances.

 

 

Le Grand Orateur                                                                   Le T... P... S... Grand Commandeur

André LEBEY                                                                          Dr Camille savoire

 

 

Le Grand Chancelier

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